Publicité

Religions : raviver le dialogue

5 septembre 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B> Le dialogue inter-religieux semble être un v?u pieux à Maurice. Qu?est-ce qui au sein de vos religions encourage le partage au-delà des stéréotypes ? </B>

<B> Filip Fanchette</B> : Il faut savoir que dans nombre de cultures, le terme même de religion n?existe pas. Car dans beaucoup de religions, la notion de croire subordonne celle du faire. A ce titre, je poserais la question du dialogue inter-religieux en reprenant une citation du cardinal Margéot qui affirmait : ?La religion divise. Elle est source de guerres alors que la spiritualité unit.? A la source, c?est ce qui unit les hommes. Jésus n?était pas venu établir une nouvelle religion. Graduellement, les croyants et en fonction des conditions sociales, une institution s?est mise en place. Par la suite, tout était devenu religieux. Aujourd?hui, force est de constater que la religion a perdu tout contrôle sur les pensées politiques, philosophiques, sociales et économiques. On a assisté à une sécularisation théologique des sciences sociales. On explique les réalités autrement qu?à travers les prismes de la religion. La production des valeurs n?est plus, en ce sens, liée à la religion.

<B> Sattyadeo Peerthum</B> : J?ai remarqué depuis quelque temps qu?il y a un effort prononcé en faveur du dialogue inter-religieux. On dit souvent qu?on a la chance d?avoir à Maurice quatre grandes religions. Religion dans le sens où il y a un devoir à accomplir. Nous disons aussi compter une petite population de 1,2 million de personnes. Mais, je dois reconnaître que nous ne connaissons pas l?histoire intime des autres. Je veux cependant croire qu?il existe beaucoup de rivières et qu?elles mènent toutes au même océan. La lutte à la fin est de rendre les gens meilleurs car, comme le dit le fondateur de l?Arya Samaj, le swami Dayanand, l?important c?est de rendre service à tout le monde.

● <B> Quels peuvent être les termes de ce dialogue inter-religieux ? </B>

<B> F.F. </B> : Le défi consiste pour chaque religion à retrouver sa source profonde. Dans ma façon de prier, le mantra est très présent parce qu?il est de l?Est et de l?Orient en moi. Parallèlement, il y a la spécificité de chaque religion dans le développement humain. C?est cet élément spirituel du développement qui fait la particularité de chacun. Les chefs religieux disent souvent qu?il faut se réunir pour aider la société mais, à la base, ce n?est pas ce que les gens vivent. Dans le sens qu?en termes de partage, ils vivent déjà une expérience extraordinaire sauf lorsque les politiques tentent de manipuler les gens. Si je veux aujourd?hui comprendre la société et les hommes qui y vivent, je dois sortir de la seule église pour pouvoir trouver d?autres instruments de lecture et d?analyse. Je dois me familialiser avec la sociologie, la psychologie, l?économie car, quelque part, ces disciplines ne sont pas étrangères à la religion. Au fond, c?est lorsque nous développons nos valeurs profondes en tant qu?individu que nous évitons les problèmes de contact avec les autres. Nous vivons la même humanité et nous partageons ce que nous avons de particulier.

<B> S.P. </B>: Il y a un côté pratique et un côté théorique dans le dialogue inter-religieux. Le tronc commun est tout ce qu?il y a de meilleur dans chaque religion. Nous nous devons d?ouvrir ces portes et fenêtres à tous. La compassion que nous éprouvons pour les plus pauvres ne connaît pas de couleur religieuse. Ce que notre religion nous enseigne de meilleur, c?est ce que nous devons de mettre en pratique dans un esprit de partage. Et c?est lorsque nous nous sentons étouffés dans un cercle fermé que nous faisons le choix de nager dans le grand océan. Le mouvement aryasamajiste prône une sociéte de gens biens et cela transcende les critères d?identification classiques. Ainsi le swami Dayanand n?était pas non plus venu fonder une nouvelle religion mais une société (samaj) des gens justes (arya).

● <B>Il y a des conditions objectives comme la concentration géographique des ethnies qui entrave le partage. Comment les surmonter ? </B>

<B>S.P. </B>: La lutte pour une meilleure Ile Maurice est permanente. L?important, au-delà des prières et du rituel, est de parvenir à un équilibre entre nous, entre les religions. Nous devons encourager un système de vie et de pensée qui nous rend meilleurs. Dans la pratique, il faut une synthèse de tout ce qu?il y a de mieux dans chaque religion tout en continuant à adhérer à ces convictions profondes qui constituent la théorie de sa religion.

<B>F.F. : Nous devons répondre à des situations historiquement héritées. Donc nous ne pouvons pas bouger des populations. C?est cette accumulation des passifs du passé qui pose problème. Il aurait fallu qu?on s?arrête à un moment et qu?on énonce tout ce qui ne fonctionne pas un peu à l?image de ce qui s?est fait en Afrique du Sud. Au lieu de cela, on a fait le choix de vivre dans l?apparence. La neuro-théologie démontre que lorsque nous prions, et cela dans n?importe quelle religion que ce soit, ce sont les mêmes aspects de notre cerveau que nous utilisons. Cela est significatif de ce qui nous unit.

● <B> Ce qui nous désunit, seraient-ce les politiques? </B>

<B> F.F. </B> : Le rêve aujourd?hui est de surmonter les conséquences de cette utilisation politique de l?économie et de la culture telle que la pratique George Bush en abusant de la religion. Nous nous retrouvons dans une situation où des responsables politiques utilisent la religion pour exécuter des desseins politiques. Je pense aussi qu?au niveau des institutions chrétiennes, il n?y a pas eu assez de dénonciations de Bush et de sa politique. On aurait dû avoir une condamnation officielle. Cela a des incidences dans notre travail au niveau local et régional. Il s?agit pour moi de construire contre ce système Bush qui veut fonder son pouvoir en utilisant la religion.

● <B> C?est aussi la fonction des religions d?aider les gens à acquérir des outils d?analyse qui leur éviteraient toute instrumentalisation?</B>

<B> F.F. </B> : Je suis entièrement d?accord. L?humanisation suppose qu?on sort d?un cadre pour accueillir tout ce qui se fait autour de nous. Il faut continuellement exprimer une soif de connaissance et de culture. Pour nous chrétiens, la particularité est d?accompagner ceux qui sont les plus ?crazé?.

<B> S.P. </B>: Le mythe du progrès a eu pour conséquence que nous nous sommes mis à courir dans tous les sens. Nous avons ainsi développé une vision partagée de notre avenir individuel et collectif. Or, en ces temps modernes de transformation technologique, ce sont des personnes comme Gandhi et Mère Teresa qui sont devenus de grandes figure de l?humanité parce qu?ils ont simplement servi les humains. A quoi cela sert-il de prêcher si on n?aide pas.

● <B> Le mot de la fin?</B>

<B> F.F</B> : Le c?ur de la Bible, c?est l?identification du Christ et des pauvres et le fait que personne ne peut se servir de l?argent et de Dieu. Je dois reconnaître qu?il y a un grand chemin à parcourir pour atteindre cet objectif et l?appliquer.

<B> S.P </B>: Service to man is service to God. La religion, c?est le devoir. Le devoir, c?est la religion. Théoriquement, on peut prier chaque jour mais c?est dans la pratique que nous exprimons notre foi afin de libérer l?âme vers la pureté.

Propos recueillis par <B> Nazim ESOOF</B>

RAMADAN

<B>Le mois le plus sacré des musulmans</B>

Un mois d?abstinence. Dans tous les sens du terme. Il ne s?agit pas seulement de jeûne alimentaire. C?est un dépouillement de toute la matérialité de la vie quotidienne. Dans les faits avant le lever du soleil chaque jour, le musulman prend son ?sehr? - le repas avant le début du jeûne. Jusqu?au coucher du soleil, il ne boira ni eau ni ne consommera une quelconque nourriture. Il rompt ensuite le jeûne avec ?l?iftar? en consommant quelque chose de sucré dont la datte. Cette privation, au bout d?un mois, finit de provoquer un état d?esprit chez lui. Il accomplira les cinq ?salaat? (namaz, prières) quotidiennes comme à l?accoutumée. En outre, après la dernière prière du soir ?Esha? il participe à la prière du ?tarawee?, la récitation du Coran sous forme de ?namaz?.

C?est dans la privation qu?on atteint une forme de transcendance. Un mois de jeûne musulman, c?est la possibilité pour de nombreux croyants de transformer leur vie. Pour retrouver l?essence de leur être dans cette aventure qui les mène vers Dieu. Car le ramadan, c?est aussi, au-delà des règlements pratiques, la période qu?on consacre à lutter contre ses désirs, contre le désordre temporel et contre aléas de la vie quotidienne. L?engagement se fait avec Dieu mais c?est aussi un engagement qu?on prend avec soi-même. La foi, non plus, n?est pas statique. Pendant le ramadan, c?est l?occasion d?interroger sa foi afin de la rendre encore plus prégnante dans sa vie de tous les jours.

A travers le monde donc, plus d?un milliard de musulmans réaffirment leur appartenance à l?islam. Un mode de vie. Une dévotion totale à Allah. Sans manger, sans boire, ou fumer ou avoir des relations sexuelles entre le lever et le coucher du soleil. L?effort est permanent. Il implique le contrôle de tous ses sens. S?éloigner de la colère. Contrôler son regard. Faire l?économie de la parole. Se limiter dans ses gestes à l?essentiel. Chercher donc une nouvelle maîtrise de soi dans un pacte privé avec Dieu.

Le ramadan, c?est aussi l?occasion de se rapprocher de tous ceux qui sont privés de nourriture. Tous ceux qui souffrent de la malnutrition. C?est prendre conscience de la valeur de la nourriture et s?éloigner, en conséquence, du gaspillage.

<B>Retrouver la voie divine</B>

Les dix jours précédant la fête Eid, qui marque la fin du ramadan, sont des jours bénis pendant lesquels un certain nombre de musulmans s?isolent entièrement dans la mosquée . La 27e nuit, connue comme la nuit du destin, le ?Laylat al-Qadr? est particulièrement sacrée pendant le ramadan. C?est la nuit pendant laquelle le Coran a été révélé au prophète Mahomet. Les musulmans consacrent cette nuit à la prière et à la récitation du Coran. Le musulman pratique aussi la ?Zakat-ul-Fitr? (Aumône de fi de ramadan), lui rappelant qu'il doit s?acquitter de son aumône annuelle, déterminée en fonction de ses biens.

L?obéissance de la parole d?Allah et la soumission à sa volonté est l?obligation première de tout musulman. ?...Donc, quiconque d'entre vous est présent en ce mois, qu?il jeûne !? fait ressortir Dieu dans la sourate 2, verset 182 du Coran. Ainsi le ramadan est obligatoire. Une obligation que le musulman vit par rapport à Dieu parce qu?à n?importe quel moment il peut rompre le jeûne et personne n?en saura rien sauf Dieu. C?est cette privation dans l?absolu qui inscrit son geste dans une démarche profondément spirituelle.

Comme tout individu, le musulman est susceptible de céder à la tentation. Le ramadan, c?est l?occasion pour lui de se racheter, de retrouver la voie divine, de recourir à la lumière de Dieu pour surmonter l?obscurité de son ignorance.

<B>Les cinq piliers</B>

■ Les cinq piliers auxquels les musulmans doivent se soumettre sont :

La ?Chahada?, l?attestation de foi de la croyance en un Dieu unique

Les cinq prières quotidiennes.

La ?zakat?, impôt que le musulman paie en fonction de ses biens

Le ramadan.

Le hadj, pèlerinage à La Mecque au moins une fois dans la vie d?un musulman s?il est physiquement et financièrement en condition de le faire.

<B>Particularités</B>

■ Neuvième mois du calendrier lunaire islamique, le ramadan débute en fonction d?observations de la lune et de certains calculs astronomiques. A Maurice, c?est en fonction de la visibilité de la lune que le début et la fin du ramadan sont décrétés. Le jeûne est un élément important de la pratique musulmane. Outre le ramadan obligatoire, le musulman est ainsi invité à suivre le modèle du prophète Mahomet qui avait l?habitude de jeûner trois jours chaque mois. L?observation du ramadan est obligation pour tout musulman pubère, sain d'esprit, capable de jeûner. Toutefois, lorsque la femme a ses règles, elle en est dispensée.

<B>Pèlerinage Père Laval</B>

Les 8 et 9 septembre prochains, Sainte-Croix vivra une nouvelle fois au rythme du pèlerinage Père Laval. Les Mauriciens, souvent d?ethnies différentes, viendront se recueillir sur son tombeau comme chaque année. Et cela depuis le 11 septembre 1864, jour où son corps fut enseveli dans la banlieue portlousienne. Le Père Laval, source d?espoir pour de nombreux Mauriciens, reçoit quotidiennement la visite de fidèles qui lui témoignent la reconnaissance d?avoir réalisé des miracles dont des guérisons. Jacques-Désiré Laval vint au monde en 1803 en France. Bachelier ès lettres et ès sciences, il réalisa des études en médecine. Se lassant vite d?une vie qu?il jugea égoïste, il entra au séminaire en 1835. Il fut ordonné prêtre en 1939. Deux ans plus tard, il s?embarqua pour Maurice : auprès des esclaves, il entrepris l??uvre de les soigner et de les aider. Lorsque une épidémie de choléra frappa le pays en 1854, il se consacra de toutes ses forces à soutenir les malades. Lorsqu?il mourut le 9 septembre 1864, 20 000 personnes défilaient devant son corps. Aujourd?hui encore, ils sont des milliers à venir le saluer pour son dévouement à la cause des pauvres. La béatification du Père Laval eut lieu le 29 avril 1979 par Jean-Paul II. ?Que l?exemple du Père Laval encourage tous ceux qui, sur le continent africain et ailleurs, s?efforcent de bâtir un monde fraternel, exempt de préjugés raciaux!?, déclara alors le pape.

<B>La musique pour se guérir</B>

L?Indien Shri Shri Ganapathy Sacchidananda accompagné du violoniste international, le Dr Subramaniam et d?autres musiciens, étaient à Maurice récemment pour animer des sessions musicales dédiées à la méditation et à la guérison. L?homme pieux interprète de ?ragas?, curatifs, mode musical correspondant à une atmosphère émotionnelle, sur un synthétiseur électronique accompagné par des musiciens qui jouent des instruments traditionnels indiens. La musique est ici exploitée comme une source de transmission d?énergie. Elle participe chez l?ascète d?une pratique du yoga. ?La musique appropriée aide à atteindre la relaxation en calmant ses nerfs et ainsi ouvre la voie à la paix de l?esprit?, explique Shri Shri Ganapathy Sacchidananda. Il était à Maurice grâce à l?Arul Tharum Kali Parashakti Thava Sidhar Peetam Kali Kovil en collaboration avec le ministère des Arts et de la Culture.

<B>Entretien au Ganga Talao</B>

Après Ganesh Chaturthi, la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF) a pris l?initiative d?effectuer un exercice d?entretien du Ganga Talao, à Grand-Bassin, lieu de pèlerinage de la communauté hindoue. Commentant cette décision, le président de la MSDTF, Somduth Dulthumun fait ressortir que des statuettes immergées dans un lac finissent par remonter à la surface du fait que certaines d?entre elles sont fabriquées avec du ciment ou recouvertes de matière plastique. ?Toutes les associations socio-culturelles, bien avant la fête Ganesh Chaturthi, avaient lancé un appel aux dévôts pour qu?ils évitent l?immersion des murthis (statuettes) au Ganga Talao. Car c?est un cratère volcanique avec des profondeurs de 57 m par endroits. Cela représente un risque réel pour des immersions de corps. Il se trouve aussi que les statuettes qui ne sont pas réalisées en terre et en chaux remontent à la surface?, dit Somduth Dulthumun. En consultation avec d?autres associations et avec l?aide de la Special Mobile Force, la MSDTF a enlevé hier les ?centaines? de statuettes qui flottaient sur le lac pour les immerger à Flic-en-Flac. Balraj Naroo, président de la Mauritius Marathi Mandali Federation, confirme : ?il semblerait qu?il existe un groupe qui distribue des statuettes qui ne sont pas réalisées à chaux et en terre et qui invite les fidèles à venir les immerger au Ganga Talao. C?est peut-être un signe du dieu Ganesh que ces statuettes reviennent à la surface?, fait-il remarquer.

Publicité