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Quelle sombre journée !
Notre sélection masculine de basket-ball a été laminée par la Réunion 98-57, hier soir, sur le parquet de Phoenix, en demi-finales des Jeux des îles. A bien voir, cette contre-performance n?étonne personne. Les conditions, il faut le dire, n?étaient pas réunies pour que le résultat soit à la hauteur des espérances.
La faute, très certainement, à un adversaire supérieur à tous les niveaux. Mais la faute surtout à ces éternels empêcheurs de tourner en rond qui polluent l?air de notre basket et qui se sont à nouveau distingués hier en portant l?estocade finale et fatale à notre douze national à un moment où l?heure était pourtant à la sérénité, à la concentration.
?L?opération dynamitage sous-marin a porté ses fruits, rappelait d?ailleurs, hier, le sélectionneur national Pascal Rivière. Les joueurs ont pris un gros coup au moral. Ils ont été atteints dans leur sub-conscient.? Certains diront que c?est une excuse, mais le Réunionnais ne s?est pas trompé.
Le problème trouve sa source dans la demi-finale féminine entre Maurice et la Réunion, en début de journée. Dans le quart décisif, les Mauriciennes sont incapables de gérer une avance de six points. La Réunion s?impose finalement de cinq points, 45-40, ce qui provoque de graves remous.
Dans les vestiaires, les joueuses reprochent ouvertement à Pascal Rivière la façon dont il aurait géré la fin du match, marquée par le retour en force des Réunionnaises.
Mais le plus grave, dans le sillage de cette défaite, c?est que l?épouse du sélectionneur, qui assistait à la rencontre dans les gradins, se fait copieusement insulter par un certain groupe de fauteurs de trouble qui, depuis quelque temps, paraît-il, en veut au sélectionneur réunionnais.
Madame Rivière quitte le gymnase en pleurs. Son jeune fils de 9 ans est traumatisé. Pascal Rivière prend alors la décision de démissionner sur le champ de son poste de sélectionneur pour regagner la Réunion.
Avant de mettre le cap sur Plaisance, il s?arrête au Village des Jeux pour annoncer la nouvelle à sa sélection masculine. Contrairement aux filles, les garçons lui vouent une profonde admiration. ?Il est hors de question que tu démissionnes. Si tu pars, on ne joue pas contre la Réunion ce soir?, lui lance alors quelques joueurs.
Dany Rohan, président de la fédération de basket-ball, vient en renfort. Il veut faire entendre raison au Réunionnais. Accablé par la tournure des événements, Rohan monte se rincer le visage dans la chambre des joueurs. Il est victime d?un malaise cardiaque dans la salle de bains. Les joueurs sont sous le choc. Ils font appeler le SAMU.
Le président de la fédération de basket-ball est conduit d?urgence à l?Intensive Care Unit de l?hôpital de Candos. A hier soir, son état était jugé stable. Certains joueurs sont en pleurs. Ils veulent comprendre ce qui leur arrive. A 17 heures, ils ne savent toujours pas s?ils monteront sur le parquet pour affronter la Réunion. Ils parviennent entre-temps à convaincre la famille Rivière de revenir sur sa décision. Pascal Rivière n?est plus démissionnaire. Mais il est déjà trop tard pour préparer la demi-finale. Le mal est fait. La Réunion survole le match, les joueurs mauriciens ne sont jamais dans le coup. 98-57, le score est sévère. Mais peut-on faire mieux au terme d?une si sombre journée ?
La conférence de presse d?après-match se tient exceptionnellement dans les vestiaires de la sélection mauricienne. Il est presque 21 heures. Les joueurs confirment qu?ils sont solidaires ?à cent pour cent? avec leur sélectionneur et déplorent ?ceux qui, au sein de l?entourage de l?équipe féminine, ont tout fait pour leur saper le moral?.
Et c?est Nicolas Duval qui prend la parole au nom des joueurs. ?Nous avons vécu une journée très difficile, admet le joueur du Real. Quand le président de votre fédération est victime d?un malaise sous vos yeux, que votre entraîneur vous annonce qu?il démissionne quelques heures avant que ne débute une demi-finale, dans quel état d?esprit voulez-vous qu?on aborde une telle échéance ??
Pascal Rivière a, lui, le verbe facile, il en veut à plusieurs personnes. ?C?est dégoûtant. On a voulu s?en prendre à ma femme et à mon fils. Si je suis resté, c?est par respect pour mes joueurs?, dit-il. ?Je ne regrette pas d?être venu à Maurice. Autant j?ai donné au basket mauricien, autant j?en ai appris sur le peuple. Ici, on ne peut faire confiance à personne??
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