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Questions à?Marlène Ladine,
● Cela fait un an que le centre Chrysalide est opérationnel. Votre bilan ?
Cela a été une année riche et bien remplie. 98 filles et une quinzaine d?enfants ont fréquenté le centre. De ce nombre, sept ont terminé le programme et sont en réinsertion. Les autres ont abandonné, soit au lendemain de leur arrivée, soit au cours de la deuxième phase de la psychothérapie.
● Un nombre d?abandons important?
Il ne faut pas se focaliser sur le nombre. J?estime, que nous progressons : au début, Chrysalide était une structure qui n?avait même pas de clôture. Depuis, nous avons fait du chemin. La désintoxication a été expérimentée, la psychothérapie aussi. Et là, on expérimente la réinsertion sociale. Au début des opérations, le personnel du centre faisait tout. Aujourd?hui, les filles ont pris en charge la maison et même si elles sont en désintoxication, elles assument les tâches domestiques. Elles savent qu?il y a des règlements, que chacune à son tour aura à assumer la prise en charge de la maison pendant un mois et à s?assurer du bien-être des autres. Cela les oblige à prendre des initiatives et à être créatives. Chacune organise sa tâche comme elle l?entend du moment que le résultat est bon. De notre côté, nous voyons comment chacune réagit par rapport aux responsabilités confiées sur la durée.
● Y a-t-il des points communs entre ces filles ?
Oui. Pratiquement toutes sont issues de familles brisées et ont subi un viol durant l?enfance ou l?adolescence. Ce qui signifie qu?elles étaient exposées. Presque toutes ont été rejetées par leurs parents. Le personnel du centre est devenu leur famille.
● Quelles sont les difficultés rencontrées jusqu?ici ?
Le va-et-vient des débuts a été assez déstabilisant. Après la désintoxication, il y a eu beaucoup de rechutes qui ont découragé celles qui avaient décidé de rester. Celles qui sont parties ont ensuite réalisé que dehors, ce n?est pas mieux, et sont revenues. Celles qui ne sont pas parvenues à s?adapter au centre sont reparties une nouvelle fois. Toutes ces allées et venues sapent la force du groupe et fragilisent celles qui restent. Mais de notre côté, nous considérons que ces désistements-réintégrations font partie de la thérapie.
● Qu?est-ce qui décourage le plus les filles ?
Je crois que cela tient à la réinsertion sociale qui n?est pas encore bien établie. Changer de vie passe par l?obtention d?un emploi. Pour les jeunes, c?est plus facile que pour celles qui ont 35 ans et plus. Il nous faut mettre en place un réseau d?entreprises avec lesquelles nous pourrions collaborer afin que les filles ne restent pas longtemps en réinsertion résidentielle. L?autre facteur décourageant, c?est l?ignorance des gens. Dès que l?on apprend qu?une fille est séropositive, la porte de l?entreprise lui est fermée. On prétexte les risques lors d?accidents du travail. Mais ces accidents arrivent à tout le monde. Il faudrait un code de conduite parmi les employeurs pour que les séropositifs ne soient pas marginalisés. Les filles séropositives veulent mener une vie normale et ne pas se contenter de subsister sur les Rs 3 000 que la Sécurité sociale leur accorde. Je suis sûre qu?une fois la réinsertion sociale bien établie et ces mentalités auront changé, plus de filles seront encouragées à venir se faire soigner et à mener une vie normale.
Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE
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