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Question de perception

29 décembre 2007, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

La perception est souvent plus prégnante que la réalité. On l?a vu dans le bras de fer qui a opposé les autorités centrales mauriciennes à l?assemblée régionale rodriguaise. Sans doute les deux parties partagent les torts et les responsabilités. Cette affaire n?aurait pas dû surgir. Maintenant qu?on est en présence d?une réelle problématique, avec une partie du peuple rodriguais qui sent à peine une appartenance à la République mauricienne, il faudrait s?interroger sur les causes profondes de ce mal-être.

Les plus jacobins diront qu?on n?aurait pas dû procéder à une forme de décentralisation. Que l?autonomie est l?étape qui mène à la demande d?indépendance. Ce serait faire fausse route. Toute population subit un processus de maturation. Et les Rodriguais vivent une étape de leur histoire où ils ne veulent pas être la cinquième roue du carrosse. Ce sentiment s?accroît lorsqu?ils vivent mal le regard que certains Mauriciens posent sur eux. Là est peut-être la cause profonde du malaise.

Lorsqu?on a l?impression que l?autre se sert de nous, on est irrémédiablement porté vers la révolte. Dévalué dans son identité, le Rodriguais se sent aussi menacé en tant que citoyen. Et l?Etat mauricien ne fait pas toujours suffisamment de place pour tous ses sujets. Il peut même jouer les uns contre les autres. Ou alors, il balkanise certaines parties de sa population. L?Etat n?a pas toujours une préoccupation citoyenne. Dans lequel cas, il faut se tourner vers la République.

Qu?est-ce que la République mauricienne a à offrir à ses citoyens issus de ses îles dépendantes ? Déjà, Rodrigues a connu l?autonomie mais elle a l?impression simplement d?être traitée comme une municipalité. C?est dire le chemin qu?il reste à parcourir pour que le sentiment d?appartenance puisse s?exprimer pleinement.

Dans les conditions actuelles, il y a chez certains Mauriciens un fort sentiment de supériorité par rapport aux peuples qui sont sous sa dépendance. Il faut dire cette vérité même si elle n?est pas généralisée. Nous nous devons de sortir de notre nombrilisme. La représentation que nous nous faisons de certains peuples est fausse. Croire que nous avons le droit de condescendance est une aberration. Le seul droit que nous ayons, dans ce cas particulier, est celui de remplir pleinement notre responsabilité. Une fois cet objectif atteint, nous serons dans notre légitimité pour décider des choses. Entre-temps, toute réaction brusque sera assimilée à de la suffisance. C?est aussi ce dont souffrent les Rodriguais.

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