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Raj Chintaram, Monsieur Ecolo
Trois grandes plantes trônent dans le petit salon de sa maison à Midlands. Parées d?un vert entaché de blanc et de reflets mauves, elles exhibent leurs feuilles pour saluer le maître, qui prend place dans un fauteuil à leur côté. «L?attitude écologique : ça commence par soi », lâche-t-il. Frénétiquement, Raj Chintaram, 32 ans, manipule un classeur et un organiseur. Les pages ne sont pas toutes fraîches, les reliures non plus. Mais lui n?en a cure ! «Je ne jette pas les documents imprimés. J?utilise le verso pour y rédiger mes notes. Cet organiseur date de huit ans, je ne fais que le recharger. Tant que c?est utilisable, on continue », explique-t-il.
Fervent militant de l?écologie, il s?enflamme avec un monologue et énonce mille et une stratégies pour que Maurice devienne enfin une île durable.
Cette dévotion pour la préservation de l?environnement se lit au fond de son regard, de son timbre de voix et de ses gesticulations de mains. Et oui, Raj Chitaram en a fait sa vocation, sa passion et sa profession.
Concept novateur : La « Earth Candle Night »
C?est ce qui lui a valu le trophée du Most Outstanding Young Person Award le samedi 26 septembre dernier à Moka. Ce concours annuel est organisé par la Jeune chambre internationale (JCI), «En 2006, je figurais parmi les finalistes. Deux ans plus tard, voilà que je remporte le titre. C?est une belle distinction qui fait honneur au travail que j?ai accompli depuis plusieurs années mais aussi à celui effectué par les personnes oeuvrant dans l?ombre pour notre bien-être social et environnemental», souligne-t-il.
Les premiers maillons de ce travail accompli par Raj Chintaram débutent dès son enfance, à 11 ans. C?est un éveil écologique qu?il doit à Dana Chenghen, travailleur social qu?il qualifie d? ?idole?, et qui le pousse à créer un club d?environnement au collège Sookdeo Bissoondoyal et à commencer le combat avec ses camarades de classe. Puis il s?attelle à la conscientisation au sujet de la préservation de l?environnement dans sa région en fondant l?Association civique de Midlands (ACM). Il mobilise alors les habitants : «Nous avons lancé plusieurs activités. Et pour encourager les femmes à y prendre part, nous avons organisé des parties de pêches au Midlands Dam. Cela vient rompre avec des démonstrations traditionnelles de couture ou d?artisanat qui ne les intéressent pas forcément ».
Sur fond de sport et de social, Raj Chintaram poursuit avec des randonnées, des opérations nettoyage et la culture végétale maison. Mais l?homme dévoué qu?il est, ne s?en contentera pas. Il multiplie les efforts pour aller plus haut ! Effectuant actuellement un doctorat en développement durable, il enseigne également cette matière aux étudiants de l?université de Technologie. «Notre île se prépare à relever plusieurs défis, notamment celui d?accueillir deux millions de touristes dans les années futures. Mais un tel développement se fait souvent au détriment de notre environnement avec la pollution, l?envahissement de nos lieux de détente, etc. Notre écosystème est fragile.
Si nous ne prenons pas de mesures d?urgence individuelles et à grande échelle, notre pays sera saturé. On peut commencer par des choses basiques, comme utiliser un verre d?eau pour se brosser les dents ou faire des collectes de déchets recyclables dans plusieurs quartiers », martèle-t-il. Sa mission écologique prend alors une dimension internationale.
Au détour d?un voyage au Japon où il participe au Ship for World Youth, un programme interculturel, il découvre un concept innovateur ? la Earth Candle Night. «A ne pas confondre avec le Candlelight en mémoire des personnes décédées du sida !», précise-t-il en souriant. Le principe de la Candle Night est d?encourager les habitants à éteindre les lumières pendant deux heures et de réunir leurs proches à la lueur des bougies. «Non seulement, cela économise de l?énergie mais cela renforce les liens familiaux. C?était une idée à retenir et à reproduire», confie-t-il. Rentrant au pays, Raj Chintaram contacte les ministères de l?Environnement et des Services publics pour introduire la Earth Candle Night Mauritius. La première édition se met en place en 2005 mais elle ne fait pas affluence. Toujours motivé, il frappe à d?autres portes et en ouvre même une autre en 2006 avec les First Steps Networks. Cette entité a pour objectif de rallier d?autres militants pour encourager le travail en réseau.
Un an plus tard, la Candle Night décolle. Deux éditions se succèdent en 2007 et 2008. La conscientisation suit. Les hôteliers, les ONG, les autorités emboîtent le pas - chacun à sa manière certes, mais les efforts sont là ! Bien parti pour le travail en réseau, Raj Chintaram veut toucher plus de monde : Mauriciens et étrangers. Il se joint à l? African Union Economic Social and Cultural Council. «C?est une plateforme qui réunit les ONG, les syndicats, les groupes religieux et les professionnels pour veiller au respect des conventions ratifiées par Maurice pour la préservation de l?environnement. Comme cela nous donne une ouverture sur le monde, nous essayons de solliciter des expertises étrangères pour les appliquer chez nous », explique-t-il. Ainsi, il a travaillé avec des professionnels de la culture végétale et continue avec un expert en River Energy.
« Notre environnement ne pourra que resplendir »
Raj Chintaram ne s?essouffle pas. N?hésitant pas à puiser de son salaire, il enchaîne avec les activités. D?abord, une semaine verte à l?université de Technologie avec des expositions et des ventes de plantes. Puis il s?attaque à l?élaboration de livrets de coloriage au sujet des plantes, aux ampoules économiques et à d?autres éléments pédago-écologiques destinés aux écoles maternelles. «L?ébauche est là mais il nous manque des fonds pour l?impression et la distribution », confie-t-il. Dans quelques mois, il compte lancer des antennes régionales pour sensibiliser la jeune génération et renforcer son travail de réseau.
«Nous avons déjà fait quelques pas. On ne peut s?attendre à ce que les résultats émergent du jour au lendemain, mais à long terme, on y parviendra. Notre environnement ne pourra que resplendir », conclut-il.
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