Publicité

Recherche désespérément nouveaux acteurs

29 mai 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est l?une des recommandations de la commission Sachs (voir encadré). Les listes de partis permettront d?enrichir le personnel politique qui jusqu?ici s?est caractérisé par son caractère dynastique et hermétique. Dans les faits, les volontés d?ouverture ont buté sur des écueils propres aux structures des partis et aux réserves des compétences de la société civile à s?engager. La société politique en a pâti. C?est ainsi qu?au-delà du sérail traditionnel, une participation plus élargie a été hypothéquée. Il faut aussi dire que les partis restent bloqués sur des considérations que lui commande l?organisation politique locale.

Il y a d?autres explications à cela. « Les partis pensent à gagner les élections à tout prix. Pour ce faire, ils ont peut-être pensé qu?il leur fallait des politiciens actifs sur le terrain et des personnes qui ont un certain profil », explique le dirigeant du Mouvement militant mauricien (MMM), Alan Ganoo. La représentation proportionnelle (RP) permettrait de surmonter de tels déterminismes. Dépendant du type de réforme électorale qui sera élaborée, une formule de proportionnelle pourrait être introduite. Les partis proposeront ainsi des listes comprenant un certain nombre de noms. Ceux-ci peuvent aussi bien se présenter selon le système majoritaire simple (First Past the Post) et figurer sur la liste. Laquelle liste pourrait inclure des personnalités de la société civile. C?est l?un des moyens pour parvenir à une certaine diversification du personnel politique. Jusqu?ici, celui-ci s?est nourri d?un bassin défini.

Les partis auront bien tenté, au fil du temps, de s?ouvrir. Le Parti travailliste (PTr), souligne son secrétaire général Deva Virahsawmy, a fait de la place à hauteur de 30 % des femmes au sein de son exécutif. « C?est aussi dans notre projet d?avoir davantage de femmes candidates. » Pour lui, c?est selon le contexte qu?on a plus ou moins de femmes engagées en politique. « Quand on pratique la politique activement, il y a des changements qui interviennent dans sa vie civile normale », précise Deva Virahsawmy.

C?est aussi en cela que la représentation proportionnelle représente une option. En effet, elle offre l?opportunité à des personnalités d?avoir accès au Parlement, voire à des responsabilités ministérielles sans avoir à faire campagne. «La RP est une option. Car malgré tous les efforts réalisés par les partis, force est de constater qu?on n?a pas toujours récolté les fruits escomptés en termes d?ouverture. Il y a différentes formules pour pallier ce déficit. Un éventuel amendement constitutionnel pourrait prescrire un seuil à la participation féminine et de la société civile. Les partis devront ainsi prendre l?engagement d?accorder un certain nombre d?investitures à des citoyens qui autrement ne s?engageront pas en politique. Soit, outre les femmes, les personnes souffrant de handicaps physiques», soutient Alan Ganoo.

Enrichissement et diversification

L?avantage des listes de partis, constate le dirigeant du MMM, permet d?ajouter d?autres noms de la société civile à la liste des élus du scrutin majoritaire. «Rien n?empêche aussi qu?on légifère afin d?imposer aux partis d?inclure un nombre minimal défini de femmes selon le système majoritaire car il y a effectivement une urgence à corriger la sous-représentation féminine au Parlement», suggère Alan Ganoo. Il admet que la liste des partis est une occasion d?enrichir le personnel politique avec de nouveaux acteurs, dont des intellectuels.

Posée ainsi, la question commande une réponse évidente : la RP est un moyen idéal de diversifier le personnel politique. Cependant certaines nuances s?imposent. Pour avoir fait le saut de la société civile à la société politique, la députée du PTr Nita Deerpalsing, qui précise qu?elle intervient en tant que citoyenne, a des sentiments mitigés par rapport à la RP. «Ce serait bien que la RP puisse faire émerger de nouvelles femmes en politique pour combler le déficit démocratique. Mais le réel déficit démocratique, c?est l?absence de réelle alternative au Parlement. Si on a 30 nouveaux élus selon la liste des partis et que ces femmes et hommes sont de traditionnels filles et garçons de l?establishment, la réforme ne servira qu?à absorber un peu plus des dépenses publiques !» tonne une Nita Deerpalsing qui insiste sur la nécessité d?identifier des voies alternatives à l?establishment.

La réforme ne sera efficace, selon elle, que si les nouveaux engagés «ne sont pas achetables.» «Que ce soit dans le gouvernement ou dans l?opposition, on a certains parlementaires qui ne remplissent pas leur rôle parce qu?ils se disent qu?ils auront besoin des services et des avantages des ministres», souligne la parlementaire. Elle plaide donc pour une réforme en profondeur. «Moi, je veux savoir comment la réforme électorale va apporter vraiment plus de démocratie au Parlement. La démocratie, c?est une diversité d?opinion. Je ne veux pas d?une réforme pour la galerie», prévient Nita Deerpalsing. Elle constate également que si les partis ne font pas autant de place aux femmes, c?est parce qu?ils sont le reflet de la société, soit «machistes.»

Le débat est lancé. À un moment où les dirigeants des partis traditionnels se disent prêts à rechercher un consensus afin que la réforme électorale aboutisse, des premières pistes se dressent comme prioritaires dont, entre autres, une plus grande participation des femmes et des personnalités de la société civile.

CE QUE DIT LA COMMISSION SACHS

■ L?introduction d?une formule de proportionnelle permettrait aux partis de proposer des listes. Les auteurs du rapport sur la réforme électorale, rendu public en février 2002 par le juge sud-africain Albie Sachs, un ancien commissaire électoral indien Brij Behari Tandon, et l?ex-juge mauricien Robert Ahnee, font ressortir que ces listes permettront, entre autres, une ouverture à la société civile et, plus particulièrement, aux femmes.

Les avantages de ces listes sont : l?accès au Parlement de personnalités importantes des partis qui auraient échoué aux élections ; l?entrée au Parlement de professionnels réticents à s?engager dans de longues et coûteuses campagnes ; la garantie d?une plus grande représentation des femmes ; l?ouverture à des personnes handicapées ; et surtout des mécanismes qui permettront de réduire la fonctionnalité du système de député correctif en poursuivant ses objectifs de représentation.

Au chapitre de la représentation féminine, le rapport note que, si Maurice peut se targuer de traditions démocratiques, l?île ne peut par contre pas se vanter d?une grande participation des femmes à la vie politique. La commission précise qu?à travers le monde, des méthodes volontaires et obligatoires sont utilisées pour corriger la sous-représentation féminine dans le processus de prise de décisions. Se référant à des systèmes existants, la commission rappelle que : l?approche indienne tendrait à inclure une femme pour chaque trois candidats par circonscription ; l?approche sud-africaine basée sur la liste des partis préconise que chaque troisième candidat soit une femme et que le troisième suivant soit un homme pour assurer une représentation adéquate des deux sexes ; et enfin, avec un éventuel financement public des partis, l?allocation des fonds pourrait se faire selon le nombre de femmes candidates et de femmes élues.

PAULA ATCHIA : « UNE AFFAIRE D?HOMMES »

■ Paula Atchia, ancienne directrice de collège eut l?idée pour les législatives 2005 de lancer une formation politique ne présentant que des femmes. Le Parti de la Majorité présenta quatre candidates qui furent battues. Derrière cette aventure, il y avait la volonté d?un groupe de femmes d?inscrire la question de la sous-représentativité féminine en politique. «Je pensais que les femmes étaient prêtes à s?engager en politique. Mais je me suis rendu compte que ce n?était pas le cas pour toutes. Au départ, nous devions être 14 candidates. Seules quatre se sont présentées», confie Paula Atchia. Les défections étaient dues aux pressions, voire les tentatives de ridiculiser les éventuelles candidates. Mais ce mouvement estime avoir atteint son but : enregistrer un parti pour marquer une présence sur la scène. C?est un moyen qui peut servir de déclic. « On a eu un succès mitigé mais on a eu le soutien de la presse qui a porté le débat sur la place publique. Nous ne nous étions pas engagées pour récolter des voix mais pour inscrire le problème dans l?agenda politique. Je ne sais pas si je serai là aux prochaines élections mais je suis prête à aider celles qui voudraient réactiver le mouvement », ajoute Paula Atchia. Cette dernière souligne enfin le fait que la politique à Maurice, c?est surtout une affaire d?hommes.

QUESTIONS A?. SHEILA BUNWAREE

CHARGEE DE COURS A L?UNIVERSITE DE MAURICE

Les partis traditionnels affichent une volonté d?ouverture aux femmes. Mais cela ne se traduit pas dans les faits. Pourquoi ?

Le politologue Lovenduski nous rappelle que « le Parlement est l?entrepôt du machisme traditionnel en politique et que les formations politiques en sont les principaux distributeurs ». Cela démontre à quel point les hommes sont avides de pouvoir et que les partis politiques en sont les gardiens les plus importants. L?appropriation de l?espace politique par les hommes est rendue facile par les contraintes auxquelles les femmes doivent faire face comme la socialisation, le manque de ressources, le langage ordurier à leur égard et la façon incivile de faire la politique. Nos leaders ratifient des conventions internationales et régionales telles que la Convention sur l?élimination de toutes formes de discrimination à l?égard des femmes ou le quota de 30 % du Protocole de la SADC. Mais, dans les faits, ils ne les mettent pas en pratique. C?est l?hypocrisie et l?absence de respect de nos partis politiques vis-à-vis des femmes.

La société civile se montre souvent critique à l?égard du politique. Qu?est-ce qui empêche ses membres de se lancer pour changer les choses ?

La société civile n?est pas un bloc homogène. Elle est très divisée. Donc elle n?est pas une alternative solide. Bien des gens veulent faire de la politique mais ils n?ont pas les ressources nécessaires. Le mercantilisme du politique est aberrant et la question du financement des partis reste entière. Ceux qui détiennent le pouvoir ont des stratégies pour étouffer toute velléité d?émergence d?une nouvelle classe politique. Les éternelles alliances n?augurent rien de bon pour une vraie démocratisation du développement.

Seriez-vous prête à vous engager ?

En tant qu?intellectuelle, je m?engage déjà dans la politique car le rôle de l?intellectuel, comme disent Edward Said et Noah Chomsky, «c?est de se battre pour la justice sociale et ainsi transformer la condition humaine». Je dénonce les injustices, les inégalités et l?immoralité. Transmettre des valeurs positives et influer sur l?opinion publique sont déjà un engagement. Je serai prête à m?engager en politique active si toutes les conditions sont réunies pour un renouvellement de la classe politique et un projet de société bien défini basé sur l?équité, l?inclusion, la justice sociale? En d?autres mots, je m?investirai dans une équipe qui prône une idéologie alternative. La gouvernance par le marché entraîne trop d?inégalités et de misère. Elle ne se prête pas à une cohésion sociale et à la paix. Cela ne rejoint pas mes convictions.

Quelle réforme électorale serait souhaitable pour l?ouverture de la société politique ?

Le système actuel est aberrant. L?absence d?une opposition forte aussi bien que la sous-représentation des femmes constituent des déficits importants. Donc, il nous faut un système qui aiderait à approfondir la démocratie tout en assurant une meilleure représentation de notre diversité. Une dose de proportionnelle est importante et urgente pour une île Maurice qui se dit moderne. Un système proportionnel serait plus inclusif. C?est une condition nécessaire mais certes insuffisante pour une plus grande ouverture en politique.

Publicité