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Questions à?Jacqueline Forget
● Ce n?est que maintenant que SENS vient soutenir les revendications de l?APEIM à propos de la parité. Pourquoi ?
Depuis 1992, nous demandons l?égalité de traitement pour tous les enfants, non handicapés et handicapés. Ces derniers sont catégorisés comme suit : handicapés mentaux, handicapés physiques ou moteurs, malvoyants, malentendants et finalement ceux souffrant de troubles d?apprentissage, qui constituent la cible de SENS. Mais il y a aussi d?autres enfants à besoins spéciaux : ceux souffrant de maladies rares ne permettant pas une scolarisation normale et les enfants abusés.
● SENS connaît-elle aussi des problèmes financiers?
Oui. Comme notre vision de l?éducation spécialisée était celle de l?inclusion, nous avons débuté avec 150 enfants ayant des troubles d?apprentissage. Manquant de fonds, nous avons dû fermer les trois quarts des unités et ne garder que 100 élèves à Port-Louis et à Mahébourg.
● Quelles sont les revendications de SENS ?
D?abord, le droit à l?éducation pour tous, que ce soit l?intégration dans les écoles dites normales ou dans les écoles spécialisées. L?intégration dans les écoles doit être planifiée, pour éviter des dérapages. Par exemple, le jour où SENS a ouvert une unité intégrée dans une école primaire de Rose-Hill, les enfants non handicapés ont jeté des pierres sur les enfants de l?unité. La Parent-Teacher Association a aussi protesté à ce sujet. Mais pour assurer l?intégration, il faut mettre le prix.
● De quel prix parle-t-on ?
La formation des éducateurs spécialisés coûte, car il faut respecter le ratio instituteur-enfant, qui est de un à six pour l?éducation spécialisée et de un à trois pour les autistes. Et il y a des cas plus difficiles nécessitant plus. Chez SENS, les dépenses mensuelles par enfant sont de Rs 4 000 ? contre Rs 1 000 dans une école primaire dite normale ? mais cela inclut le ratio instituteur-élève, les psychologues, orthophonistes, psychothérapeutes, psychiatres, et l?école des parents, qu?il faut encadrer. La subvention de l?Etat est de Rs 500 par mois par enfant. Les parents, qui doivent souvent être parrainés, payent le reste des dépenses. Nous sommes obligés de lever des fonds.
● Réclamez-vous la parité ou demandez-vous davantage?
Il faut savoir de quelle parité il sera question. A Maurice, au primaire seulement, il y a environ 12 500 enfants avec des besoins spéciaux. Si l?on multiplie ce nombre par Rs 4 000, cela fait Rs 600 m. Et l?Etat ne donne que Rs 4 m pour l?éducation spécialisée. Il faudrait en fait qu?il lui alloue 10 % du budget global de l?Education. De son côté, SENS réclame le financement au coût réel en fonction du degré de handicap.
● L?Etat est-il à même d?évaluer le degré de handicap ?
Les besoins éducatifs d?un enfant handicapé ne peuvent être évalués que par un panel de médecins et d?éducateurs spécialisés, et ce aux normes européennes. A SENS, nous appliquons une procédure précise pour déclarer un enfant apte à recevoir une subvention de l?Etat. Et il est inutile de donner Rs600 m si les éducateurs n?ont pas de formation adéquate. Le module au Mauritius Institute of Education se fait sans tuteur spécialisé, sans tenir compte des différents handicaps. C?est un module uniforme, inutile. Enfin il faut prévoir les équipements pour l?éducation spécialisée au secondaire, si l?éducation est obligatoire jusqu?à 16 ans.
Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE
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