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Question de bilan

27 décembre 2003, 20:00

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Les exemples ne manquent pas. En remontant le temps à l'étranger, on a ceux de Margaret Thatcher et de Lionel Jospin. On a, à Maurice même, le cas de Sir Anerood Jugnauth en 1995. Un bilan ne suffit pas à reconduire une majorité au pouvoir. Ce n'est pas que l'électorat soit ingrat ou qu'il soit d'humeur changeante, voire volage. Il est plutôt en attente de solutions qui sauront répondre aux problèmes auxquels il est confronté. Satisfaite de son parcours à ce stade, confiante de pouvoir compter sur ses réalisations, espérant une reconnaissance pour le courage qu'elle a dû déployer pour enclencher certaines réformes, l'alliance MSM-MMM est entrée en campagne à Piton-Rivière-du-Rempart en s'offrant le luxe de désigner un candidat qui ne faisait pas le poids. Si elle a eu la sagesse de se raviser, elle ne pouvait pas ne pas être consciente que le mal était fait. Ensuite, elle a choisi de mener campagne sur son bilan. Or, ce n'est qu'après avoir enregistré un échec que ses dirigeants affirmaient que les électeurs du n°. 7 les ont sanctionnés parce qu'il n'y a pas de « résultats concrets ». Même la lecture post-électorale des résultats pourrait ne pas être exacte.

Certes c'était une partielle qui se tenait dans des conditions inédites, que les thèmes de campagne développés par l'opposition alliaient, selon un savant dosage, une idéologie prolétarienne à une dénonciation en règle de la classe possédante. Certes, le candidat de l'opposition présentait un meilleur profil que celui de la majorité. Certes tous les gouvernements sont confrontés à l'éventualité d'un vote-sanction quand ils doivent passer l'épreuve d'une élection partielle. Mais tout cela ne suffit pas pour expliquer la déroute du candidat de l'alliance gouvernementale.

Celle-ci a commis l'erreur de faire de son bilan le principal thème de sa campagne. Il en a découlé un discours qui se signalait par son formalisme rigoureux, à l'image de l'austérité du chef de l'État. Pour dire les choses autrement, l'alliance MSM-MMM a été punie pour ne pas avoir compris que les électeurs ne sont pas reconnaissants pour ce qui a été réalisé pour eux. Ils veulent, d'un côté, qu'on les fasse rêver et de l'autre, ils veulent entendre ce qu'on compte réaliser pour eux.

Ils veulent savoir ce que les politiques vont faire. De ce point de vue, dans le contexte précis d'une partielle, l'alliance MSM-MMM pouvait difficilement tenir un discours qui ne s'inscrit pas dans la logique d'un mandat de cinq ans. Mais, c'est pour les élections législatives prévues pour 2005 qu'elle commettrait l'irréparable si elle ne compte que sur son bilan.

À entendre les premières réactions après la défaite à Piton-Rivière-du-Rempart, il faudrait croire que les dirigeants de l'alliance majoritaire n'ont pas retenu la leçon. Au moment de faire son choix, l'électorat n'est pas porté par ce qui a été réalisé, que ce soit pour faire reculer le chômage, en termes d'avancées sociales, de réformes. Car il reste toujours du travail à faire.

Parler de bilan est une bonne chose. Mais il faut aussi savoir que même un bon bilan peut se transformer en portefaix qu'il faut porter. Parce que, de prime abord, un bilan se défend. Et on peut difficilement justifier la montée continuelle du chômage, la hausse du coût de la vie et la baisse inexorable du pouvoir d'achat. D'où le risque de mener une campagne sur la défensive au lieu de pouvoir s'appuyer sur son bilan pour être agressif.

Ce qui sera attendu de l'alliance MSM-MMM au moment fondamental d'une campagne électorale, c'est moins de convaincre l'électeur de ses capacités de gestion que d'indiquer clairement son positionnement politico-idéologique. Ce ne serait pas tant tomber dans un piège tendu par l'opposition que de répondre à ce besoin de sens qui se manifeste chez l'électeur. Chez une bonne partie des électeurs, la seule bonne gestion des affaires ne suffit pas. Il y a un vide culturel et idéologique qu'ils souhaiteraient voir les politiciens combler.

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