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Remise en cause

26 octobre 2008, 00:00

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La crise financière qui a eu un effet domino sur les économies du monde entier affectera aussi le monde sportif, cet écosystème qui a pour fil conducteur la performance, moteur qui roule uniquement à l?argent.

La crise des subprimes, celles des crédits hypothécaires américains, met en lumière ce monde artificiel reposant sur la dette, les remboursements auxquels s?engagent les débiteurs et les prévisions liées à la croissance et au succès escompté de toute entreprise.

En Angleterre, pays du football par excellence, une réflexion est en train de s?engager sur l?état réel des finances des clubs. Après avoir évalué les dettes globales du football anglais à trois milliards de livres (3,9 Mds EUR), le président de la FA, David Triesman, a suggéré l?instauration d?un « salary cap », semblable à celui pratiqué dans le rugby anglais où la masse salariale ne peut excéder un pourcentage fixe du chiffre d?affaires. La crainte de l?écroulement d?un système basé sur la surenchère anarchique est réelle. Elle est présente aussi dans la formule 1. Max Mosley, le président de la Fédération internationale, est conscient que des mesures doivent être prises avant 2010 afin de prévenir de grandes difficultés. Certaines écuries comme Super Aguri, pourtant soutenue par Honda, ont déjà mis la clef sous la porte. Les millionnaires qui financent la F1 et les constructeurs automobiles sont touchés par les baisses des ventes et la chute des cours des marchés financiers.

Ces spectacles à coups de milliards en valent-ils la peine ? A force de surenchère, plus la valeur augmente, moins elle a de valeur puisque ce qui est mirobolant pendant un temps fait rapidement pâle figure à chaque « montée de barre ». A croire qu?il n?y a plus que la carotte financière pour faire avancer l?âne sportif et l?être humain perdu entre valeur, au sens qualitatif du terme, et valeur au sens quantitatif du terme, cette acception moderne étant la corruption du sens originel.

« Diverses traditions parlent de la monnaie comme de quelque chose qui est véritablement chargé d?une « influence spirituelle » dont l?action pouvait effectivement s?exercer par le moyen de symboles qui en constituaient le ? support ? normal », écrit René Guénon dans Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps. Le « contrôle de l?autorité spirituelle sur la monnaie s?est exercé jusque vers la fin du Moyen-Age », jusqu?à son altération et sa transformation en une conception exclusivement quantitative qui a étendu son emprise dictatoriale sur tous les rapports interhumains.

Et le sport dans tout ça ? direz-vous. Le sport, dans son sens intrinsèque, semble mort, emprisonné dans une équation réductrice qui ne fait de lui qu?un partenaire dans un grand business où il faut toujours gagner et investir plus. Jusqu?où ? Pour atteindre quelle limite ?

L?argent, qui dénature tout ce qu?il touche, rend-il finalement service au sport ou contribue-t-il seulement au bonheur, dans le sens de succès financier, d?une poignée d?élus évoluant sur la scène internationale ? Les seules « valeurs sûres » d?un monde irréel...

Dans notre petite île Maurice où l?argent n?est pas encore devenu maître absolu de la scène sportive, ne gagnerions-nous pas à ne pas commettre les mêmes erreurs, à ne pas foncer tête baissée dans une course effrénée qui nous entraînera plus que nous ne la contrôlerons une fois la machine lancée ?

Ne devrions-nous pas nous réjouir finalement de n?être que ce que nous sommes, de ne pouvoir que ce que nous pouvons ? Nous ne sommes pas entrés de plain-pied dans la spirale inflationniste du sport et ce n?est pas plus mal.

Si seulement nous pouvions encourager la pratique sportive et redécouvrir les bienfaits de l?effort, nous pourrions nous vanter d?avoir conservé une parcelle de vérité dans un monde faux où tout n?est qu?illusion. Comme le souligne cruellement le mot krach.

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