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Question à Audrey d?Hotman, directrice de Prévention, Information et Lutte contre le sida

25 octobre 2006, 00:00

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● Vous établissez une corrélation entre les 1 500 postes vacants dans la construction et le VIH/sida. Comment est-ce possible ?

Lorsque je dirigeais le Centre de Solidarité, je siégeais aussi au conseil d?administration de la National Agency for the Treatment and Rehabilitation of Substance Abusers. Tous les six mois, cet organisme publie un rapport, le Mauritius Epidemiological Network on Drug Use, compilation de statistiques sur les toxicomanes qui fréquentent les centres de réhabilitation et l?hôpital Brown Séquard. Dès 2003, j?avais noté que la majorité des toxicomanes cherchant à quitter l?enfer de la drogue étaient des travailleurs manuels, surtout du secteur de la construction. Je dis qu?il y a une corrélation certaine entre les deux car le profil du toxicomane correspond au métier d?ouvrier de la construction. Le toxicomane est une personne qui a besoin d?argent rapidement et est peu éduqué. Dans la construction, on est payé à la journée et les certificats d?études ne sont pas très importants. Je pense que du nombre de 20 000 toxicomanes estimé, 10 000 sont dans la construction. Les autorités sont au courant mais ne savent pas comment s?y prendre.

● D?autres secteurs sont-ils menacés par le VIH/sida ?

L?autre secteur bien affecté par le VIH/sida est celui de la pêche. Les prochains secteurs à être touchés seront le textile et le tourisme. Par rapport au textile, beaucoup d?employés d?usines habitent des régions à forte concentration de toxicomanes séropositifs, qui sont aussi sexuellement actifs. La drogue est présente dans le secteur touristique où de forts pourboires sont donnés. Elle est moins visible cependant car ceux qui se droguent ont les moyens de le faire. Et un drogué qui a eu sa dose travaille normalement.

● Que doivent faire les autorités ?

Il faudrait qu?il y ait un organisme pour compiler régulièrement des statistiques sur l?impact économique et social du VIH/sida à Maurice et à Rodrigues. Gouverner, c?est prévoir et rien n?a été prévu, par exemple pour les enfants dont les parents sont morts du VIH/sida. On dépiste certes l?hépatite C ou B au centre Bouloux à Cassis, mais il n?y a pas de traitement offert. Et les séropositifs malades risquent de perdre leur emploi. Un problème au départ économique, sans mesures d?accompagnement, risque de tourner en crise sociale. Lorsque j?étais au Centre de Solidarité, les tribunaux nous envoyaient de nombreux jeunes de la campagne, travaillant en ville, qui se piquaient chez Dokter Pike, un toxicomane qui injecte la drogue à plusieurs autres, d?une même seringue. C?est ainsi que le sida s?est propagé. De plus, ces jeunes ramènent des doses à d?autres de leur quartier. Je dois ici saluer Somduth Dulthumun, président de la Mauritius Sanathan Dharma Temples Federation, qui a eu le courage d?interpeller la société à propos du changement de comportement des jeunes en ville comme à la campagne. Se taire équivaut à un génocide.

● Le secteur privé a-t-il un rôle à jouer dans tout cela ?

Certainement. La Mauritius Employers? Federation doit évaluer les coûts du VIH/sida pour l?industrie concernée et outiller les entreprises, en particulier les directeurs des ressources humaines, pour qu?ils puissent gérer le problème et proposer des solutions. Il faut que l?entreprise soutienne les employés malades en leur donnant une aide psychologique, pour qu?ils aient un comportement sain et n?infectent pas autrui. Il faut prévoir une reconversion professionnelle qui leur permette de mener une vie normale. A l?étranger, Barclays Bank, Coca-Cola et Shell ont mis au point un Employees Wellness Programme qui accorde un soutien aux employés, tant pour les questions financières que par rapport à l?infection au VIH/sida. L?employeur paie même le test de dépistage volontaire et les traitements. Les entreprises mauriciennes devraient avoir un HIV/AIDS Counselling Support Programme.

Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE

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