Publicité

Relativiser quoi ?

17 mai 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ramona Trinidad Iglesias Jordan, vous connaissez ? Il y a peu de chances. Cette Portoricaine est pourtant la doyenne du monde. Elle a vu le jour le 31 août 1889. Six mois plus tôt, l?Angleterre du football avait célébré avec faste les glorieux invincibles de Preston North End.

C?est drôle, mais, parfois, il suffit d?un détail insignifiant pour mieux apprécier la portée d?un exploit. 115 ans, c?est une éternité. Et depuis, forcément, beaucoup d?eau a coulé sous les ponts. Le monde a vu passer deux guerres mondiales, les Jeux Olympiques ont été organisés vingt-quatre fois et le Brésil a remporté cinq Coupes du monde?

On a beau se convaincre que les chiffres ne veulent parfois rien dire. Mais personne, pas même le plus piètre des statisticiens, ne peut rester insensible à l?immense exploit que vient d?accomplir Arsenal. 38 matches, zéro défaite ! C?est impensable. Cent-quinze ans qu?on n?avait pas vu ça. Et même que le football a drôlement évolué depuis Preston.

L?odyssée d?Arsenal, puisque c?en est une, ne peut aucunement être relativisée. Elle appartient à l?histoire. Un jour, peut-être, une équipe fera aussi bien. Mais il est désormais impossible, en une saison, de faire mieux.

Il s?agit, maintenant, de comparer les époques, de se poser des questions. C?est tentant. Arsenal est-elle la plus grande équipe de tous les temps ? La question est culottée et fera certainement sourire certains. N?allons pas trop loin en effet. Déjà, parce que d?autres ont fait encore mieux, pas forcément sur le plan du jeu mais en termes de bilan comptable.

En Roumanie par exemple, le Steaua Bucharest de l?ancien dictateur Nicolae Ceacescu avait régné en maître de 1986 à 1989, remportant au passage la très convoitée Coupe d?Europe des Clubs champions. 104 matches sans connaître la moindre défaite, 112 si l?on y ajoute l?épopée européenne des Hagi, Lacatus et autres Popescu, c?est énorme. Dans un championnat il est vrai nettement plus relevé, Arsenal n?a pas encore accompli le tiers du parcours des Roumains et attend toujours de se distinguer sur la scène continentale.

Et puis, sur le plan anglais, il y avait eu, à la fin des années 70, le grand Nottingham Forest. A défaut d?avoir terminé une saison entière invaincue, l?équipe du légendaire Brian Clough avait disputé, entre novembre 1977 et décembre 1978, 42 matches sans connaître la moindre défaite. Les vaillants rouges ajoutèrent à leur collection, l?année suivante, un triomphe inoubliable en Coupe d?Europe des Clubs champions.

L?Europe justement, parlons-en. Véritable sujet tabou, la Ligue des champions est devenue, au fil des années, à tort peut-être, un indispensable baromètre. D?aucuns considèrent - notamment les supporters de Manchester United et de Liverpool qui ont visiblement du mal à accepter l?avènement Arsenal - que la crédibilité et le niveau réel d?une équipe se mesurent à sa capacité à se distinguer au carrefour de l?Europe. Facile à dire quand le passé parle pour soi.

Bon, c?est vrai, coupable d?avoir mal négocié son quart de finale retour contre Chelsea, Arsenal est encore tombé plus tôt qu?on ne le prévoyait cette saison en C1. Mais, en réalité, personne ne peut nier que le géant nord-londonien a atteint, cette saison, un niveau de jeu surréel, sans doute le meilleur de tout le continent. Arsenal, c?est une véritable ode au football.

Sous l?impulsion de sa superstar, Thierry Henry, inévitable Ballon d?Or 2004, le club d?Highbury a encore de belles années devant lui. Ses maîtres à jouer Patrick Vieira et Robert Pirès ne devraient pas, non plus, quitter Londres de sitôt. Les Ashley Cole, Kolo Touré, Gilberto Silva et autres Jose Antonio Reyes seront, pour leur part, encore plus forts une fois qu?ils auront atteint la maturité qui permet à un bon joueur de football de devenir irremplaçable. Sans oublier que des garçons comme David Bentley, Cesc Fabregas, Gaël Clichy et Jérémy Aliadière, les stars de demain, seront appelés à intégrer plus souvent l?équipe première.

Vous comprenez maintenant pourquoi on vous dit que les années 2000 seront celles d?Arsenal ? L?Angleterre a eu un aperçu. L?Europe, elle, n?a qu?à bien se tenir.

Publicité