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Qu?est-ce que la mondialisation?
Par Issa Asgarally
Qu?est-ce que la mondialisation ? : Petit traité à l?usage de ceux et celles qui ne savent pas encore s?il faut être pour ou contre, Charles-Albert Michalet, Editions La Découverte, 212 pages, 9 euros.
Alors que la mondialisation investit les discours, en particulier politiques, et divise les discoureurs en deux camps opposés, les «pour» et les «contre», Charles-Albert Michalet, professeur d?économie à l?Université Paris IX-Dauphine, qui veut transcender ce «clivage stérile», pose la question fondamentale «Qu?est-ce que la mondialisation ?» et propose une réponse à la fois claire et cohérente. Son postulat de base : La mondialisation est un phénomène aussi ancien que le capitalisme, mais ses modalités d?existence se transforment au cours de l?histoire. Par rapport au modèle statique, unidimensionnel, il élabore un modèle dynamique en trois points qui tient compte de la totalité et de la complexité de la mondialisation: la multidimensionalité de la mondialisation , l?interdépendance de ces différentes dimensions et les trois configurations auxquelles donne lieu cette interdépendance.
L?auteur revient sur une problématique de l?économie politique qui a suscité l?intérêt des plus grands économistes dans le passé : le constat que le capitalisme, pour survivre, doit transcender les frontières d?un pays, que la tendance à la mondialisation lui est indispensable. L?auteur s?appuie sur les travaux des historiens tels Fernand Braudel et I . Wallerstein pour rappeler que le capitalisme est né dans le cadre de «l?économie-monde» dès le 14e siècle. Et, contrairement à ce que certains économistes ont pensé, cette «économie-monde» a précédé la formation des Etats-nations. Les historiens soulignent que les bases de «l?économie-monde» sont les grandes villes portuaires comme Venise, Amsterdam, Londres et Lubeck, d?où des marchands sont partis s?engager dans le commerce lointain, pour réaliser plus de profits que s?ils avaient continué à faire prospérer leurs affaires à l?intérieur des frontières géographiques d?un pays.
Un bref rappel d?un aspect de la pensée économique, d?Adam Smith et D.Ricardo à P.Baran et Sweezy, en passant par Marx et Luxembourg, démontre la pertinence de deux axes de réflexion. Le premier est que l?ouverture des économies détermine la croissance des économies capitalistes. Le second est que la tendance à la mondialisation, inhérente au capitalisme, prend d?autres formes que celles des exportations de biens et services.
Pour l?auteur, la mondialisation comporte trois dimensions : les échanges de biens et services, les investissements directs à l?étranger et la circulation des capitaux financiers. Il met en garde contre la tendance à simplifier la mondialisation, à la réduire à la première dimension, à la définir donc comme «l?extension planétaire des marchés de biens et services». Selon lui, «la dynamique de la mondialisation repose sur la mobilité des biens, des services, des capitaux, des unités de production».
La dimension des échanges est celle des flux d?exportation et d?importation entre les pays et se lit dans les transactions courantes des balances des paiements. Les investissements directs à l?étranger, qui constituent la seconde dimension, sont faits par les firmes et sont les instruments de l?expansion multinationale de leurs activités. La circulation des capitaux financiers, troisième dimension de la mondialisation, ce sont les placements effectués par des institutions financières bancaires ou non bancaires ou par des particuliers, dans des sociétés cotées en Bourse.
Ces trois dimensions, selon Charles-Albert Michalet, «fonctionnent simultanément dans des relations d?interdépendance» et ne sont donc pas exclusives, mais complémentaires. Pour démontrer cette complémentarité, Michalet prend comme point de départ l?une des trois dimensions, «la croissance des exportations», et explique comment l?implantation d?une firme dans un pays afin d?augmenter ses exportations vers ce pays, peut finalement entraîner des mouvements internationaux de capitaux
Cependant, malgré la complémentarité, une dimension peut occuper une position dominante qui va déterminer un régime de régulation spécifique. La hiérarchie des dimensions interdépendantes, écrit l?auteur, change au fil du temps, ce qui donne lieu à une «suite historique de configurations différentes» de la mondialisation. Il distingue trois configurations «idéales» qui sont ses références pour analyser les caractéristiques des différentes phases historiques de la mondialisation.
La configuration inter-nationale est celle où la dimension des échanges prime sur les deux autres dimensions. Dans la configuration multi-nationale, c?est la dimension des investissements directs à l?étranger (IDE) qui domine. La configuration globale se caractérise par la prévalence de la dimension de la circulation des capitaux financiers. Connue sous le nom de «globalisation», cette configuration «triomphe» à partir du milieu des années 1980 et marque plutôt le triomphe du néolibéralisme dont la finalité est la rentabilité financière ? mesurée par le rendement des capitaux investis ? et l?outil principal, la déréglementation.
Il semble au simple lecteur que je suis ? et l?économiste Pierre Dinan me l?a confirmé ? que Charles-Albert Michalet passe sous silence la circulation des personnes . Celle-ci devrait être intégrée dans la première dimension de la mondialisation, avec les biens et services. En effet, la circulation ? forcée ? des personnes organisées par les métropoles impériales a joué un rôle prépondérant dans la constitution des richesses provenant de l?esclavage et de l?engagement. Ou, alors, la circulation des personnes devrait constituer à elle seule une quatrième dimension de la mondialisation, ce qui modifierait les trois configurations décrites par l?auteur. Il faudrait peut-être parler ici de libre circulation des personnes et des restrictions importantes qui lui sont imposées aujourd?hui. Le libre mouvement des personnes est le parent pauvre de la mondialisation en ce début de siècle.
Somme toute, ce «Petit traité à l?usage de ceux et celles qui ne savent pas encore s?il faut être pour ou contre» ? selon son sous-titre, un tantinet ironique ? propose une approche historique et offre des données claires et cohérentes non pas pour s?opposer à la mondialisation, car elle est inéluctable, mais pour la réguler sur la base d?une «nouvelle gouvernance» afin d?éviter «les effets pervers de la concurrence effrénée, le développement des inégalités» et l?exclusion.
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