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Question de priorités

24 octobre 2005, 20:00

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Il y a de grandes leçons de sagesse à apprendre de l?Inde. Non seulement ses institutions et ses pratiques politiques relèvent d?une éthique démocratique exemplaire, mais sa diversité ethnique et culturelle n?a pas empêché son peuple d?avancer ensemble sur la voie du progrès. Ses leaders ont toujours placé l?enjeu économique au sommet de leurs préoccupations.

Les questions sentimentales n?occupent pas une place importante chez les politiciens de la Grande péninsule. Ils se concentrent sur l?essentiel. On se souvient par exemple de la formule percutante avec laquelle le Premier ministre indien, Manmohan Singh, avait conclu son discours à l?occasion de la conférence de la diaspora indienne au début de cette année : ?India needs your investment.?

Au moment où New Delhi accueille le seul chef de gouvernement d?un pays étranger qui est issu de la diaspora indienne, la dimension affective aurait pu également prendre le dessus. Ce n?est nullement le cas. Les journaux indiens qui évoquent la visite de Navin Ramgoolam parlent de commerce, d?investissement et pas d?affinités culturelles, historiques ou religieuses.

Ce n?est pas un hasard si l?Inde est située aujourd?hui au 7e rang des puissances industrielles. Les partis sectaires ou extrémistes n?y ont jamais pu imposer leur agenda. C?est un pays qui aurait pu se laisser consumer par des conflits religieux, linguistiques ou castéistes. Il a su éviter cette horreur.

Même quand le BJP, parti qui porte une étiquette de nationaliste hindou, était au pouvoir, c?est la question économique qui focalisait l?attention des dirigeants. C?est durant son règne que l?industrie indienne des logiciels et des solutions informatiques a connu une expansion phénoménale. Des sociétés de haute technologie (biotechnologie, pharmacie, etc.) ont fleuri, durant cette période, dans des villes qui se développaient autour des nouveaux parcs technologiques.

Depuis que le BJP a perdu la majorité au Parlement, la configuration politique en Inde est encore plus édifiante. Ce pays à majorité hindoue a à sa tête un président musulman, A.P.J. Abdul Kalam, un Premier ministre sikh, Manmohan Singh, et un leader catholique, Sonia Gandhi, née Antonia Maino. Jamais durant l?affrontement entre le BJP et le Congrès, le débat n?a dérivé vers des thèmes racistes ou religieux. A aucun moment, le parti de Atal Bihari Vajpayee n?a eu la tentation de miser sur l?équivalent du thème ?pouvoir pe sap dan ou lame?.

Ce sont justement les réflexes politiques inadaptés à ce monde qui constituent les plus grands freins au progrès économique dans les sociétés trop traditionnelles. L?Inde a perdu ces complexes depuis longtemps et n?a pas peur d?afficher l?ouverture. Par exemple, quand il fallait appuyer un candidat pour le poste de directeur général de l?OMC, l?Inde n?a pas hésité une seconde avant de se prononcer en faveur d?un Brésilien. Soutenant cette posture, le journal Economic Times écrivait alors ?But when choosing whom to support, India would do well to focus on strengthening the WTO rather than merely standing by allies?. En revanche, Maurice a accordé un soutien inconditionnel à l?Inde aux Nations unies, même si elle s?est retrouvée parfois en la compagnie du seul Bhutan.

L?argument économique a manifestement un poids important en Inde. Si on demandait aux dirigeants indiens ce qui compte le plus pour eux, ils répondront, comme cet ancien président américain, ?It?s the economy, stupid?.

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