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Quand l??uf coûte sept minutes de travail

13 mai 2008, 00:00

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En ce début de mois de mai 2008, de quoi parlons-nous sinon de la dangereuse appréciation de notre roupie face aux devises majeures, au grand désespoir de producteurs et d?exportateurs, de la candeur et de la complaisance avec lesquelles certains journalistes (?) et non des moindres accueillent le fla-fla, orchestré par des propagandistes patentés, autour des baisses de certains prix de produits importés, alors qu?il suffira d?une remontée prolongée du dollar sur les principaux marchés internationaux, pour réduire à néant ces baisses de prix passagères, concernant des produits importés, dont la nécessité est parfois difficile à démontrer.

Il y a aussi le débat, renouvelé, année après année, concernant les critères à retenir pour déterminer le montant de la compensation salariale mais servant, dans nombre de cas, de base à des augmentations salariales annuelles. Là encore, les tenants du rétablissement complet du pouvoir d?achat des salariés s?opposent à ceux qui veulent l?atténuer, en tenant compte du taux de croissance et de la productivité, de la situation prévalant sur le front du chômage, des risques de licenciement et de la situation financière des entreprises (sans tenir compte toutefois des avantages princiers accordés aux directeurs et hauts cadres : salaires à six chiffres, multiplication d?allocations tous azimuts et de voyages à l?étranger, limousines valant des millions et pouvant dépasser les 200 km à l?heure dans un pays, mesurant 76,8 km par 60,8 km).

Il y a 25 ans, l?express a la sagesse de calculer, pas exactement le pouvoir d?achat du salarié moyen, mais le nombre de minutes (ou d?heures ou encore de mois) de travail que cela lui exige pour acheter un choix de denrées de produits alimentaires, d?articles et de biens d?équipement, allant d?une cigarette à une automobile. Le quotidien de la rue Brown-Séquard accroît encore l?utilité de cet exercice en établissant la comparaison avec la situation dans d?autres villes dans le monde, dont Londres, Paris, Moscou, Munich et Washington.

Pour définir ce Mauricien moyen, l?express se base sur les données du Bureau Central des Statistiques, établissant que les salariés de 1983 touchent en moyenne Rs 2 212 par mois (Household Expenditure Survey de 1981-82). Il appert de cet exercice, que ce salarié moyen mauricien doit travailler une minute et 14 secondes pour pouvoir acheter une cigarette, 32 minutes pour quatre kilos de sucre, 34 minutes pour 100 grammes de thé, 39 minutes pour trois kilos de pommes de terre, 52 minutes pour un kilo de tomates, 66 minutes pour un litre et demi de bière, autrement dit deux bouteilles mais avant consommation (parce qu?après on voit double), 74 minutes pour 60 cigarettes (mais de marque inconnue), 78 minutes pour 12 ?ufs, 92 minutes pour 500g de beurre, deux heures et six minutes pour 6 000 grammes de pain, soit 60 unités de pain maison respectant le poids règlementaire, deux heures et 38 minutes pour trois livres de porcs, trois heures et neuf minutes pour deux livres de b?uf, trois heures et 17 minutes pour dix litres de lait, 18 heures pour un loyer CHA mais 65 heures pour un loyer non subventionné, représentant un tiers du salaire mensuel, 1 257 heures pour un téléviseur couleur et 82,4 mois pour une voiture de petite cylindrée.

Inutile de préciser que notre pouvoir d?achat de 1983 paraît ridicule par rapport à ceux des Londoniens, Parisiens, Moscovites, Munichois ou encore Washingtoniens. Encore que sur le sucre, nous faisons mieux que le Parisien et le Londonien et jeu égal avec le Munichois. Nous pouvons nous demander pourquoi le Washingtonien prend un tiers de temps en moins que nous pour acheter une quantité égale de sucre. Nous nous consolons en sachant que le Moscovite doit trimer pendant près de quatre heures pour acheter les quatre kilos de sucre nous coûtant seulement une demi-heure de travail. Côté thé, la situation n?avantage guère le Moscovite pourtant très friand de samovar. Ses 100 grammes de thé lui coûtent 100 minutes de travail contre 34 au Mauricien.

Dans l?ensemble nous sommes à la traîne et pas près de rattraper notre retard, quand on sait qu?il suffit au Munichois six ou sept minutes pour acheter ses trois kilos de pommes de terre et ses douze ?ufs. Mais que dire des 86 heures de travail nécessaires à un Washingtonien pour acquérir un téléviseur couleur contre nos 1 257. Côté voiture, la situation est encore plus désespérée. Quatre mois suffisent au Washingtonien et le double pour les Européens pour acquérir une petite cylindrée. Celle-ci engloutira six ans et dix mois de salaires complets du Mauricien moyen que nous sommes, vous et moi. A vous de calculer à présent comment se situe votre pouvoir d?achat par rapport à la situation moyenne, prévalant en mai 1983.

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