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Raynald Carcasse, l?électron libre
Cela va de soi. 49 ans de service à la centrale de Fort Victoria, cela vous forge un homme. Quasiment un demi-siècle passé dans cette centrale, qu?il pleuve ou qu?il vente. Toute une vie, en somme. « Je dis toujours que j?ai vécu à Fort Victoria. Durant toutes ces années, je n?ai jamais rien regretté. »
Malgré lui, Raynald Carcasse, aujourd?hui en congé préretraite, est devenu l?emblème de toute une génération d?ouvriers en bleu de travail. Qu?il le veuille ou non, il symbolise la longévité, la constance, la rigueur et l?amour du travail bien fait. Il a rejoint le Central Electricity Board en 1957 comme apprenti, alors qu?il n?avait même pas encore 16 ans.
Peu de débouchés s?offrent alors à l?adolescent après la Form III, passée à la Central School de Belle-Rose, qui est devenue aujourd?hui le collège Gaëtan Raynald. C?était le CEB ou le travail dans les champs. « Je voudrais rendre hommage à Madho Gopaul, le directeur du collège, qui nous a encouragés, mes amis et moi, à nous joindre au CEB. Il disait que nous allions apprendre beaucoup de choses et que nous allions faire carrière », confie Raynald.
Sur les quatre amis, il est le seul à être resté si longtemps. À l?époque, la compagnie n?a pas encore son école de formation. Jules Labat, le Station Superin-tendant, initie alors Raynald au métier. Trois fois par semaine, il suit des cours d?Electrical and mechanical engineering practice au collège Royal de Port-Louis, qui se trouvait à l?époque rue Edith Cavell. Après un apprentissage de trois ans, il intègre la centrale de St-Louis, où il travaillera comme ouvrier. Sept ans plus tard, le jeune homme est transféré à la centrale de Fort Victoria, à Cassis, Bain-des-Dames.
Sa ténacité aura raison des difficultés
On est alors au début de l?année 1964. Raynald Carcasse y occupera respectivement le poste d?Assistant Foreman, de Maintenance Foreman, puis de Mainte-nance Supervisor, avant de terminer sa carrière en tant que Chief Technician, devenant ainsi le numéro deux de la centrale. « Gravir les échelons n?a pas été facile. Il fallait particier à chaque fois à des concours, c?était assez dur. » Mais sa ténacité aura raison des difficultés.
La centrale change de visage au fil des ans. De deux moteurs diesel, au départ, elle s?équipe de six autres moteurs dans les années 70. La technologie est alors en pleine effervescence, les techniques de production s?améliorent et notre homme poursuit sa progression professionnelle en aiguisant ses connaissances. Sa soif d?apprendre ne connaît pas de limites. Il aura ainsi l?occasion de se perfectionner en France, chez des fabricants de moteurs à Mulhouse, et chez Électricité de France (EDF), et ce, grâce à une bourse de l?ambassade de France.
En jetant un regard sur son passé, il se rend compte des sacrifices auxquels il a dû consentir pour son métier. Il repense à toutes les fois où il a dû laisser femme et enfants pour courir au chevet de Fort Victoria, au branle-bas de combat après chaque passage d?un cyclone, car sa responsabilité était de « veiller à l?entretien et au bon fonctionnement » de la centrale électrique.
Mais il a aussi été témoin des progrès technologiques, du passage de l?utilisation du mazout à celle de l?huile lourde, de l?électrification progressive de l?île, des lampes à pétrole qu?on a délaissé peu à peu dans les chaumières pour accueillir la fée électricité.
Raynald Carcasse est surtout resté fidèle à lui-même, se définissant comme un homme « sans regrets ». À Glen Park, on le connaît pour son petit jardin fleuri qu?il entretient avec soin chaque jour.
Il est issu d?une famille modeste : père maçon, qu?il perd à l?âge de 12 ans et mère femme au foyer. Ils étaient cinq enfants et chacun croyait aux valeurs familiales : sans efforts on n?arrive à rien dans la vie. C?est le seul marchepied vers l?ascension sociale. « Il a fallu se débrouiller », affirme-t-il
Trente-neuf ans de mariage, et deux enfants plus tard, il habite toujours Glen Park, dans une coquette maison décorée avec soin. « Dorénavant je m?occuperai de mes plantes et de mes fleurs? »
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