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Qui sème le vent?
On vient de découvrir une nouvelle qualité au ministre Dharam Gokhool. Cet homme a non seulement l?art de proposer une contre-réforme qui antagonise ses relations avec les partenaires de l?éducation, mais il a aussi le don de s?aliéner même ses meilleurs soutiens. Quelles que soient les raisons pour lesquelles il s?est retourné contre le ministre de l?Education, Suttyhudeo Tengur vient d?ôter à Gokhool l?une de ses armes les plus tranchantes pour passer sa contre-réforme. Il faut que Dharam Gokhool soit un têtu ou encore un inoxydable utopiste pour croire que le pays a toujours besoin de son projet éducatif.
Cependant, l?homme semble avoir choisi la posture de celui qui est prêt à se battre contre tous. Enfin, il y a encore des hommes dans ce pays qui croient avoir raison, seul contre tous. A défaut d?assister à un hara-kiri politique, nous semblons toujours nous acheminer vers l?immolation programmée de l?éducation nationale. Si tel est le v?u de nos grands seigneurs?
Ils auront cependant à payer le prix. Alors avant qu?il ne soit trop tard. M. Gokhool a fait son choix. Mais il n?y a pas que M. Gokhool au gouvernement. Il y a des femmes et des hommes qui ont su convaincre qu?ils incarnent une idée de modernité. Ceux-là sont aujourd?hui devant leur responsabilité. La logique gestionnaire empruntée par le gouvernement ne peut plus continuer à s?embarrasser des réactionnaires. Que ces derniers fondent leur force sur le populisme ou l?électoralisme à caractère ethnique, ils sont de véritables ralentisseurs sur la route de la raison que la société mauricienne est condamnée à emprunter. Parce que ce serait faire preuve d?une certaine étroitesse d?esprit que de croire que tout le projet de réforme de l?Etat et de l?économie peut aboutir sans un changement des mentalités. Or, la contre-réforme de l?éducation ne sert qu?à instrumentaliser et à givrer l?aptitude critique des Mauriciens.
Pourtant le Premier ministre ne cesse d?appeler à un changement de ?mindset?. Ce changement devrait-il s?opérer uniquement pour accepter les rigueurs qu?occasionne l?ouverture économique ? Ce changement de ?mindset? ne présuppose-t-il pas d?abord une transformation culturelle, une incursion dans les ruelles de notre pensée critique et une redéfinition de notre imaginaire social ? Faire abstraction de cela, c?est prendre le risque de faire achopper le train de la réforme sur l?éternel butoir éducatif.
La disgrâce qu?a atteint l?éducation nationale aurait dû faire rire jaune les dirigeants du pouvoir. Les profondeurs abyssales de médiocrité auxquelles on le voue auraient dû interpeller leur conscience. Mais ils ont voulu marquer le coup. En radicalisant un système qui est déjà perclus de rationalité. La sagesse d?un pouvoir, c?est de savoir faire marche arrière lorsqu?il réalise son erreur. A Maurice, parce que l?opinion publique n?est pas du genre démonstratif, le politique est convaincu de la toute puissance de ses décisions unilatérales, sauf lorsqu?il est gagné par la paralysie devant les susceptibilités à ménager.
Pris en grippe par les syndicats et les autres partenaires du système, Dharam Gokhool ne peut plus compter que sur le soutien de certains idéologues de l?éducation au sein de la majorité gouvernementale et de quelques rêveurs qui attendent de l?école qu?elle produise une classe aryenne postiche. En attendant que les gokhoolistes se manifestent, ceux qui critiquent le projet de contre-réforme du ministre de l?Education ne cesseront de réclamer une éducation qui ne désaccorde pas l?enfant mauricien de sa véritable nature d?apprenant.
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