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Quel MMM sans Bérenger ?
«Depuis la naissance du MMM, Paul Bérenger a occupé une place privilégiée au sein du parti. Il a été dès le début le leader, le théoricien-penseur et le principal animateur des activités politiques et syndicales. » Succint portrait esquissé par le sociologue Malenn Oodiah, observateur de la vie politique. C?est dire combien l?homme a marqué de son sceau tout ce que ce parti a accompli depuis sa création en septembre 1969.
Lors d?une récente conférence de presse, le principal interessé a toutefois laissé entrevoir un éventuel partage de Primeministership en cas de renouvellement du mandat de la présente alliance gouvernementale. Sans pour autant préciser la winning formula qu?il a en tête, il a déclaré que Jayen Cuttaree pourrait alors être appelé a assumer de plus «importantes» responsabilités. Même si Paul Bérenger n?a pas dévoilé le fond de sa pensée, pour beaucoup, toute promotion à accorder à Jayen Cuttaree, déjà numéro 3 du gouvernement, ne peut être qu?une accession au fauteuil de vice-Premier ministre. Auparavant, il aurait cédé sa place à Pravind Jugnauth.
Une telle éventualité suggérée par de leader historique des mauves, pouvait difficilement laisser son entourage insensible. Mais puisque pour beaucoup, parler du retrait de Bérenger équivaudrait à un crime de lèse-majesté, ses plus fidèles collaborateurs refusent d?aborder ouvertement la question.
C?est du moins le cas d?Alan Ganoo. « Comment voulez-vous que je me prononce sur un tel sujet avant d?en savoir plus. Ce n?est peut-être pas vrai. Rien ne dit qu?il passera le relais comme leader du parti. Paul Bérenger, qui est l?âme même du MMM, devrait être le premier à savoir que le parti en sorira affaibli. » Tout en concédant que la winning formula envisagée par le leader du MMM pourrait bien être un remake de l?accord conclu en 2000, il entrevoit mal Paul Bérenger s?effacer de la politique active. « Li possible qui li propose une formule à la Lee Kwan Yu. » Depuis son retrait comme Premier ministre de Singapour, il occupe un poste de Senior Minister.
« Un organisme presque monarchique »
Cassam Uteem, ancien dirigeant du MMM et ancien président de la République, semble lui aussi privilégier cette éventualité, même s?il voit mal Paul Bérenger « se retirer de sitôt ». Cependant quand on connaît la personnalité de Paul Bérenger, on est en droit de penser qu?une telle formule risque d?être source d?instabilité.
Pour sa part, Prakash Meenoowa, responsable au sein du bureau politique mauve des relations avec les jeunes, se veut plus réaliste. «Je suis tout à fait conscient du rôle éminemment important joué par Paul Bérenger. C?est déjà un mythe. Il a eu un combat de longue haleine. Si jamais il choisit de se retirer, ce ne sera pas facile, mais il faudra bien que le parti continue d?exister. Cela a bien été le cas pour les autres. Le Parti travailliste a connu plusieurs leaders depuis sa création en 1936. Beaucoup ont essayé, tous n ?ont pas réussi, mais le parti est toujours là. »
Sans nul doute, un parti qui a occupé le devant de la scène durant 35 ans ne s?efface pas d?un trait de plume. Cependant, Ram Seegobin, de Lalit, qui a fait ses premières armes au sein de ce parti avant d?en partir au début des années 80, considère que le MMM ressemble « à un organisme presque monarchique. » Il prévoit son effritement une fois que Bérenger aura cédé les rênes. « Le parti aura le même sort que le PMSD après le décès de sir Gaëtan Duval et s?effritera en plusieurs morceaux. »
Au fil des ans, le MMM a connu plusieurs scissions - en 1973, 1983 et 1993. Lors de cette dernière cassure, le parti avait perdu la majorité de membres de son bureau politique. La base est toutefois restée fidèle à Paul Bérenger.
Malenn Oodiah soutient que « depuis la cassure de 1993, Paul Bérenger a consolidé sa mainmise sur le parti au point où on peut se demander si le MMM n?est pas devenu son parti.»
C?est ce qui pousse sans doute Ram Seegobin à ne pas se fier à l?annonce selon laquelle Paul Bérenger accorderait plus de responsabilités à Cuttaree en 2008. « En annonçant indirectement Jayen Cuttarree comme vice-Premier possible, le leader du MMM vient une fois de plus de lancer un ballon sonde. Il avait fait la même chose en 1983 en poussant Dharam Fokeer, puis en 1987 avec Prem Nababsing. J?y vois tout simplement un message codé et une propagande préélectorale en direction d?une section de la population. »
Malenn Oodiah pense lui aussi qu?un après Bérenger sera problématique. « A moins que des anciens se décident à retourner au bercail, ou qu?Emmanuel se décide. » Emmanuel, chacun le sait, est le fils du leader du MMM. Pour l?instant, tout au moins, ce dernier n?a démontré aucun attrait pour la politique. Dans sa prime jeunesse, Navin Ramgoolam ne semblait pas non plus intéressé.
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