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Récit de l?immigration indienne

20 février 2004, 20:00

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L?histoire de Maurice est ponctuée de vagues d?immigrations. L?historien Benjamin Moutou a relaté, hier, lors d?une conférence à l?Alliance française de Bel-Village, l?arrivée des premiers immigrants indiens à l?Ile de France.

L?immigration indienne commence véritablement en 1834. Le comité colonial décide de faire venir en masse des travailleurs de la Grande péninsule. Cette nécessité, explique Benjamin Moutou, s?est manifestée par le souhait des Britanniques de faire de Maurice le grenier sucrier de l?empire. « Les travailleurs indiens ont été poussés à venir à Maurice à cause des conditions de vie déplorables qui prévalaient dans leur pays», explique-t-il. L?inde, à cette époque, est en effet en proie à de nombreuses catastrophes, notamment la famine, la peste, le chômage et les inondations.

Le premier contingent arrive de la région de Madras. Un deuxième groupe de 22 000 débarque peu après pour s?engager dans l?industrie sucrière. L?île compte à cette époque un peu moins de 300 usines sucrières.

Toutefois, c?est entre 1874 et 1880 que le plus grand nombre de travailleurs indiens fouleront le sol mauricien. Ces derniers touchent alors, en échange de leur labeur, cinq roupies par mois. « Les travailleurs retenaient de leurs salaires une roupie qui était destinée au retour en Inde à l?expiration de leur contrat de cinq ans», explique Benjamin Moutou.

Au total, plus de 454 000 travailleurs indiens viendront à Maurice durant les trois régimes coloniaux. Ils seront environ 160 000 à immigrer à l?Ile de France sous le régime britannique, soit sous le régime britannique, entre 1834 et 1910.

Nombre d?entre eux décident, à l?issue de leur contrat, de rester à Maurice et disparaissent aussitôt dans la nature alors que d?autres font l?acquisition de concessions. « Cette situation était inacceptable aux yeux des propriétaires de sucreries car ils avaient pris du temps pour les former», déclare l?historien. De véritables chasses à l?homme s?organisent alors en vue de les retrouver.

Révoltés, 9 400 immigrants indiens signent en 1872 une pétition dans laquelle ils dénoncent les mauvais traitements dont ils sont victimes. Le document est par la suite envoyé à la reine d?Angleterre. Cette dernière envoie, la même année, une Commission royale pour s?enquérir de la situation.

« Les gens d?origine indienne étaient à un moment donné assimilés aux esclaves. Certains pensaient même que l?immigration était une forme douce d?esclavage. Ce n?était pas du tout le cas», affirme Benjamin Moutou. Il existait, selon lui, des différences significatives entre les travailleurs engagés et les esclaves. Ces derniers ne pouvaient faire l?acquisition de terres, et ne percevaient pas de salaires. Ils devaient changer de nom à leur arrivée sur l?île. Tel n?était pas le cas pour les immigrants indiens.

La majorité des travailleurs indiens n?auront pas le droit de vote avant 1886 hormis les propriétaires de terres. Ainsi, des 10 000 habitants du district de Rivière-Noire, seuls 212 auront le droit de vote. Port-Louis comptera 1 500 électeurs et Flacq seulement 600. « Des années plus tard, soit en 1958, toute cette masse d?immigrants indiens qui était restée dans le silence vote et prend le pouvoir. » L?immigration indienne, note Benjamin Moutou, a profondément changé la face de l?Ile de France.

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