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Réforme foncière : affrontement sur un terrain glissant

30 juin 2005, 00:00

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Les travaillistes font de la réforme agraire un de leurs principaux chevaux de bataille. Les rouges et leurs alliés proposent une réforme agraire ?à la place de la spéculation foncière effrénée sous le gouvernement sortant? moyennant des politiques et des instruments innovants.

Malgré quelques dérapages dans l?argumentation, la proposition de l?alternance reste sobre tant sur la philosophie que dans les modalités. L?idée de l?Alliance sociale est séduisante. Mais le gouvernement peut se flatter d?avoir une belle réalisation à ce chapitre. La continuité est d?ailleurs de mise.

Le deal Illovo aura été le détonateur d?une vaste redistribution de ressources foncières à l?échelle nationale. Même si le mouvement a pris deux directions (idéologiquement) opposées : l?un allant dans le sens d?une augmentation sensible du nombre de propriétaires terriens et l?autre vers un accroissement des richesses foncières dont disposent déjà des groupes bien établis (les fameuses cinq familles tant décriées par l?opposition).

Le gouvernement n?avait pas de politique terrienne bien définie avant que la groupe Illovo ne décide de liquider ses biens au début de 2001. Les responsables politiques y ont trouvé une aubaine pour mettre à exécution d?ambitieux plans d?aménagement du territoire pour accommoder de nouveaux pôles d?activités, telle la création des parcs informatiques comme à Ebène. D?autres projets dont la construction d?une digue, d?un hippodrome et de complexes universitaires sont envisagés sur les terres d?Illovo de la région de Highlands.

Premières cibles

Mais il y a surtout l?aspect crucial de la démocratisation de l?accès à la terre. Le gouvernement a voulu faire profiter du deal (God-sent, disait le Premier ministre d?alors, Sir Anerood Jugnauth) à un maximum de gens. Les petits planteurs et les employés de l?industrie sucrière furent les premiers ciblés. Le Sugar Investment Trust (SIT), mis à contribution, fit l?acquisition de 7 000 arpents de terres sous cette opération. Les terrains acquis sont graduellement mis sur le marché (les actionnaires du SIT ont la priorité lors des différentes ventes) sous forme de terres agricoles ou morcellements résidentiels.

Mais il y a d?autres initiatives plus controversées (du moins aux yeux de l?opposition) de la politique d?aménagement du territoire, en l?occurrence l?Integrated Resort Scheme (IRS). Ce concept postule un développement intégré qui comprend la construction d?hôtels de plage, de villas de grand luxe et de facilités de loisirs, tels les parcours de golf, dans une zone identifiée.

L?Alliance sociale ne s?oppose pas à l?idée dans son ensemble, mais elle se propose d?y apporter certaines retouches. La partie ?villas de luxe? des IRS est dénoncée. Les travaillistes comptent mettre un terme aux mesures incitatives à des projets fonciers qui ont des ?mobiles purement spéculatifs au détriment des d?investissements plus productifs? au cas où elle accéderait au pouvoir.

La révision du concept de l?IRS sera assortie d?une redéfinition des critères et des conditions de développement de projets balnéaires. Les travaillistes suggèrent une allocation des ressources foncières, qui tient en compte une volonté de faire participer les communautés locales aux activités générées par les hôtels.

Haute surveillance

La réforme des travaillistes touche également l?arrière-pays, les chasses et les zones para-côtières à l?arrière des pas géométriques. Certaines chasses seraient converties à des fins agricoles non-sucre. Le développement de morcellements résidentiels par les sucriers sera placé sous haute surveillance, prévient l?Alliance sociale. La conversion des terres sous culture à des fins non-agricoles sera mieux réglementée pour éviter les abus et la spéculation.

Reste qu?on ne peut jeter tout le blâme sur les sucriers et les promoteurs hôteliers. Les pressions spéculatives, qui font grimper les prix des terres, trouvent souvent leur origine hors de nos côtes : les Mauriciens établis à l?étranger viennent acheter des terrains. ?Ils ont les moyens financiers et ils sont disposés à payer des prix supérieurs aux prix du marché. C?est cela qui fait que les prix demeurent élevés malgré l?injection des terres du SIT sur le marché ces dernières années?, explique un professionnel de l?immobilier.

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