Publicité

A quand un restaurant des Zîles là-haut ?

4 décembre 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

A quand un restaurant des Zîles là-haut ?

Voici la suite de l?exposé, présenté par Hervé Sylva, sur les habitudes alimentaires et culinaires à Agaléga et aux Chagos, causerie faite lors d?un colloque, sur ce thème, à l?Université de Maurice, à la fin de novembre 1982 (voir l?express d?hier).Les Ilois font des frites ou des chips avec le fruit à pain ou encore avec la banane coupée en rondelles. Le fruit à pain grillé en entier, avec, à l?intérieur, une noix de saindoux, est un régal.

Il existe, dans les zîles là-haut, des fougères et des lianes comestibles, riches en fer, comme la langue de vache et le brède antengne. Ce dernier se consomme en bouillon, à l?étouffée, ou encore à l?huile et au vinaigre. Le brède mouroume, ébouillanté et haché, est consommé à l?huile et au vinaigre, à l?étouffée, ou en bouillon avec du poisson. La papaye verte râpée se mange crue en salade. Il en va de même pour la patole, coupée en rondelles ou râpée. Le c?ur du cocotier ou palmiste est excellent en salade. Il est réputé en achards, à condition de le prendre là où le cocotier pousse librement (cocotier bon dié).

Le coco est aux îles ce que le Nil est à l?Egypte, un don de Dieu. Son eau ou lait étanche la soif. La crème de coco et le germe du cocotier sont des délices. Le fruit à pain est une précieuse ressource alimentaire. Elle tient lieu de pomme de terre. Il s?accommode aisément en curry, en croquettes, en dessert ou daube, dans les plats les plus variés. La banane se consomme nature, frite ou en daube.

Le limon sert d?aigreur dans le curry, tout comme le tamarin ou le bilimbi. Par grande chaleur, autrement dit du 1er juillet au 30 juin, le jus de limon sucré est la boisson désaltérante par excellence.

La mer est tout autant nourricière que la terre. La pêche supplée avantageusement aux lacunes de la culture des légumes. A ses enfants, la mer fournit à foison du poisson, de l?ourite, des crustacés, du crabe, du homard. Au choix. Les fruits de mer n?y sont pas un luxe mais une commodité de base, un don gratuit de la nature. Le poisson frais se consomme en curry, en daube à la mauricienne, en bouillon, en séraze. On peut encore le frire ou le griller, en l?assaisonnant de jus de citron ou d?épices. Même un enfant est capable de prendre un poisson, de le faire frire ou griller et de le manger quand il a faim.

Les tortues de mer viennent pondre sur les plages des Chagos mais moins souvent à Agaléga. Leurs ?ufs sont appréciés. Ils font de délicieux gâteaux. Leur chair est rouge et nourrissante.

La carangaï se cuit dans la carapace de tortue, posée sur une braise modérée ou sur un feu doux. Les invités se rassemblent autour de la carapace et y plonge la main pour déguster à la main ce savoureux mélange de riz et de viande de tortue.

Les Chagossiens consomment les ?ufs d?oiseaux yéyé comme des petits pâtés. Le yéyé se consomme en séraze. Les Mauriciens paieraient cher pour déguster des plats aussi savoureux. Les Agaléens consomment plusieurs oiseaux dont les clèques, les mariannes, les ibis. Cette consommation est toutefois préjudiciable à la flore indigène. Ils ont intérêt à développer l?élevage de volailles d?autant plus que les poules vivent librement et ne manquent pas de nourriture.

Les Chagossiens consommaient de la viande chevaline et porcine. Les Agaléens doivent se contenter du porc. L?élevage de b?ufs et de chevaux a disparu à Agaléga.

Il est difficile d?arrêter les méfaits du modernisme. Ainsi on tend à importer en quantité croissante des conserves de poisson à Agaléga qui regorge pourtant de poisson. La chopine de boisson gazeuse l?emporte sur les citronnades et les tamarinades, entièrement faits avec des produits naturels. La société de consommation et l?effet mondialisation menacent donc les Agaléens. Il serait regrettable qu?ils se mettent trop rapidement à manger à la mauricienne, autrement dit des denrées alimentaires importées de Maurice.

Hervé Sylva préconisait, en novembre1982, un retour aux habitudes alimentaires appropriées à la vie dans les zîles là-haut et une production accrue de légumes. La cuisine des îles complète avantageusement la cuisine mauricienne. Qui sera assez intelligent, en 2007, pour créer à Maurice des restaurants de cuisine chagossienne, agaléenne et même rodriguaise ? Deux millions de touristes attendront bientôt ce sursaut de perspicacité de la part des plus audacieux des Mauriciens. Chaque jour qui passe, 30 000 touristes, en séjour chez nous, déplorent peut-être cette absence injustifiable de restaurant et de cuisine des zîles là haut. Ah ! si seulement nous avions un ministère du Tourisme.

Publicité