Publicité

Questions au? Professeur Gérard Slama

20 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● Vous êtes à Maurice dans le cadre des journées franco-mauriciennes ?c?ur et diabète?. Maurice compte énormément de diabétiques de type II (non insulino-dépendants). Cela vous surprend-il?

Le diabète de type II frappe les pays industrialisés et non-industrialisés. Les deux pays en tête du diabète de type II au monde, sont l?Inde et la Chine. Vu la forte influence de ces pays à Maurice, je ne suis pas surpris de l?ampleur de ce mal.

● Le diabète de type II est donc avant tout génétique ?

Sa base est génétique mais d?autres facteurs le font sortir de l?ombre : la sédentarité et la nutrition qui entraînent la prise de poids. On peut cependant prendre des mesures pour le faire disparaître.

● Le diabète n?est-il pas incurable ?

Il l?est mais je préfère le considérer comme un objet qui est tantôt dans l?ombre, tantôt dans la lumière. Le plus terrible avec le diabète non insulino-dépendant est qu?il ne présente des symptômes que dans 10 % des cas. Ceux-ci sont une soif constante et un besoin régulier d?uriner. Dans 90 % des cas, il est asymptomatique. Si bien que le diabétique qui s?ignore se sent en pleine forme et peut traîner ce mal pendant 20 ans jusqu?à ce que sa vie bascule dans la mort avec un infarctus du myocarde ou dans l?infirmité avec un accident vasculaire cérébral, s?il ne développe pas une gangrène des membres inférieurs avec possibilité d?amputation, la cécité ou une maladie rénale. Ce mal ne frappe pourtant pas au hasard.

● Qui sont les gens à risque ?

Le diabète de type II frappe les gens ayant grossi d?une douzaine de kilos par rapport au poids de leurs 20 ans. Faites un exercice simple. Prenez un centimètre et mesurez votre taille. L?homme et la femme ayant respectivement un tour de taille supérieur à 90 cm et 80 cm, sont prédisposés au diabète.

● Puisqu?il est asymptomatique dans la majorité des cas, comment le déceler ?

A partir de 45 ans, les personnes ayant un gros ventre ou des antécédents diabétiques, doivent faire tester leur glycémie à jeun tous les deux ou trois ans. Il ne faut pas négliger les glycémies légèrement élevées comme l?ont fait les médecins dans un passé récent. Une glycémie supérieure à un gramme par litre de sang n?est pas normale.

● Les médicaments existants ne guérissent pas le diabétique ?

Il est vrai qu?on ne peut éliminer le diabète par les médicaments. Mais un diabétique qui se soigne bien peut diminuer à 85 % les risques de complications, à condition de réagir dès qu?une anomalie est notée.

● Réagir signifie quoi ?

Le diabétique doit reprendre l?activité physique, pratiquer la marche quotidienne pendant 30 à 40 minutes en alternant des pas rapides à des pas lents. S?il est un homme, il doit s?assurer que son tour de taille repasse à 80 cm. S?il s?agit d?une femme, le tour de taille doit descendre à 75 cm au maximum. Le tabac abîme les artères, le diabète aussi. Il faut donc arrêter de fumer. Le diabétique doit aussi suivre son traitement. Des six ou sept classes de médicaments existants, cinq sortiront bientôt en génériques et se vendront à un faible prix.

● L?obésité chez les enfants équivaut-elle à davantage de jeunes diabétiques ?

Tout à fait. Il ne faut pas laisser les enfants grossir. Avec le nombre d?enfants obèses à Maurice, d?ici quelques années, vous aurez des diabétiques à 25 ans alors qu?en France, ce mal apparaît surtout chez les personnes de 45 ans. On gâte trop les enfants, y compris par l?alimentation. Il faut diminuer leur consommation d?huile et de matières grasses et leur donner plutôt des féculents, des légumes et des fruits. Et les faire bouger et se remuer.

● On a beau faire de la prévention mais les résultats sont minces. Comment procéder ?

Ce qu?il faudrait à Maurice, c?est une équipe de diabétologues avec trois à quatre infirmières spécialisées dans l?étude des pieds et de ses maladies qui seraient en permanence sur le terrain pour effectuer la surveillance et prodiguer des conseils de traitement. Cette cellule mobile est cruciale dans le combat contre le diabète. Il faut aussi rendre les médicaments plus accessibles. Ce n?est qu?à ce prix qu?on fera diminuer par 50 % les complications liées au diabète dans les cinq ans à venir.

Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE

Publicité