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Quand l?université ne fait pas recette

26 août 2007, 00:00

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À ce jour, aucune solution à l?horizon. La somme d?un million de roupies allouées in extremis à l?université de Maurice (UoM) pour calmer la vague de résistance, n?aura fait que démontrer l?insignifiance de la situation actuelle de cette institution aux yeux des autorités. Mais deux semaines après les premiers signes de malaise, une incursion dans le mécanisme d?allocation budgétaire de l?université ne montre qu?une chose : le financement du tertiaire pourrait être perçu comme n?étant pas la priorité de l?État.

La délicate situation financière de l?UoM n?est un secret pour personne, et ce, depuis le mois de mars. Les interventions passionnées des employés, de même que l?implication timide des représentants des étudiants à l?époque, avaient levé le voile sur l?état de ses comptes : un déficit de Rs 40 millions pour l?année financière 2006-2007. Depuis, la gestion financière avait été référée au Mauritius Audit Bureau (Mab), sous la supervision de la Tertiary Education Commission (Tec).

Mais à mi-juillet, quelques semaines après la présentation du budget 2007-2008, c?est une nouvelle onde de choc qui parcourt le campus de Réduit : Rs 55 millions en moins que ce qui avait été demandé. Plus que l?incohérence d?une telle démar-che économique, c?est le silence persistent des autorités qui soulève de plus en plus de questions sur l?importance qu?elles allouent à l?éducation supérieure.

<B>Le mystère s?épaissit</B>

Car entre l?indifférence du ministère de l?Éducation et du ministère des Finances, les accusations de mauvaise gestion de l?administration de l?UoM et le manque de volonté ou de justification de la Tec, c?est à l?une de ces instances que revient la responsabilité de la situation actuelle.

Mais le manque de communication de tous n?aide pas à éclaircir l?épais voile d?incompréhension sur la source et le devenir du problème de financement de l?UoM.

Le schéma de l?allocation budgétaire de l?université est le même que pour toute autre institution nationale. Selon des sources du campus de Réduit, c?est lors des consultations pré-bugétaires que l?UoM présente une estimation du budget dont elle aura besoin pour l?année financière 2007-2008. C?est ainsi qu?apparaît, pour la première fois, la somme de Rs 325 millions. Montant que l?université communique au ministère de l?Éducation.

Si jusqu?ici tout est clair, au niveau du ministère, le mystère s?épaissit sur ce que devient la demande de l?UoM. Le ministre jouant toujours l?absent, l?attaché de presse ne veut pas en parler longuement. Il se contentera de répondre que « toutes les demandes budgétaires sont compilées et envoyées au ministère des Finances tel un package. Ce sont eux qui décident. Vous n?avez qu?à voir le document Recurrent Budget 2007-2008, tout y est ».

Or, ce document (voir hors- texte) détaille seulement le budget alloué à l?enseignement supérieur, sans toutefois justifier les chiffres. La raison des Rs 55 millions en moins allouées à l?UoM se trouverait donc auprès du ministère des Finances. Selon des sources de cette instance, il ressort que lors des consultations pré-budgétaires, il est vrai que le ministère des Finances reçoit la requête d?une somme globale, proposée par le ministère de l?Éducation. « Chaque ministère doit tenir en compte ses besoins, mais il y a aussi les impératifs macro-économiques nationaux », déclare-t-on.

<B>Une révision à la baisse</B>

« Il faut que nous prenions en compte le taux d?inflation, la croissance, la dette publique, bref, la situation financière du gouvernement veut que chaque ministère présente sa demande, tout en respectant la structure macro-fiscale nationale. » Il faut entendre par cela, la situation financière difficile au niveau national. Car au ministère des Finances, on justifie facilement la révision à la baisse des budgets globaux de chaque ministère et ce, grâce aux indicateurs économiques.

« Le ministère des Finances ne fait que regarder la situation globale d?un autre ministère. En fonction des projets ou des plans stratégiques proposés, nous allouons la somme demandée ou nous la revoyons légèrement à la baisse. C?est à eux de décider quels plans ils vont appliquer ou laisser tomber », laisse entendre une source du ministère des Finances. Ainsi, il incombe à la direction des ministères respectifs de décider dans quel secteur appliquer une baisse, selon les priorités.

Mais chose particulière, le ministère des Finances précise spécifiquement la somme qui sera allouée à l?enseignement supérieur pour l?année 2007-2008 : Rs 746,5 millions ? soit 126,5 millions de plus que la provision pour le transport gratuit. Toutefois, contrairement aux autres ministères, cette somme de Rs 746,5 millions est laissée à une autre institution pour la distribution, en l?occurrence la Tec.

<B>La source des maux de l?UoM</B>

Si le représentant du corps des enseignants, Dinesh Hurreeram, a singulièrement ciblé la Tec comme la source des maux de l?UoM lors d?une récente intervention, la Commission s?en défend. « L?allocation du budget dé-pend de nombreux facteurs, notamment l?utilisation des budgets antécédents », déclare Pravind Mo-hadeb, le directeur de la Tec. « Si, par exemple, le budget alloué à la recherche il y a un an n?a été utilisé qu?à moitié, c?est la moitié de cette somme qui sera allouée lors du prochain déboursement. D?où le montant de Rs 270 millions », affirme notre interlocuteur.

Comment expliquer alors que l?administration de l?UoM déclare qu?il lui manque Rs 55 millions pour assurer une bonne gestion de l?institution ? « On a pris connaissance de leur requête, et nous attendons des justificatifs pour décider si oui ou non ils ont réellement besoin de ces réajustements budgétaires. Comme la somme d?un million de roupies pour permettre la rédaction d?un mémoire par étudiant. Mais pour le reste, nous attendons toujours », affirme Pravind Mohadeb.

Ainsi, justifier les Rs 350 millions revient à l?administration de l?UoM.

La boucle est bouclée. Les nombreuses tentatives pour avoir la version de l?administration de l?UoM sont restées vaines, la direction se réfugiant dans le silence, pour changer de la formule répétitive : « Il n?y a pas de problèmes sur le campus de Réduit. » Toutefois, à ce jour, les cours n?ont toujours pas démarré pour une bonne partie des étudiants, deux semaines après la rentrée officielle.

Alors que le gouvernement actuel se félicite d?avoir créé environ 8 500 emplois ces deux dernières années, l?avenir académique immédiat des quelque 8 500 étudiants vacille à Réduit. L?absence de prises de position ou de signal fort des autorités laisse planer un doute, et la menace de grève des étudiants est maintenue. En l?absence d?une prise de responsabilité, cette situation, déjà explosive, risque d?échapper à tout contrôle.

À moins qu?une solution financière et économique soit vite prise par les autorités, quelles qu?elles soient.

<B>Le secteur privé se mobilise? ailleurs</B>

Lors d?une interview accordée à l?express-dimanche la semaine dernière, le professeur Indur Fagoonee, vice-chancelier de l?UoM, a déclaré que « ceux qui en ont les moyens doivent nous aider ». Cette requête était clairement destinée au secteur privé. Toutefois, depuis plusieurs années, ce dernier se mobilise? mais ailleurs. À l?image de l?annonce de la construction du campus du Charles Telfair Institute, en avril dernier. À l?époque, Éric Charoux, directeur exécutif de la DCDM Business School, avait déclaré : « C?est la première fois que le secteur privé se réveille pour construire ce qui sera probablement la troisième université de Maurice. » Car pas moins de douze entreprises du top 100 mauricien se sont alliées pour aider à construire le campus de l?établissement, au coût de Rs 520 millions. Une compétition sérieuse qui se dessine pour l?UoM. Toutefois, pour Azad Jeetun, directeur de la Mauritius Employers? Federation, il est nécessaire de soutenir l?UoM pendant une telle crise. « L?université tient un rôle capital dans le développement des ressources humaines à Maurice. Je suis au nombre des partisans qui croient qu?il faut donner les moyens à l?université. » Car, dit-il, le dynamisme que connaît l?économie nationale crée une demande pour des cadres et autres professionnels. Surtout que le pays ambitionne de devenir un knowledge-hub. « L?UoM a atteint un niveau, où les compétences qu?elle forme bénéficient tant au secteur privé qu?au secteur public. Il n?y a pas beaucoup de chômeurs parmi ceux qui détiennent un diplôme universitaire », affirme-t-il. « L?éducation coûte cher, mais c?est un investissement. Il faut donner les moyens à l?UoM. »

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR :

<B>Pas viable politiquement </B>

Le manque d?intérêt des per-sonnes au pouvoir ? peu importe les régimes ? envers l?éducation supérieure n?a rien de nouveau, selon Surendra Bissoondoyal, ancien vice-chancelier de l?UoM.

« Ce n?est pas une priorité pour les gouvernements, car ce n?est pas un domaine qui concerne beaucoup de gens. Donc, quelque part, l?éducation supérieure, opposée à d?autres domaines plus populaires, n?est pas si importante. » Et donc, pas politiquement viable.Mais ils feraient fausse route, selon l?ancien vice-chancelier.

« Chaque étape a sa priorité et son importance. Il y a 25 ans, le contexte exigeait une concentration de ressources pour l?éducation primaire. Quelque temps après, ce fut le tour de l?éducation secondaire. Mais aujourd?hui, c?est dans l?enseignement supérieur qu?il faut investir », explique-t-il. Car ce secteur est en grande demande aujourd?hui. Alors que la population estudiantine a presque doublé en seulement quelques années, Surendra Bissoondoyal affirme que depuis les grands investissements sur le campus, datant de la fin des années 80 ? au coût de Rs 100 millions au départ, mais atteignant Rs 250 à 300 millions par la suite ? aucun grand chantier n?a été entrepris, alors que le volume des étudiants augmentait au fil du temps.

« L?injection de ressources doit être proportionnelle aux ambitions qu?on se donne. 8 000 étudiants, c?est bien, mais l?université ne pourra pas répondre à cela. Chacun a sa responsabilité, mais si le gouvernement peut trouver Rs 600 à Rs 700 millions pour le transport gratuit, il doit pouvoir disposer d?une somme conséquente pour sauver l?UoM », conclut-il.

<B>Gokhool mise sur le long terme</B>

La seule déclaration officielle du ministre de l?Éducation, Dharam Gokhool est venue vendredi lors de la séance parlementaire. Répondant à la Private Notice Question du jour, Dharam Gokhool a insisté sur le fait que la situation est « normale », tout en avouant le besoin de réformer l?université « pour qu?elle puisse répondre aux besoins de demain ». Ainsi, s?inscrivant dans cette logique du long terme, le ministre a dévoilé la publication d?un White Paper sur l?éducation supérieure, et des consultations avec le ministère des Finances sur le financement de l?éducation post-secondaire et tertiaire à Maurice. Citant des chiffres de l?admission dans l?enseignement supérieur, il note une progression, passant de 24 074 en 2004 à environ 35 000 pour 2007, toutes institutions confondues. Comme objectif pour 2015, le chiffre des 45 000 a été mentionné.

Toutefois, selon certaines sources du ministère de l?Éducation, ce White Paper sur l?enseignement supérieur avait déjà démarré sous l?ancien gouvernement, mais il avait été mis dans le tiroir peu après le changement du régime. Quant aux solutions à court terme, nulle précision de la part de Dharam Gokhool, qui maintient que « chaque rentrée comporte des turbulences, cela n?a rien de nouveau ». De son côté, lors de son point de presse d?hier, Paul Bérenger a affirmé que « le vice-chancelier, Indur Fagoonee, et le ministre de l?Éducation, Dharam Gokhool, se sont crus intelligents en disant que tout allait bien à l?université de Maurice. Hier, ce dernier a persisté encore une fois. Ceci s?inscrit dans un contexte global dans le pays, où tout part à vau-l?eau. C?est la pagaille ».

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