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Ramgoolam : ?Ce budget a tous les ingrédients pour créer un désastre?
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Ramgoolam : ?Ce budget a tous les ingrédients pour créer un désastre?
Le ton de l?intervention du leader de l?opposition était résolument politique. Navin Ramgoolam a ouvert hier les débats sur le discours du budget 2005-06 à l?Assemblée nationale. Pendant plus de deux heures, dans une ambiance survoltée, il a dressé un véritable réquisitoire contre la politique économique du gouvernement. Il s?est également attaqué aux réalisations du régime Mouvement militant mauricien (MMM)-Mouvement socialiste militant (MSM) sur divers fronts. Ceux-ci incluent la sécurité publique, la fraude et la corruption, l?unité nationale et la politique sociale.
L?heure est à la confrontation. Le discours de Navin Ramgoolam est à plusieurs moments interrompu par les remarques moqueuses des membres de la majorité, en particulier du ministre du Travail, Showkutally Soodhun. L?ombre de l?affaire MCB-NPF plane. Cette fois-ci, les ministres et députés de la majorité sont offensifs, contrairement aux séances précédentes. Dans le vacarme, des allégations répétées contre un ancien ministre travailliste fusent.
Navin Ramgoolam reste impassible malgré le brouhaha. Il renouvelle ses critiques contre le dernier budget de Pravind Jugnauth, qui, à ses yeux comporte ?tous les ingrédients pour créer un désastre?. ?C?est un manifeste électoral, un projet politicien. Le budget représente une tentative désespérée pour essayer d?embêter la population. (?) Ils veulent lier les mains d?un prochain gouvernement par une politique de terre brûlée.?
Les travaillistes et leurs alliés de l?alliance sociale ont boycotté le discours du budget, lundi. Ils se sont insurgés contre le fait qu?il soit présenté après que le gouvernement a annoncé la dissolution du Parlement. L?opposition interprète une telle démarche comme une violation des principes démocratiques.
Dans son discours d?hier, le leader travailliste s?attaque au projet de faire de Maurice une île duty free. L?idée est vouée à l?échec : la réduction des tarifs sera absorbée par l?effet de la dépréciation de la roupie. ?On veut copier Singapour. On oublie que ce pays a une devise forte et stable. Ici, il y a une politique délibérée pour laisser la roupie se déprécier?, fait-il ressortir.
Pour l?opposition, la décision de faire du pays une zone hors taxes sonne le glas des petites et moyennes entreprises (PME). Elle prévoit des pertes d?emplois massives dans l?industrie locale dans les mois à venir. ?Ces mesures vont tuer les compétences locales. On ne fera qu?importer les marchandises de l?étranger?, prédit Navin Ramgoolam. Il rappelle que dans plusieurs pays industrialisés, les PME sont les principaux moteurs de la croissance.
Il brosse un tableau des plus sombres de plusieurs indicateurs clés de l?économie : un emploi précaire avec un taux de chômage élevé (8,4 % en septembre 2004) ; un déficit budgétaire de 4,8 % du produit intérieur brut ; une dette publique qui dépasse la barre de Rs 100 milliards ; un taux d?investissement privé en baisse ; une inflation ascendante ; une balance commerciale déficitaire? ?Il n?y a aucun signe dans le budget qui puisse suggérer un renversement de la tendance concernant ces indicateurs.? Il décrie sévèrement la gestion des finances publiques. ?Ce gouvernement nous reprochait d?avoir laissé une dette de Rs 57 milliards. Aujourd?hui, la dette publique est de Rs 105 milliards.?
D?autre part, le leader de l?opposition reproche au gouvernement d?avoir ?raté? tous les objectifs qu?il s?était fixés au début de son mandat, notamment sur le plan de la croissance économique. ?Le gouvernement met tout sur le dos du Parti travailliste, du 11 septembre, du Sras ou encore du cyclone Dina. Tous les pays sont affectés par les mêmes conditions internationales. Comment se fait-il que certaines économies arrivent à réaliser de bonnes performances ??
Perte d?emplois
Quant aux difficultés de la zone franche, Navin Ramgoolam estime que ?le pire est devant nous?. Il fait état des pertes d?emplois au sein de l?industrie du textile-habillement et prévoit d?autres licenciements.
Il dit, par ailleurs, son inquiétude au sujet du sort de 35 000 petits planteurs de canne dans le sillage de la réforme sucrière en Europe. ?Nous ne savons toujours pas quelles sont les mesures d?accompagnement qui leur seront proposées afin qu?ils puissent faire face aux changements. Il y a une absence de mesures significatives.?
Les travaillistes relèvent plusieurs promesses qui n?ont pas été tenues par le gouvernement. Les différentes initiatives en faveur de la démocratisation de l?économie figurent en bonne place sur leur liste de non-réalisations. Le leader de l?opposition estime que ?le temps des slogans est révolu. Ils (le gouvernement) savent que leur heure a sonné. Il faut un changement. Il faut qu?ils partent.?
Autres intervenants
● Ahmad Jeewah : ?Le gouvernement est ?caring??
Le gouvernement est ?caring? et responsable. Ahmad Jeewah, ministre de la Fonction publique, en est convaincu. ?Pourquoi notre petite île Maurice ne serait-elle pas une île hors taxes ? Si ce n?est pas une bonne idée, alors pourquoi Singapour, Dubayy et Hong Kong continuent dans cette voie ?? demande Ahmad Jeewah à un hémicycle acquis à sa cause, en l?absence de la plupart des députés de l?opposition. L?objectif du gouvernement, un développement économique centré autour du peuple, a été atteint.
Ahmad Jeewah se concentre ensuite sur le bilan de son ministère, qui regroupe 55 000 fonctionnaires. Le but, explique-t-il, est de moderniser la fonction publique, de la rendre compétitive et efficace face à un monde en pleine mondialisation. Elle recrute pour que des vacances ne s?accumulent pas au détriment de son efficience. ?Tout le monde veut intégrer la fonction publique?. Le budget de son ministère est passé de Rs 73,5 millions en l?an 2000 à Rs 163,8 millions cette année financière.
● Veda Baloomoody : ?L?économie est démocratisée?
Le député de la majorité Veda Baloomoody s?interroge sur les motivations de l?opposition. Ses membres ?veulent-ils confisquer les terres comme au Zimbabwe ??
Veda Baloomoody s?exprime juste après Navin Ramgoolam. Celui-ci a quitté l?hémicycle immédiatement après avoir prononcé son discours, sous les huées de la majorité qui l?a traité de ?poltron?.
Tout de suite après, une prise de bec entre Veda Baloomoody et James Burty David manque de tourner au vinaigre. Veda Baloomoody fait allusion à un conflit industriel auquel ce député de l?opposition aurait été mêlé. ?Tom deor si to enn zom?, s?emporte James Burty David, dans un brouhaha indescriptible.
Lorsque le ton redescend, Veda Baloomoody s?attelle à la tâche. Il fait l?éloge du budget. Il s?efforce surtout de démontrer que le gouvernement a ?démocratisé l?économie?. Il cite les secteurs de l?éducation, de l?agriculture, du logement, dans lesquels le gouvernement a investi.
Veda Baloomoody lance des flèches au député de l?opposition Madun Dulloo et l?ancien ministre Anil Bachoo, aujourd?hui dans l?opposition. Il ressort d?anciennes citations dans lesquelles ces deux députés critiquent de façon virulente les précédents gouvernements travaillistes.
● Dev Hurnam : ?Chapeau !?
Le député indépendant, Dev Hurnam, est peu critique à l?égard du budget. Il utilise des qualificatifs flatteurs pour qualifier les mesures prises : ?Chapeau?, ?décision historique?. Il cite les mesures pour combattre la pauvreté, dans le secteur de l?éducation et le concept de duty-free island, qu?il a accueilli avec ?satisfaction?.
Depuis septembre 2000, affirme-t-il, beaucoup de projets ont été réalisés par le gouvernement, comme le ?superb job? qui a donné lieu à la construction des Docker?s Flats. La majorité applaudit.
Il reproche toutefois la décision de n?avoir pas inclus dans le budget le système de juge d?instruction comme promis. Il déplore que cet exercice ne prévoie pas assez de mesures pour améliorer la situation dans le judiciaire. Le budget, dit-il, est resté silencieux à propos la mise sur pied d?une Judicial Complaints Commission.
Il dit cependant comprendre qu?on ne peut pas tout faire en cinq ans. C?est pourquoi il faudra commencer à réfléchir sur la possibilité ?d?étendre le mandat d?un gouvernement à dix ans?.
Au début de son intervention, Dev Hurnam commente le boycott de la présentation du budget. Il ne s?explique pas comment des députés élus par le peuple boycottent le discours et participent ensuite aux débats. ?Je ne sais comment réconcilier ces deux raisonnements?. Il ne voit pas d?inconvénient à que le budget soit présenté avant la tenue des prochaines élections générales.
Il termine son discours en disant que la population doit répondre à une seule question avant d?aller aux urnes. Elle doit se demander si sa vie est meilleure maintenant ou il y a quatre ans.
● Sunil Dowarkasing : ?L?opposition est K.- O.?
?L?opposition est knock out ?. C?est en ces termes que le député indépendant, Sunil Dowarkasing, défend le budget. L?opposition aura du mal à ?se relever dans les vingt circonscriptions du pays?. ?Pour moi c?est le budget le plus audacieux et responsable depuis l?indépendance du pays?. Il se demande ce que le leader de l?opposition va pouvoir encore inventer. Ce budget, estime-t-il, soulage la vie du petit peuple. Il prend comme exemple les mesures pour combattre la pauvreté, la création d?un fonds pour les licenciés de la zone franche et l?abolition des taxes sur plusieurs produits de consommation.
● Prithvirajsing Roopun : ?Une île Maurice plus propre?
Le budget accorde une attention particulière à la gestion des déchets ménagers. Le fonds qui y est alloué permettra de mettre en pratique la méthode de compactage et le recyclage de déchets solides afin de diminuer considérablement la dépendance aux sites d?enfouissement. C?est l?avis du ministre des Administrations régionales, Prithvirajsing Roopun. En ce qui concerne le site d?enfouissement de Mare-Chicose, il affirme qu?un comité travaille sur les mesures pour améliorer la qualité de la vie des habitants.
● Dharmaveersing Roopun : ?Difficile retour de l?opposition?
Le deputy speaker, Dharmaveersing Roopun, estime qu?il est difficile pour l?opposition d?effectuer un come back avec un tel budget. D?une part, plus de 80 % du précédent budget a été mis en pratique, d?autre part, le ministre des Finances a envoyé ?the right signal? à la population à travers le présent exercice. Il dit accueillir favorablement l?abolition du Land Transfer Tax et les mesures pour préserver l?environnement marin.
Pravind Jugnauth rencontrera les grands commerçants
Le ministre des Finances, Pravind Jugnauth, se dit convaincu que la baisse des droits de douane annoncée lundi lors de la présentation du budget sera répercutée dans le commerce. Il annonce qu?il aura une rencontre avec les plus importants commerçants du pays bientôt pour s?assurer ?que la baisse des droits de douane soit traduite dans la réalité?.
Lors d?un point de presse, hier, le ministre déclare qu?il constate déjà que certains commerçants ont déjà commencé à afficher leurs prix à la baisse. Pravind Jugnauth ajoute qu?une unité du ministère du Commerce est déjà sur le terrain pour s?assurer que les commerçants jouent le jeu. ?J?ai la certitude que, d?ici quelque temps, la baisse des prix sera une réalité.?
Par ailleurs, en ce qui concerne les inquiétudes manifestées par l?industrie domestique, le ministre des Finances répond que la baisse des droits de douane prend en considération la nécessité de protéger ce secteur. ?Nous avons réduit les tarifs à un niveau qui leur assure quand même une certaine protection pour leur permettre de demeurer compétitifs.?
Pravind Jugnauth ajoute que depuis le discours du budget de l?année dernière, il avait averti que des protections douanières de 80 % ne pourraient durer éternellement. ?Maurice est le seul pays en Afrique à pratiquer des tarifs de 80 %.? Le ministre des Finances note que des entreprises opèrent déjà sans protection tarifaire et exportent vers le marché de la Southern African Development Community.
L?Association of Mauritian Manufacturers (AMM), qui s?est réunie hier matin, s?inquiète des répercussions de la détaxe sur les activités de leurs membres. Elle compte dresser un constat de la situation et suggérer des mesures qui leur permettraient de faire face à cette soudaine ouverture du marché.
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