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QUE VEULENT LES FEMMES ? <i>(2nd partie)</i>
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QUE VEULENT LES FEMMES ? <i>(2nd partie)</i>
« Laisser à la femme sa dignité »
Lilette Edmond, travailleuse sociale
Le plus important pour moi, c?est qu?on laisse à la femme sa dignité. On a trop tendance à lui coller des étiquettes. D?abord on associe souvent les femmes à un certain type de boulot. Cela fait que les femmes se cantonnent dans certains domaines. Elles croient qu?elles ont choisi leur métier, mais en fait, elles ont été conditionnées.
Je travaille au Centre de solidarité, j?ai affaire à des drogués et des alcooliques. Parfois les gens
se demandent ce que « ca ti madame là » fait avec ces hommes plus costauds qu?elle. Je trouve que la force physique n?a rien à voir. Au contraire, les femmes ont plus d?endurance quand il s?agit de traiter des problèmes psychologiques.
Je voudrais que les femmes arrivent comme moi à trouver un équilibre entre leur vie professionnelle et privée. ça m?a pris du temps avant de faire comprendre à mon mari, footballeur national, qu?entre ses entraînements, ses matchs et ses amis, il y avait aussi la maison et les enfants. Je suis arrivée au partage des responsabilités grâce à des années de dialogue. Le respect mutuel est important dans un couple comme en société.
Ça devrait être une chose naturelle que la femme puisse avoir son champ de liberté, qu?elle puisse, elle aussi, sortir avec des amies sans qu?on dise qu?elle est une mauvaise épouse ou une mauvaise mère. Je voudrais que l?aspect humain prime, que l?on soit homme ou femme, qu?on puisse être bien dans sa peau, chez soi et dans la société.
« Voir une femme à la tête de la police »
Sandhya Goorbin, policière
À mon avis, la discrimination est toujours pratiquée mais pas ouvertement. Cela se reflète surtout dans l?attitude des gens. On ne valorise pas la contribution de la femme. Par exemple, le travail de la femme au foyer est considéré par certaines féministes comme unpaid works. Dans notre société, il y a une mentalité de garçon premier lot, et fille deuxième lot. Mais dans certains domaines, le statut de la femme a été rehaussé. Aujourd?hui, par exemple, les policières descendent sur le terrain et ne se cantonnent plus aux tâches administratives. Beaucoup de femmes sont Police Prosecutors ou font partie de la SSU. Elles ont aussi suivi des cours à l?étranger et à Maurice. À ce jour, nous comptons six policières diplômées. Pour ce qui est des lois, il existe désormais le Domestic Violence Act et le Sex Discrimination Act pour protéger la femme. Mais je pense qu?avoir plus de lois serait mieux, mais à quoi serviront-elles si elles ne sont pas mises en pratique ? Mon plus grand souhait serait de voir une femme à la tête de la police, et pourquoi pas comme Premier ministre comme Indira Gandhi ou Margaret Thatcher ? Je suis convaincue qu?en ayant plus confiance en nous, nous pourrions aller encore plus loin.
« Mettre un homme à la tête du ministère de la Femme
Amrita Auckloo-Dyallah, artiste-peintre
Ce à quoi j?aspire dans la vie n?a rien à voir avec le fait que je sois une femme. Je suis de celles qui pensent que l?homme et la femme sont complémentaires. Chacun a ses atouts. Pour certaines choses, les femmes sont privilégiées, pour d?autres ce sont les hommes.
Il ne faut pas qu?on se braque contre les hommes parce qu?on a des limites.
Les droits lésés, ça arrive à tout le monde. Que réclame-t-on ? Pouvoir marcher à minuit dans la rue ? Même les hommes courent des risques quand ils le font. Et puis la femme doit accepter qu?elle est plus vulnérable physiquement et contre ça, elle ne peut rien faire. Autre chose, ce n?est pas parce qu?il y a égalité que je ne dois pas faire plaisir à mon mari et lui préparer son thé quand il rentre à la maison.
Prenons maintenant le cas des quotas qu?on veut accorder aux femmes au parlement. Est-ce que ça ne nous ridiculise pas ? C?est comme ci on voulait nous faire la charité pour aller faire « vase à flere dans parlement ». Tout ça va se retourner contre nous. Bien sûr, je n?accepterai pas qu?on brime un candidat potentiel parce que c?est une femme. Bien sûr, je prône à travail égal, salaire égal. Pour tout vous dire j?aimerais qu?on commence par mettre un homme à la tête du ministère de la Femme.
Mais ma philosophie demeure, que l?on soit homme ou femme, il faut se battre pour obtenir loyalement ce qu?on a. Rien ne se prend, il faut conquérir par sa force, par ses capacités. Là où on n?arrive pas, il faut accepter ses faiblesses et ne pas tout mettre sur le dos de notre féminité. Je ne me suis jamais sentie diminuée parce que je suis une femme et je n?attends pas la Journée internationale de la femme pour la peindre.
« Apprendre à mieux vivre ensemble »
Joseline Perrichon, gérante d?une boutique
Je vais vous parler de quelque chose qui vient de m?arriver. Je gare ma voiture. Un homme m?insulte, en me demandant si je crois être sur une place publique. Quand on est au volant, on réalise combien c?est dur d?être une femme. Si on analyse ce qui se passe dans le cercle familial, il y a encore de l?injustice. Le travail de l?homme est plus important. La femme doit sacrifier sa carrière ou faire des compromis. J?aurais voulu travailler au ministère de la Femme, écouter et consoler les plus vulnérables. Ainsi je pourrais avoir le sentiment que même si on ne peut pas changer les mentalités, on peut apprendre à mieux vivre avec.
« Être libres de leurs actions »
Tulsi Itoo-Sumboo, directrice de « Beauty Spot »
Je ne tiens pas à entrer dans une polémique mais je ne vais pas, pour qu?on ait une bonne image de moi, occulter les problèmes que rencontrent les femmes. Il y a des femmes compétentes qui n?ont pas la place qu?elles méritent. On sait que la société n?est pas clémente envers celles qui osent dénoncer le harcèlement. Quand une femme se fait violer, on dit : « Linne rodé ». Quand la femme réussit mieux que son mari, ça entraîne des frictions dans le couple?
Elle n?a pas encore sa place dans la société et parfois les femmes cautionnent les discriminations. À force d?être conditionnées, elles s?enferment dans des stéréotypes.
Je voudrais que les femmes puissent se sentir en sécurité. On n?a pas besoin d?être dans la rue pour être agressée, on peut être violée chez soi. Je souhaiterais que la société ne tourne pas en ridicule celles qui dénoncent les injustices. Qu?on élimine les pressions qu?on leur fait subir, qu?elles soient libres de leurs actions sans qu?on les traite de mégères.
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