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Réflexion sur le féminisme
Aujourd?hui, on fête l?anniversaire de la naissance de Valentina Terechkova, la première femme cosmonaute. On célèbre également l?élection, il y a exactement vingt-cinq ans, de la première femme à l?Académie française, Marguerite Yourcenar. Et demain, le 8 mars, on célébrera la Journée des Nations unies pour les droits de la femme et la paix internationale. Bref, la femme s?émancipe. Mais que sera-t-elle demain ?
Seule la condition actuelle de la femme peut déterminer son avenir. Malheureusement, il n?existe concrètement aucun principe idéal susceptible d?expliquer sa condition féminine. Il faut alors chercher l?explication, en situation, dans la réalité. Et cette réalité, elle est obligatoirement politique.
Aujourd?hui, le pouvoir, de plus en plus rusé, cherche à se consolider en promettant aux femmes une reconnaissance politique et une meilleure intégration à la vie sociale et économique. Si c?est la réponse d?une voix politique à leurs réclamations, c?est aussi quelque part une porte ouverte sur la tentation.
Certaines femmes militantes courent le risque de modérer leur stratégie. Elles risquent d?adopter celle qui prime les valeurs identitaires. Elles risquent de devenir des tapageuses qui font beaucoup de bruit mais qui finissent toujours par renouer assez vite et ouvertement avec le pouvoir au nom d?un avenir individuel et éphémère plutôt que de conduire une lutte politique. Avec elles, le temps de l?émancipation intégrale qu?aurait promise une stratégie radicale, sera encore bien loin.
Aujourd?hui encore, à force de vouloir intégrer les mouvements féministes comme une force politique et sociale de la nation, le pouvoir et les prétendants au pouvoir ont en fait un leitmotiv dans leur discours. Défense des intérêts féminins par-ci, soutien par-là, création des groupes parlementaires féministes par-ci, pourvoi des postes ministériels féminins par-là. En attendant, se profile à l?horizon une contamination générale ; au quotidien, l?emporte un sujet à la mode.
Et dans tous les cas où l?on assiste à une forte poussée féministe dans les partis politiques, l?on est en droit de se poser la question suivante : mais tout ça, au nom de quoi et pourquoi ? Pour aménager le quotidien des femmes et faire d?elles des citoyennes ou pour servir l?intérêt des partis et protéger les institutions de l?Etat ? À quelle femme s?intéresse la politique ? À la femme prostituée, droguée, mendiante et battue ou à la femme travailleuse, productrice, électrice et représentative ?
On voudrait bien faire le bilan de l?émancipation féminine. Mais en prenant quoi comme dénominateur commun ? L?évolution des lois ou celle des m?urs ? On aurait du mal à parier laquelle des deux est en avance sur l?autre. Si la loi est en retard, la mentalité ne l?est-elle pas encore plus ? Certes, depuis son émergence, le féminisme assure bien son émancipation, son développement, enregistrant ici et là bien des résultats. Mais cela suffit-il pour définir sa condition actuelle et assurer son avenir ? Point du tout. Parce que c?est dans sa négation qu?il faut chercher sa vraie valeur. Négation engendrée par le mouvement lui-même. De même que toute force est la génitrice de son opposé, le féminisme a engendré son antiféminisme. De même que l?anticorps est le signe d?une intoxication éventuelle dans l?organisme, l?antiféminisme est une indication sur la santé du féminisme.
N?a-t-on pas vu émerger des voix d?hommes en proie à une crise d?identité masculine face à la montée du féminisme ? D?où vient l?explication ? De celles qui, souvent politiquement bien assises, ont affiché, çà et là et au nom du féminisme, une prise de position sexiste, suivie parfois d?une certaine forme de violence verbale ? De celles qui pensent se constituer en force autonome en s?opposant radicalement aux hommes, en remettant en cause le système patriarcal ? De celles qui confondent le féminisme et le sexisme ?
Quoi qu?il en soit, une chose est sûre : là où le féminisme engendre et nourrit malgré lui l?antiféminisme, ce sont les conditions du dialogue qui sont rompues et c?est le rapport homme-femme qui est rendu plus conflictuel. Tout mouvement féminin doit de ce fait veiller à ne pas offrir à l?antiféminisme qu?il aurait engendré la possibilité d?assurer l?écart entre lui et les conditions de sa réussite. Tout mouvement féminin doit inclure dans ses objectifs celui de transcender les contingentes partisanes et non de témoigner d?un esprit de partisan. L?illusion dans la réussite du féminisme n?est pas plus dans sa tentation assumée pour une politique miroitée que dans une quelconque victoire des femmes face aux hommes.
Être une femme libre, ce n?est pas faire de soi une ?garçonne?. C?est une victoire qui laissera un goût amer longtemps après. On n?affiche pas l?égalité des sexes en transgressant ses limites. La victoire de la femme sera plutôt dans sa capacité à convertir tous les hommes au féminisme. Car la vraie valeur de la femme, du fait même qu?elle n?existe pas pour elle-même, est dans sa reconnaissance acquise chez l?homme. N?oublions pas par ailleurs que s?il existe un mythe de la femme, il ne peut l?être que dans la conscience des hommes. De même, que l?on n?est pas plus féministe parce qu?on est une femme, l?authentique féministe sera toujours? un homme.
Ainsi donc, comme tout mouvement, le mouvement féministe a besoin de passer par la quête d?une renaissance. Il a besoin d?un souffle nouveau. Il doit chercher à survivre à sa propre crise et à se donner sans cesse une nouvelle image. Si le féminisme a su conserver son objectif principal, il doit cependant se donner le temps de revoir sa façon de progresser. Et peut-être même revoir les conditions d?un nouveau départ. C?est bien-là qu?est sa condition féminine et celle-ci n?est jamais tout à fait figée.
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