Publicité
Que pense le peuple admirable de la démission de Bérenger ?
Par
Partager cet article
Que pense le peuple admirable de la démission de Bérenger ?
Les premiers à apprendre que Bérenger démissionne, comme ministre des Finances, sont des travailleurs du transport. ?Mo né plis miniss?, leur déclare-t-il. Anerood Jugnauth apprend, par la presse, que cette démission est parvenue au gouverneur général. Elle est donc irrévocable. Il souhaite que tout se raccommode entre Paul et Kader et que les deux restent au GM. Bhayat propose également sa démission. Le Premier ministre la refuse.
Les militants n?en croient pas leurs oreilles. Ils accourent au domicile de Bérenger, aux Quatre-Bornes, pour en savoir davantage. Leur réprobation est unanime : ?Paul, ta démission nous désole. Tu n?as pas le droit de nous faire cela !? Il plaisante : ?On me reproche de n?avoir pas créé assez d?emplois. En voilà un. Le poste de ministre des Finances est désormais disponible?.
Le journal ramgoolamien Advance allègue que Bérenger n?est pas à sa première menace de démission. Il a déjà utilisé ce scénario une demi-douzaine de fois. Il fait ressortir que cette démission effective ne résulte pas d?un énième conflit Bérenger vs Boodhoo mais d?un autre l?opposant à Bhayat.
Ce dernier affirme que Bérenger demeure son ami. Le 17 octobre, il y a eu une réunion d?urgence du politburo du MMM. Séance houleuse avec échange de propos désagréables. Rien de nouveau pourtant. Leurs relations sont souvent conflictuelles. Il se veut homme de la réconciliation. Pour Bhayat, il est désormais clair qu?il s?agit d?un conflit interne au MMM. La question de coup bas et de traîtrise ne se pose donc pas. Le riz et la farine ont-il fait fonction de pomme de discorde ? Pas de commentaire.
Les relations entre ministres et ministères des Finances et du Commerce sont houleuses. Bhayat accuse Bérenger de houspiller ses fonctionnaires. On confirme que l?annonce d?une hausse de Rs 2 du prix de l?essence, juste après une intervention télévisée de Bérenger, est la goutte d?eau ayant fait déborder le vase. Bérenger hurle au coup bas et même au coup de poignard dans le dos. Bhayat rétorque que le Conseil des ministres a avalisé cette hausse, qu?elle est connue de Bérenger et que le Commerce pouvait l?annoncer à n?importe quel moment.
Advance se permet un tour de table. Harish Boodhoo : ?Nous avons entière confiance dans le leadership d?Anerood jugnauth?. Ringadoo : ?La sorcellerie malgache ne marche pas pour Bérenger ? (N.B. : il y aurait fait allusion après les législatives du 11 juin 1982). James Burty David et Guy Ollivry : ?L?instabilité du GM ira en s?intensifiant?. Satcam Boolell du Mouvement patriotique : ?Vivement des élections générales !?
Après une réunion-marathon du politburo du MMM à son bureau, Anerood Jugnauth, plus laconique et évasif que jamais, déclare : ?Maurice a besoin de Bérenger. Je regrette sa démission. J?espère qu?elle n?est pas finale. Je lui demande de faire preuve d?héroïsme et de reprendre son poste ministériel.?
Pour l?express, le sentiment populaire est derrière Bérenger. On commence à parler de cassure devant fissurer à jamais le MMM. De Londres, Jean Claude de l?Estrac confie que des milieux européens considèrent catastrophique la démission de Bérenger. L?express se lance dans le tour de table suivant. Hervé Koenig (MSPA) : ?Bérenger reprendra son poste et tout rentrera dans l?ordre.? Francis Rey (MEF) : ?Il faut poursuivre la réforme économique enclenchée?. Benoît Arouff (CCI) consterné : ?Nous connaissons sa capacité de travail. Il fait preuve de courage. Il nous a évité une 3e dévaluation. Il galvanise les ressources humaines. Il nous remet sur les rails de la productivité. Sa démission est catastrophique. Il y va de notre crédibilité internationale?. Fakhru Currimjee (MEPZA) désolé : ?Mais tout conflit possède sa solution. C?est un accroc dans le dialogue GM-secteur privé?. Yvan Lagesse (MCB) : ?En bon chirurgien, il tranche dans le vif, sans perdre son temps à colmater les brèches. Ce grand travailleur s?attaque en réaliste à nos problèmes économiques?. Un chef d?entreprise : ?Il avait le courage des décisions impopulaires. Il insufflait un élan dynamique au GM.? Un archiviste : ?Il est le MMM?. Un docker : ?Il est irremplaçable. Il faisait son homework. Sa démission fera souffrir le peuple.? Un planteur : ?Son remplaçant est une aiguille dans une botte de foin ?. Un marchand de dholl puree : ?Lutchmeenaraidoo ou Kailash Ruhee sont les seuls à pouvoir le remplacer aux Finances?. Un planton : ?Nul n?est irremplaçable. Il démissionne parce que le poêlon est trop chaud ?. Un marchand ambulant : ?Il est pris au piège de ses promesses préélectorales?. Un chômeur de 27 ans : ?Les Finances sont un poste clé. Les autres ministres doivent soutenir le titulaire?. Un du PMSD : ?C?est une mise en scène pour contrer une impopularité croissante, une tactique politique. Il cherche les pleins pouvoirs. Il est le vrai Premier ministre. Le peuple vote pour Bérenger mais pas pour Bhayat, ni pour Jugnauth?. Un boutiquier : ?Trop grand charge lors so lé dos?. Seewoosagur Ramgoolam propose, pour sa part, un GM de salut national.
Publicité
Publicité
Les plus récents