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Réinventer le travail?pour bosser mieux
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Réinventer le travail?pour bosser mieux
«Je reste en short et en tongs, et je n?ai pas besoin de me raser. Parfois, entre deux tâches, je bricole un peu ou je cuisine. Et puis, je me sens plus proche de ma femme depuis que je suis à la maison. Je ne me stresse pas, je suis relax. » Non, ce ne sont pas les propos d?un retraité qui tue le temps. Ces mots viennent d?un responsable de communication d?une très grosse entreprise. Il est toujours en fonction, et son travail est même de plus intense car son entreprise se développe au-delà de nos frontières. Et pourtant, il travaille? chez lui. Dans sa chambre, sous la varangue, dans le salon. Il communique grâce à son téléphone et son ordinateur portables. Son épouse ne lui fait pas de scène quand il se remet au travail après le dîner. Il est là, c?est ce qui compte.
Ils ne sont pas légion les employés qui travaillent ainsi. Trouver d?autres té-moignages de ce genre a été un parcours de combattant. Il faut dire que les emplo-yeurs ne sont pas non plus nombreux à envoyer valser les codes et les règles. À laisser leurs employés, quand c?est possible, organiser leur travail comme ils l?entendent, là où ils veulent. Pourtant, c?est chose possible, car la technologie nous permet d?être connectés avec le monde. Nous avons certes les moyens d?être des SBF, (Sans Bureau Fixe) aujourd?hui.
<B>Un nouveau système dans l?entreprise</B>
Juliette Halbwachs, Managing Di-rector de Service Bureau a, quant à elle, introduit un nouveau système dans son entreprise. Cer-tains employés travaillent de chez eux le vendredi. « Je pen-se qu?il faut faire confiance à son personnel. Quand l?employé est conscient des objectifs à attein-dre, on n?a pas beson de le con-trôler. Il peut, au contraire, mieux travailler dans son environnement. ».
Exit la chaleur de Port-Louis, le temps perdu dans les em-bouteillages, et surtout l?énergie perdue, la directrice de Service Bureau met en avant le travail dans la sérénité. « Bien sûr, cela risque d?être difficile si vous avez dix enfants à la maison. De plus, la technologie doit suive. Il faut que les résultats soient aussi au rendez-vous. » Cela peut être une solution pratique pour les entreprises qui grandissent en termes de personnel mais pas en termes d?espace.
<B>La prise en charge de soi</B>
Pour notre directeur de communication, qui a tenu à rester anonyme, avec les progrès dans le domaine de la communication, le lieu de travail n?est plus important. « Le concept Soho, Small Office Home Office devrait faire son chemin. Travailler à distance permet de mieux se concentrer, de joindre l?utile à l?agréable. Le travail devient dès lors un plaisir », explique-t-il.
Il doit y avoir beaucoup de compétences mal exploitées, de suppressions de faits et gestes qui empêchent de s?épanouir. Mais ce qu?il faut aujourd?hui pour réaliser ses rêves, c?est la prise en charge de soi.
Et puis, travailler autrement n?est pas qu?une histoire de lieu ou d?horaires. Un chauffeur de taxi a quitté son véhicule pour se mettre dans un bureau installé chez lui et d?où il envoie d?autres chauffeurs sur la route. Il y a ceux qui ont pour mode de vie de travailler le soir et de dormir dans la journée. Il y en a même quelques-uns qui cumulent plusieurs boulots et qui ne sont jamais blasés.
Emploi à temps partiel, à courte durée, travail autonome, emploi contractuel, entreprise innovante? Alors, vous choisissez quoi ? Un boulot conventionnel avec des manières de faire conventionnelles et un horaire conventionnel ? La balle est dans votre camp.
<B>Jennifer Webb, consultante indépendante </B>
« Travailler en tant que consultante en ressources humaines, c?est ma vocation. Mais j?ai décidé d?innover en n?étant rattachée à aucune entreprise ! Je travaille donc seule depuis quelques mois, je vais chercher mes clients moi-même, et croyez-moi, il faut avoir de l?énergie à en revendre ! » Jennifer Webb a 25 ans, et quand on lui demande pourquoi elle a choisi de ne pas être une consultante comme les autres, sa réponse est enthousiaste : « Je trouve que c?est bien plus pratique, car j?organise mon propre boulot. » Pourtant, Jennifer travaillait depuis trois ans pour de grands groupes mauriciens.
« Ce n?est pas à 40 ans que j?aurais pu saisir une telle opportunité. Quand on est jeune, on a la pêche pour aller décrocher la lune ! » Seulement tout ne s?est pas fait sans quelques moments de doutes et des passages à vide « On n?est jamais à l?abri de quelques découragements. En plus, on n?a plus cette stabilité de l?emploi, plus de salaire fixe et aucune garantie de bosser tous les jours. Mais je pense que ça fait partie du challenge. »
Jennifer Webb propose essentiellement des services en ressources humaines : recrutement, évaluation des performances, organisation de fêtes de fin d?année pour les entreprises, formation, gestion efficace de la grille salariale.
Un panel d?offres qu?elle compte proposer surtout aux PME qui n?ont pas forcément un département des ressources humaines en interne. « Je trouve que c?est là une façon de travailler très innovante et qui permet d?aller au-delà de ses propres limites. Car si je ne me débrouille pas, personne n?est là pour m?aider. Le but, c?est quand même de gagner ma vie ! » On ne reprochera pas à Jennifer Webb son courage et sa détermination.
Si vous souhaitez la contacter, elle répond à toute demande au 729.65.11.
<B>Leevy Frivet, journaliste free-lance, ça change la vie ! </B>
Après avoir écumé pas mal de rédactions mauriciennes depuis l?an 2000, et lassé par les horaires de travail conventionnels, Leevy Frivet, 27 ans, a décidé de se mettre tout bonnement à son compte. « Je pense que je suis comme un cheval sauvage qui a besoin de liberté. C?est pourquoi j?ai décidé de travailler en free-lance, même si je savais qu?au départ, ça allait être dur. »
Et il n?a pas tardé à trouver un travail régulier, et a envoyé ses articles à différents journaux. Depuis quelques mois maintenant, Leevy Frivet est même correspondant de la BBC pour la région Afrique.
« Je gagne ma vie comme n?importe quel employé dans un journal, et depuis que je bosse en free-lance, je n?ai jamais été au chômage. » L?inconvénient d?être free-lance, Leevy le reconnaît, c?est qu?il faut toujours être aux abois et « gratter » l?information quelle qu?elle soit. Et comme celle-ci arrive n?importe quand, cela augmente le challenge. « Il faut aussi tomber sur des patrons sympa qui acceptent de prendre en considération qu?être journaliste, c?est surtout bouger, d?où la nécessité d?être pris en charge pour les déplacements. » Quand on demande à Leevy s?il compte travailler « normalement »,,il répond qu?il ne faut jamais dire « fontaine je ne boirai plus de ton eau ». En attendant, il dit être juste un jeune homme comblé par cette façon de travailler qui lui change la vie.
<B>Christine Lecoq, pas de bureau le vendredi</B>
Ne plus être obligée de venir au bureau le vendredi. C?était inespéré pour Christine Lecoq. Cette jeune femme, qui a rejoint le Service Bureau il y a trois ans, ne s?attendait pas à ce que sa patronne lui dise que désormais, elle pouvait ne plus venir au bureau le vendredi. Ce n?est pas qu?elle bénéficie d?un jour de congé, mais elle a la possibilité de travailler chez elle. C?est faisable, puisque son outil de travail consiste essentiellement en un laptop et un téléphone portable. « C?est une facilité. En étant à la maison, j?évite les embouteillages, je travaille à mon rythme. Je suis plus concentrée, je ne suis pas dérangée et puis, je gagne du temps. » Motivée, Christine s?organise pour faire avancer son travail le soir, même le week-end. « Si j?attrape une grippe et que je ne peux pas aller au bureau, cela ne m?empêchera pas de travailler. » Pour elle, c?est la confiance établie avec son employeur qui a permis cette flexibilité.
« Pour travailler chez soi, il faut avoir une discipline. Il ne faut pas non plus tomber dans l?extrême et bûcher à n?importe quelle heure, au détriment de sa famille. » Il faut dire que travailler à domicile est possible pour elle depuis que les candidats postulant pour un job peuvent soumettre leur dossier de candidature par e-mail. Christine se charge de vérifier les mails, s?assure que les fiches sont bien remplies, répond aux postulants et, toujours de son ordinateur, voir quel profil correspond à tel ou tel type de poste vacant. « La conscience professionnelle a beaucoup à voir aussi. Ma famille ne touchera jamais à mon laptop, la confidentialité des postulants est toujours assurée. Si quelqu?un me téléphone au bureau, l?appel est directement transféré sur mon portable et l?interlocuteur ne réalise même pas que je ne suis pas au bureau. » L?autodiscipline reste donc l?élément clé.
<B>Judex Lajeunesse, une autre vision du tourisme</B>
Judex Lajeunesse, 42 ans et père de trois enfants, a de la suite dans les idées. Tout débute en l?an 2000. Judex, a commencé comme simple chauffeur de taxi, et a acquis une certaine notoriété à cause de la qualité de son service. Il décide alors de transformer sa voiture en outil touristique.
« Je ne voulais pas me contenter simplement de véhiculer des clients.
Il était important pour moi d?y ajouter un panel de services », affirme-t-il.
Comme la réputation de Judex commence à donner des résultats,le taxi devient vite trop petit. C?est ainsi que prend naissance Sous le soleil Ltée, une entreprise que Judex a voulu familiale. Sa femme et ses enfants se sentent concernés, et ils n?hésitent pas à mettre la main à la pâte quand Judex est débordé.
« Aujourd?hui, j?emploie 17 personnes pour emmener les clients là où ils le souhaitent. Et je n?aurais jamais pu faire tout cela sans le soutien de mes proches », ajoute-t-il. Mais ce dont Judex est le plus fier, c?est que toutes les décisions partent de sa maison. « Cela renforce la convivialité de la prestation. Ma secrétaire, c?est ma femme !
J?ai tout appris sur le tas, idem pour mes employés. Je travaille vraiment de tout mon c?ur et mes employés perpétuent en cet esprit de convivialité familiale. L?accompagnement du client, pour qu?il garde de Maurice un souvenir inoubliable, c?est ma marque de fabrique ! L?aventure s?est même étendue à Rodrigues. »
Judex Lajeunesse semble avoir trouvé la bonne alternative, entre la profession de taxi et de tour-opérateur ! Il compte d?ailleurs élargir son domaine de compétences, en proposant des locations de voiture. Pour ceux qui veulent faire appel à ses services, voici les coordonnées de son entreprise : Sous le Soleil Ltée, 12 rue St-Clément, Curepipe, Tél. : 674.83.39.
<B>Clifford Lim, faire que l?argent travaille pour lui</B>
Clifford a bien appris la leçon. Travailler dur à l?école, poursuivre des études supérieures, obtenir un poste d?ingénieur dans une grande entreprise textile, se marier, construire sa maison. Le hic avec ce type de parcours, c?est qu?on risque de se retrouver à vivre pour travailler. Mais Clifford a décidé un jour de ne plus faire dans le conventionnel. Il s?est mis à vendre des assurances. Là encore, cela ne répondait pas à ses aspirations. Finalement, il y a un an, il s?est lancé dans le marketing interactif. « L?e-commerce prend de l?ampleur, et les ventes en ligne vont être très prisées. » Comme lui, beaucoup de gens tentent l?expérience. Tout commence par l?acquisition d?un produit. En tant que consommateur, vous pouvez aussi choisir de devenir entrepreneur en référant d?autres personnes qui seront ou de simples acheteurs ou des acheteurs doublés d?entrepreneurs, ce qui fera s?accroître le réseau interactif. « Pour élargir votre réseau, il faut du temps, de la patience, apprendre des techniques pour motiver d?autres acheteurs à continuer le business. J?encourage les gens à se lancer dans cette voie pour pouvoir fire the boss comme on dit dans le jargon. » Avoir son argent qui travaille pour lui, voilà son objectif. Il doit cette philosophie à Robert Kiyosaki qui a écrit Rich Dad, Poor Dad. Ce livre donne des pistes pour mener sa barque autrement. Clifford prône, quant à lui, le work smart plutôt que de work hard. Selon lui, avec ce type d?emploi, on peut non seulement respirer, avoir le temps de faire autre chose que travailler, mais aussi jouir d?une certaine liberté.
<B> Corina JULIE et Magali KINZONZI</B>
QUESTIONS À?
<B>Hootesh Ramburn, ancien cadre du NPCC</B>
<B> « Flexibilité peut rimer avec productivité » </B>
<B>Travailler à distance, ou sans bureau fixe? Que pensez-vous de cette manière d?exercer un métier ?</B>
C?est positif, et c?est dans la mouvance internationale. Il faut savoir que flexibilité peut rimer avec plus de productivité, d?autant plus que la technologie le permet aujourd?hui. La preuve, il existe bien le phénomène de délocalisation. Si les entreprises peuvent externaliser leurs services, si le back office d?une firme américaine peut se faire à Maurice, nos entreprises pourraient aussi s?inspirer de ce système. Je le répète, la barrière géographique n?a plus d?importance avec la technologie. Ce qu?il faut, c?est optimiser la technologie.
Dans d?autres secteurs, on devrait retourner aux cottage industries. En effet, beaucoup de femmes aimeraient travailler chez elles ou à mi-temps pour s?occuper de leurs enfants. Cela permettrait de régler le problème de main-d??uvre dans certains secteurs. Il faut, en fait, que les employeurs changent de perspective.
<B>Pensez-vous que les entreprises mauriciennes sont prêtes à changer de système ? </B>
Il faut, pour cela, faire confiance à ses employés, les empower pour qu?ils soient responsables. Les employeurs doivent donc accepter de ne plus être des sirdars. Quelqu?un peut être chez lui, travailler dans un milieu plus confortable, et être ainsi plus productif. En plus, cela a pour résultat que son activité économique n?est plus en conflit avec sa vie privée. C?est prouvé que quand les gens sont dans un cadre détaché, cela libère leur potentiel. Il faut oublier cette théorie qui veut que les gens sont paresseux, irresponsables, et qu?ils ne travaillent que sous le fouet.
En principe, un employé qui a l?estime de soi, qui est bien dans sa peau et respecté respecte en retour son employeur. Mais pour cela, il faut beaucoup de planification et mettre en place des indicateurs de performance. Mais je suis persuadé que cela peut mieux motiver les employés. Bien sûr, ce système ne peut marcher que dans des secteurs non critical.
<B>En gros, malgré les exigences du travail, les gens peuvent encore être heureux ? </B>
On est certes appelé à travailler beaucoup, et dans un temps limité, mais le fait que l?employé puisse faire la part des cho-ses entre travail et vie privée, compte. Les gens passent aujourd?hui de plus en plus de temps au travail et souvent, ce n?est pas le nombre d?heures qui importe.
On peut tout aussi bien faire un boulot de qualité en moins de temps.
Un emploi qui valorise le salarié est également essentiel. Une entreprise peut disposer de la meilleure technologie possible, mais c?est la qualité de son personnel qui fait la différence.
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