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Raz-de-marée dans la région

14 mai 2007, 00:00

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?Nous n?avons jamais vu une telle chose. Même en période cyclonique cela ne s?est jamais produit?, raconte un habitant du littoral sud. De grosses vagues d?environ quatre à cinq mètres de haut ont, en effet, surpris une dizaine de familles qui habitent à Rivière-des-Galets dans la nuit de samedi à dimanche. Certains ont même cru, à tort, à un tsunami?

Flic-en-Flac compte, lui, quatre pêcheurs disparus que la National Coast Guard (NCG), aidée de l?hélicoptère de la police, a tenté en vain de retrouver hier. Selon des témoins, leur embarcation aurait chaviré avant d?être engloutie par les flots.

<B>La gare pour refuge</B>

Les vagues déferlantes laissent beaucoup de dégâts sur leur passage. Maisons inondées, clôtures arrachées, meubles, électroménager et autres effets saccagés sans compter les pirogues détruites. Jusqu?à tard dans la soirée, les habitants du littoral sud craignaient encore que le phénomène ne se reproduise.

À la mi-journée et alors que certains tentent tant bien que mal d?enlever les eaux boueuses de leurs maisons, bon nombre, rassemblant leurs vêtements, décident de trouver refuge ailleurs. D?autres encore, venus en curieux, admirent le ?spectacle? de la mer déchaînée. ?Pa enn komansman sounami sa ?? C?est la question qui revenait tel un leitmotiv?

Jay Gooljar, tenant sa fille de deux ans dans ses bras, regarde avec inquiétude les vagues qui s?écrasent contre un mur en face de son domicile. L?homme re-doute que les vagues ne frappent de nouveau car la veille il a, comme ses proches parents et voisins, été contraint de déserter sa maison pour aller s?abriter ailleurs.

Les traits tirés par la fatigue, il raconte : ?Ti kapav ver 11 zer diswar koumsa ler mo tann ene tapaz terib kouma dir enn kiken pe ronfle for. Mo somey kase e ler mo get par la fnet, mo trou gros vag oter lakaz pe vinn dan nou direksyon lakaz.?

La seule chose qui lui vient en tête, dit-il, c?est d?évacuer sa femme est ses enfants par la porte de derrière. Mais il est déjà trop tard : d?autres vagues frappent de plein fouet, inondant leur maison. Jay entend les cris des voisins qui subissent le même sort. C?est le sauve-qui-peut général.

Dans la journée d?hier, Savitree Gooljar fait le triste constat. Elle a perdu tous ses meubles et ses matelas sont gorgés d?eau. Les vagues ont aussi emporté sa clôture en tôle, les livres scolaires de son fils de14 ans et ses ustensiles de cuisine. ?Yer swar mo ti krwar ki kikenn pe rod rant kot nou.?

Elle se rend vite compte que c?est le bruit des vagues qui pénètrent dans sa maison. Elle donne l?alerte. Alors que certains réussissent à prendre des couvertures, d?autres préfèrent tout abandonner pour aller se réfugier au centre social de la localité. Mais une fois sur place, le gardien leur refuse l?accès. ?Li finn dir nou ki fode gaygn enn otorizasyon avek minister pou les nou rantre?, explique Savitree. La dizaine de familles n?a d?autre choix que de trouver abri sous la gare routière. ?Nou pann dormi ditou parski nou ti pe per ki vag ariv ziska la gar?, explique Mohammad Boodhoo, un pêcheur de 24 ans, marié et père de deux enfants de cinq et deux ans, et qui a perdu sa pirogue. ?Kouma mo pou fer aster la, mo pa kone.?

Gérard Léon, un laboureur de 56 ans, a, lui, perdu sa plantation de légumes. ?Ne pli res narnye e tou mo bann legim finn gate.? Rose Deese se lamente : ?Mo ti pe konstrir lakaz me tou materyo fin al dan delo, makadam, disab, tou fin perdi.? Visiblement sous l?effet du choc, elle parvient tout de même à décrire cette terrible nuit. ?Mo ti pe get television ek mo tifi, mo zan ek ti baba kan ene kou nou nek tan vag vini. Nou finn galoup brite pou nou sove.?

<B>L?inconscience du danger</B>

À Flic-en-Flac et inconscientes du danger, des personnes s?amusent à surfer sur les vagues de la mer déchaînée ! Feizal Tengur, 37 ans et établi en Angleterre, est venu pour profiter de son dernier week-end de vacances dans l?île.

En voyant ces grosses vagues, il hésite mais il se jette vite à l?eau en voyant les baigneurs s?amuser. Ce n?est qu?à 18 heures et alors que la mer devient de plus en plus violente que les téméraires préfèrent rebrousser chemin. Au loin, le canot de la NCG sillonnait l?endroit où avait disparu l?embarcation des quatre pêcheurs disparus?

<B>Nicolas ATCHIANE

À RODRIGUES

<B>Trois pêcheurs portés manquants</B>

■ Les grosses vagues n?ont pas épargné Rodrigues. Trois pêcheurs de Port Sud-Est qui effectuaient une sortie à bord de leur embarcation sont portés manquants. Alertée par la police, la National Coast Guard (NCG) de Rodrigues a déclenché une opération de sauvetage. Des éléments ont patrouillé la zone indiquée pendant plusieurs heures jusqu?à fort tard dans la nuit, mais sans succès. Les recherches reprennent ce matin. L?embarcation des trois pêcheurs a été retrouvée.

À VIEUX-GRAND-PORT

<B> Kishore emporté par une vague</B>

■ ?Enn vag finn pran li finn ale?, ce sont les terribles paroles prononcées, samedi soir, à l?épouse de Kishore Babooa, un ?supervisor? de 41 ans. Le drame s?est produit vers 21 h 30 ce jour-là. Kishore Babooa, qui s?était rendu, avec son beau-frère et deux amis à une partie de pêche à bord d?une petite embarcation, a été surpris par une vague. À la mi-journée d?hier, proches et amis du noyé, les yeux rivés sur l?océan, attendaient et espéraient le retour des secouristes Mais, jusqu?à hier soir, les recherches restaient vaines. Pendant ce temps, Shoba Babooa, l?épouse de la victime, est inconsolable. ?Je ne sais pas comment cela s?est produit?, lâche-t-elle en regardant son bébé de cinq mois et sa fille de quatre ans. Celle-ci ne comprend toujours pas qu?elle est, à présent, orpheline de père. Ce dernier, selon sa femme, avait quitté la maison vers 18 h 30. ?Ce n?est que vers 21 h 30, que Jean-Marie, l?ami de mon époux m?a annoncé qu?il est tombé à l?eau. Ils l?ont cherché pendant environ une heure. Mais en vain.? C?est à ce moment, dit-elle, que la National Coast Guard a été alertée.

<B> Deux disparus à la Réunion</B>

Une vague géante a déferlé, samedi 12 mai au soir, sur les côtes sud et ouest de l?île de la Réunion, provoquant des dégâts importants et l?évacuation d?une partie du front de mer. Deux pêcheurs plaisanciers sont portés disparus au large de Saint-Pierre, où leur bateau a été fracassé.

Selon des témoins, le bateau, qui tentait de regagner l?entrée du port dans une mer déchaînée aurait été submergé par une vague de 7 mètres, qui l?aurait brisé en deux. Un promeneur a aperçu les occupants du bateau, deux frères âgés de 50 et 55 ans, habitant dans la commune voisine de la Petite Ile, s?agitant dans l?eau avant de disparaître. Selon Météo France, les vagues ont atteint jusqu?à onze mètres de haut.

Aussitôt alertés, les pompiers ont tenté, à bord de leur zodiac, de porter secours aux victimes mais ils se sont retrouvés eux-mêmes en difficulté, ne pouvant plus regagner la côte alors que la nuit était tombée.

Appelé en renfort, un hélicoptère de l?armée a tenté de les récupérer sans succès. Les recherches pour tenter de retrouver les pêcheurs disparus, qui n?ont pas pu se dérouler dans de bonnes conditions samedi, ont repris dimanche matin.

La forte houle qui a déferlé subitement alors que la mer avait été calme tout l?après-midi, a également provoqué des dégâts le long du littoral. Plusieurs maisons, inondées, ont dû être évacuées dans certaines communes du sud, ainsi que les terrasses des cafés installés sur le front de mer. Au lever du jour, les rues longeant la mer à Saint-Pierre étaient recouvertes de débris divers, de poubelles renversées. Les autorités ont appelé la population à ne pas s?approcher de la mer.

Aucune explication n?a été donnée sur cette violente houle qui serait venue de Madagascar, selon un membre du service de secours, alors que la saison cyclonique est passée. Samedi matin, Météo France avait émis un avis de houle légère sur les côtes sud de l?île.

© Le Monde

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