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Quels atouts pour gagner ?
Bizarre, cette campagne électorale qui tarde tant à trouver le tempo de la bataille annoncée. Au jour J-33, l?impression malaisée qui se dégage est que les acteurs rechignent à monter en scène, qu?ils hésitent à débattre, et évitent de porter l?estocade. Bref, qu?ils ont autant peur de gagner que de perdre? Et si c?était vrai ?
La question mérite d?être posée ; elle n?est pas farfelue. Plus le temps d?accorder les actes aux discours se rapproche, plus les politiques perçoivent mieux les difficultés à venir. Mais engagés, dans un camp comme dans l?autre, dans l?obligation fatale de cacher la réalité des choses pour tenter de séduire des électeurs-enfants, ils masquent leurs pensées.
Dans la conjoncture, il faudrait, au contraire, que les leaders trouvent des accents churchilliens pour dire au pays combien les temps qui viennent seront rudes et chaotiques, pour expliquer que, pour l?essentiel, les locataires de l?hôtel du gouvernement, quels qu?ils soient, n?y pourront rien. Beaucoup de nos problèmes viennent d?un contexte mondial qui n?épargnera personne. Dire le contraire, c?est mentir au pays, et c?est ce que font présentement tous les partis politiques.
Il est juste d?ajouter que l?expérience et la compétence gestionnaires seront extrêmement utiles en la circonstance pour aider à atténuer les effets d?une crise de réajustement structurel. Aux conséquences néfastes d?une mondialisation perfide et cynique, s?il fallait, au plan national, compter avec des erreurs de stratégie et de priorités, le pays sombrerait immanquablement.
L?heure est grave, une conjonction de facteurs internationaux mène à une fragilisation continue de nos structures économiques traditionnelles.
Dans la zone franche textile-habillement, longtemps le fleuron du « miracle économique mauricien », l?emploi n?a pu résister aux coups de butoir d?une Chine conquérante qui a tué plus de trois millions d?emplois partout dans le monde. Il faut prévoir de nouvelles contractions malgré les tentatives dérisoires de résistance à la puissance industrielle chinoise.
Comme un malheur ne vient jamais seul, l?industrie sucrière, à son tour, est au bord de la crise de nerfs face aux menaces meurtrières de l?Europe qui ne veut plus financer les productions non compétitives. Il y a plus d?un siècle déjà, l?industrie avait été prévenue. J.A. Despeissis, du Royal Colonial Institute, à l?occasion d?une exposition internationale en 1886, après avoir loué la qualité remarquable du sucre mauricien, invitait les planteurs à diversifier leur production face aux menaces des betteraviers et des producteurs d?édulcorants? L?histoire a retenu que « Mauritian planters were however too much attached to the cultivation of sugar to take heed of the warning ». Le réveil est brutal.
Les conséquences combinées de ces deux contractions industrielles et les fragilités du secteur des services annoncent une crise financière qu?on a peur d?appeler par son nom mais qui hante les esprits.
C?est là le véritable enjeu de la prochaine législature. Il n?y en a pas d?autres, et c?est sur ce terrain de l?économie et de l?industrie que doivent se dérouler les débats de la campagne électorale.
Quels sont les atouts des uns et des autres ?
Le gouvernement sortant croit pouvoir jouer sur son bilan pour conquérir un deuxième mandat. Ses réalisations ne sont pas minces mais elles ont été produites dans un contexte qui est maintenant totalement bouleversé. Ses adversaires pourraient même arguer que ses propensions dépensières et ses projets budgétivores ont exacerbé la crise qui se profile. Et la part du rêve que l?alliance MSM-MMM propose peut se transformer en cauchemar. Les incidences du « duty-free » sur les réserves déjà bien entamées de la Banque centrale, dans le contexte d?un déficit commercial aggravé, attisent les inquiétudes. Un gouvernement si dépensier peut-il se transformer en chantre vertueux de l?austérité programmée ?
Le dilemme de l?opposition est plus grand. Il estime qu?il ne peut gagner qu?en promettant de faire mieux et plus. En la circonstance, c?est totalement déraisonnable. Si les premier cents jours de Navin Ramgoolam se bornent à une distribution de gâteries - qui coûtent cher - il se préparera une crise monumentale. Sur ce plan, la stratégie actuelle de l?Alliance sociale est contradictoire, et elle envoie des signaux brouillés. L?opposition ne peut à la fois dépeindre une situation économique « catastrophique » et prétendre que le pays a les moyens de distribuer en « cent jours » un argent qu?il n?est pas censé avoir. Et qu?il n?a pas en réalité. C?est infantiliser l?électorat que de lui faire croire qu?il sera possible, sans conséquence grave pour lui-même, de dépenser un argent que nous n?avons plus.
Question de pure stratégie, l?opposition a d?ailleurs tout intérêt à porter le débat sur ce terrain économique. D?abord, l?essentiel de sa campagne devrait consister à rassurer les électeurs sur sa capacité à mieux gérer et à produire des résultats. Elle part avec un handicap mais elle possède une équipe qui aligne quelques talents avérés. Si la liste globale comporte des déceptions, l?impression générale est plutôt positive en dépit des erreurs de positionnement, même s?il faut reconnaître que c?est le MSM de Pravind Jugnauth qui réussit la meilleure combinaison. On dirait d?ailleurs une liste qui prépare l?avenir et qui peut se permettre le luxe de faire l?impasse sur la joute immédiate? Dans l?alliance gouvernementale, le stratège aujourd?hui, c?est Pravind Jugnauth. Bérenger est fatigué. De toute façon, il est sur le départ. Mais ça, c?est la politique. Nous disions que la priorité est ailleurs.
Elle est désormais, pour l?opposition, dans la constitution d?une équipe gouvernementale et d?un programme qui rassure sur le sérieux de sa prochaine gouvernance. Elle a été peu diserte jusqu?ici sur les mesures qu?elle estime nécessaires pour redresser la barre à la suite de la gestion « catastrophique » qu?elle impute à l?actuel gouvernement. Ses critiques sont archi-connues, les électeurs, en particulier la majorité silencieuse et indécise, celle qui déterminera le résultat du scrutin, souhaitent connaître ses propositions. Malgré toutes les récriminations, il serait hasardeux pour l?Alliance sociale de tabler sur une élection de rejet du gouvernement. Je ne crois pas que ce soit le cas. Si cette analyse est juste, l?opposition ne peut espérer gagner qu?en faisant la démonstration qu?elle possède la meilleure équipe et le meilleur programme pour sortir le pays de la crise qui grandit.
33 jours à l?opposition pour convaincre, autant au gouvernement pour se réinventer.
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