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Quand nos terres d?origine nous apprennent à vivre

30 octobre 2006, 00:00

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?Nous ne serons jamais des Mauriciens à part entière si nous occultons un pan de notre histoire en oubliant d?aller aux sources et d?en savourer le suc nourricier.? Jeter, ainsi, un faisceau de lumière sur l?île Maurice et ses pays de peuplement.

Après avoir abordé la naissance de l?Isle de France en 1722, le mois dernier, Paul Bérenger s?est attelé au troisième volet de huit conférences publiques, avant-hier, à la municipalité de Quatre-Bornes devant un auditoire prêt à débattre.

?La vérité historique nous impose des relations privilégiées et sacrées avec ces cinq pays que sont la France, Madagascar, le Mozambique, l?Inde et la Chine dont nos aïeux et immigrants sont principalement issus.? Pour chaque terre de peuplement, Paul Bérenger a passé en revue les grands événements qui ont ponctué son histoire. Mettre en lumière les circonstances dans lesquelles ces immigrants sont amenés à peupler l?île Maurice.

A l?arrivée des Français en 1722, le pays est probablement vierge de tout habitant si ce n?est une dizaine d?esclaves. Les ancêtres d?origine française viennent principalement de Bretagne et des comptoirs des Indes françaises, Pondichéry et Chandernagor. Parmi eux, se trouvent des nobles, des militaires, des marchands et des rébuts de la société.

?Devoir de mémoire et de reconnaissance?

En juin de cette même année, débarque de l?île Bourbon une population d?esclaves parmi lesquels on retrouve des Indiens. L?année 1835 verra l?arrivée d?un millier de personnes d?origine indienne dont des planteurs, des boutiquiers, des artisans et des employés de bureau. Et jusqu?au début du 20e siècle afflueront globalement 450 000 coolies engagés, hindous et musulmans.

L?accent a été surtout mis sur le Mozambique, le plus méconnu des pays de peuplement aux yeux des Mauriciens. Cette contrée qui plonge nos racines au c?ur de l?Afrique noire, berceau de l?humanité et si riche d?histoire. ?A ce jour encore, nous méprisons et nous négligeons l?apport de l?immigration africaine. Pourtant, nous avons un devoir de mémoire et de reconnaissance vis-à-vis de l?Afrique noire. Nous perdons notre âme si nous masquons cet aspect-là. La vérité c?est aussi cela?, a rappelé notre orateur. ?En trois siècles de présence, une identité mauricienne s?est forgée, riche en diversité et nourrie d?une histoire unique et douloureuse.?

Parmi les esclaves qui foulent le sol de l?Isle de France en juin 1722, en provenance de l?île Bourbon, on dénombre aussi quelques-uns d?origine malgache. La Grande Ile marquera indéniablement le peuplement de ce qui sera l?île Maurice puisque 40 % des 90 000 esclaves qui afflueront de 1722 à 1810 en seront originaires.

?L?histoire retient que le gouverneur Mahé de La Bourdonnais avait un esclave chinois, un dénommé Simon. Mais au-delà de l?anecdote, aujourd?hui encore il faut prendre conscience de la chance que nous avons d?avoir eu des immigrants chinois.?

Grâce à la Chine qui est amenée à devenir la première puissance en 2035 et les quatre autres pays de peuplement, l?île Maurice d?aujourd?hui peut se targuer de pouvoir s?inspirer des plus grandes civilisations mondiales. Cet enrichissement est d?autant plus palpable que notre peuple a pu, de par notre diversité culturelle, puiser aux origines des trois grandes religions chrétienne, musulmane et hindoue.

Tout en étant conscient de ses origines, il est opportun que chaque Mauricien ne reste pas cloisonné dans son pays de peuplement. ?C?est pour cela qu?il faut utiliser les centres culturels, qu?ils soient islamique, telegou, marathi, tamoul, créole, dans le but d?unir dans la diversité. Et non en utilisant des visières communales?, a souligné Paul Bérenger.

Cette troisième session n?a pas manqué, samedi, de faire réagir un auditoire attentif et soucieux de renouer avec son passé. Un intervenant s?est montré curieux concernant les origines du conférencier. ?Du côté maternel, c?est la Bretagne et du côté de mon père, je me demande encore ce qui a pris à ce Marseillais de venir s?installer à Maurice, surtout pendant la période anglaise.?

Un autre a voulu rendre au poutou sa terre d?origine. Qu?à cela ne tienne, contrairement aux idées reçues, il serait, dit-on, du Kerala.

Quand petite histoire et grande histoire vont de pair? En attendant de débattre sur l?Abolition de l?esclavage, Haïti et Isle de France-île Maurice lors de la quatrième conférence, le mois prochain.

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