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Redonner espoir aux détenues

8 avril 2005, 00:00

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?Avan mo ti dan trou bouillan, kat kote miray mo ti pe tourne, vire. Mo nepli ti santi moi enn fam. Mo nepli ti imin. Mo ti zis enn prizonie.? Ces paroles de Sandhya, 29 ans, traduisent ce que ressentent bien des détenues. Cette dépersonnalisation, le ministère de la Femme et des ONG tentent de l?amoindrir. Les cours de formation professionnelle qu?ils offrent à 56 détenues leur ont permis d?entrevoir l?avenir sous un autre éclairage, en sus de leur avoir restitué leur féminité. Sandhya et Marie-Christine en témoignent.

La tête garnie de tresses africaines, Marie-Christine, légèrement fardée, a enfilé son plus bel ensemble, un deux-pièces doré en soie froissée. Il faut dire que l?occasion s?y prête : elle va recevoir deux certificats, l?un sanctionnant ses compétences en esthétique et l?autre en arrangement floral.

Cette Mauricienne de 41 ans, basée en France et condamnée à cinq ans de prison pour avoir acheminé du Subutex (médicament de substitution utilisé comme drogue), maintient avoir été piégée par une connaissance. ?On m?a demandé de rendre un service et de transporter des médicaments à Maurice. Je l?ai fait car j?y venais en vacances. Sans me douter qu?il s?agissait de drogue. Quand on m?a arrêtée, mon monde s?est écroulé.? Sans tenir compte de sa remise de peine, il lui reste trois ans à purger.

Cela fait six ans et demi que son amie Sandhya est incarcérée pour homicide involontaire. Elle a encore 13 ans à tenir. Cette ex-employée d?usine s?est mariée à un homme un mois après leur première rencontre. Elle espérait pouvoir quitter le pays en sa compagnie. Mais elle n?a pas mis plus de 30 jours pour réaliser qu?elle avait épousé un escroc, habitué à faire de la prison.

?Linn komens telefonn moi, menas moi, dir moi li pou fer moi suiside. Tousala inn fatig mo latet?. Elle raconte avoir subi un harcèlement moral sans pareil. Et un jour qu?il lui fixe un rendez-vous, elle s?y rend en compagnie d?un ami. La rencontre tourne au drame. Ils tuent son mari. ?Mo ti bien dan mo lavi. Mo ti ena 23 ans et an lespas enn moi, sa dimounn la inn devir ek detrir mo lavi.?

Condamnée et incarcérée à Beau-Bassin, Sandhya passe ses journées à broyer du noir, jusqu?à ce que l?organisation Kinouete accède à la prison et offre aux détenues un espace de paroles et d?écoute. Une autre ONG, la Craft Academy, fait de même, offrant plusieurs cours, notamment d?artisanat. Plus récemment, c?est le ministère de la Femme qui se met de la partie avec des cours de formation professionnelle en arrangement floral, esthétique, aérobic, coiffure, pour ne citer que ceux-là.

Sandhya s?essaie à pratiquement tout, à commencer par l?informatique. ?Asterla, pey pe develope ek zot bizin dimounn ki ena computer studies.? Comme elle a du temps à meubler, à cette matière elle adjoint la coiffure, l?esthétique, la broderie et la cuisine. ?Kinouete inn aprann moi koze, gagn bon manier. Bann kour Craft Academy ek minister inn donn moi distraksion, inn okip mo lazourne. Apre zot inn donn moi lafors. Mo kapav soizir ki metie mo pou pran plitar.?

C?est aussi le cas de Marie-Christine, qui n?avait comme formation initiale que l?encadrement aux personnes âgées. ?C?est désormais un atout que j?ai en main. J?ai maintenant du courage pour recommencer autre chose.? Quand elle sera libre, elle veut regagner la France où vivent ses deux fils déjà adultes.

L?unique regret de Sandhya est de n?avoir su, avant le drame, qu?elle pouvait se tourner vers le ministère de la Femme pour des conseils sur ses droits. ?Avan mo fer prison, mo ti nek konn ki lapolis ek la kour. Si mo ti kone ki minister fam ti kapav donn moi konsey lor seki mo ti pe sibir, mo pa ti pou dan prizon zordi. Mem si minister deza pe fer li, mo kroir li bizin miltiplie informasyon lor droi bann madam.?

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