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Quand l?Inde nous ouvre de nouveaux horizons

16 mars 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

On s?en servait jadis comme remède de grand-mère ou pour chasser le diable et le loup-garou. Aujourd?hui, le pignon d?Inde s?est découvert une nouvelle vocation : produire du biodiesel. Alors que le cours du pétrole semble préférer l?altitude sur le marché mondial, Maurice vient de découvrir une source d?énergie alternative et renouvelable. Avec les compliments d?Abdul Kalam, le président indien.

Le secret du pignon d?Inde ou Jatropha Curcas est dans ses fruits. Ils contiennent des noix qui, une fois pressées, donnent une huile. Celle-ci étant riche en triglycérides, il lui faut un traitement mineur pour être transformée en biocarburant. L?huile finale est alors mélangée au mazout pour faire rouler véhicules et moteurs en tous genres. Plusieurs pays, dont l?Inde, le Malawi et Madagascar, se sont déjà lancés dans la production de ce nouvel or vert. Le pignon d?Inde n?est pas une plante très répandue à Maurice mais il pourrait bien l?être au fil des prochaines années.

Le Jatropha Curcas n?est pas une plante exigeante. Il est à l?aise sur des terrains marginaux et arides. Un arbre atteint sa maturité en deux ou trois ans. Il peut alors générer environ quatre kilos de fruits par année. Il faut huit kilos de fruits pour produire 1,5 litre de biocarburant.

Des économies de Rs 240 millions possibles

Une plantation de 5 000 hectares pourrait ainsi produire environ 15 millions de litres de biodiesel annuellement. La superficie de terre requise peut paraître énorme mais comme le pignon d?Inde est tout à fait heureux sur les terres marginales, la récolte de l?or vert à Maurice est dans le domaine du possible.

L?intérêt de l?Etat pour la culture massive du Jatropha est palpable. Chaque année, Maurice utilise environ 225 millions de litres de mazout. La facture du diesel représente environ Rs 2,4 milliards annuellement. L?huile du Jatropha peut être mélangée jusqu?à hauteur de 50 % avec du diesel mais à l?heure actuelle, de nombreux pays préfèrent s?arrêter à 10 %.

C?est d?ailleurs le pourcentage recommandé par Abdul Kalam. Si Maurice arrive à produire 225 000 litres de biodiesel par an, elle économisera environ Rs 240 millions sur sa facture pétrolière. Et pour le faire, il ne faudra cultiver qu?environ 85 hectares de pignon d?Inde.

Cette économie s?accentuera au fil du temps car les plus importants fabricants de moteur peaufinent sans cesse leurs produits afin qu?ils puissent consommer davantage de biocarburants. DaimlerChrysler, par exemple, s?est engagé auprès des Nations unies pour fabriquer des moteurs qui utiliseront encore plus de biodiesel et de bioéthanol.

L?atout du pignon d?Inde n?est pas seulement sa capacité à se subs-tituer au mazout. Il est aussi plus écologique. L?huile du Jatropha a un indice de cétane élevé (ce qui permet une excellente combustion) mais elle contient peu de soufre. Les émissions sont donc nettement moins nocives que celles du mazout. Sans compter que les résidus des fruits après pressage peuvent servir d?engrais.

L?idée émise par Abdul Kalam ne devrait pas laisser de marbre. Vu sa facilité d?éxécution et son faible coût, la culture du Jatropha pour la production du biodiesel devrait être une des priorités du gouvernement.

Après la redécouverte de la citronelle ? qui peut repousser les moustiques vecteurs du chikungunya ? c?est au tour du pignon d?Inde d?être sous les feux des projecteurs. La nouvelle vocation du Jatropha n?est, après tout, pas si différente de l?ancienne : elle servira à chasser le démon que serait une nouvelle envolée du prix du pétrole sur le marché mondial tout en pansant le déficit budgétaire.

Des photos satellite pour aider la pêche

Une aide qui vise surtout à soutenir Maurice dans la protection de sa zone économique exclusive. C?est en ces termes que le président indien, Abdul Kalam, a expliqué l?intiative de son gouvernement de mettre à la disposition du pays ses facilités pour la surveillance satellite. C?était lors d?une cérémonie organisée lundi à Cap-Malheureux.

Le projet concerne l?industrie de la pêche. Il a trait à la surveillance satellite des zones de pêche mauriciennes. Cette méthode qui peut, au premier abord, paraître abstrait se révèle en fin de compte simple.

Les chercheurs utilisent les satellites pour prendre des clichés haute résolution d?une zone spécifique, l?objectif étant de repérer la présence d?une importante quantité de phyton plankton, dont se nourrissent les thons et sardines. Les satellites indiens peuvent les repérer jusqu?à 50 mètres de profondeur. Les images satellite ainsi obtenues sont envoyées au centre de recherche de Goa, dans le sud de l?Inde, pour être examinées avant d?être acheminées vers les opérateurs de pêche qui peuvent rapidement se rendre dans les zones identifiées. La forte concentration de ces planctons dans une zone sous-entend ainsi qu?il y a un important banc de poissons dans la région. Ce qui représente un gain de temps important pour une pêche optimisée.

Le ministère de la Pêche se penche déjà sur ce procédé high-tech qui devrait grandement aider ce secteur déjà en difficulté. ?Nous devrons tout d?abord définir une procédure allant de l?identification des zones à être photographiées à leur usage au niveau local?, fait ressortir l?un des responsables du projet.

Un procédé du même genre, le CATSAT, est utilisé dans l?industrie de la pêche à la Réunion. Cette technique, qui a fait ses preuves depuis longtemps déjà, consiste à relever la température de l?eau dans des zones spécifiques à intervalles réguliers durant une même journée. Elle permet ainsi d?étudier le phénomène upwelling ? la remontée d?un courant froid vers les eaux plus chaudes en surface. ?Une chute de la température de l?eau en surface indique la remontée d?un courant froid. Or, ces courants sont très riches en planctons?, explique un officier du ministère de la Pêche. Il ajoute que les bancs de poissons, essentiellement des thons, des sardines et des maquereaux, suivent systématiquement ces courants pour se nourrir. Ces données sont par la suite distribuées aux bateaux de pêche pour qu?ils se rendent sur les zones identifiées.

Maurice, laisse-t-on entendre au ministre de la Pêche, a pendant longtemps bénéficié de cette technologie par l?intermédiaire des services réunionnais dans le cadre d?un projet régional. ?Les services concernés de la Réunion nous faisaient parvenir les cartes que nous remettions ensuite aux bateaux de pêche locaux?, explique un haut cadre du ministère.

Désormais, l?expertise indienne sera sollicitée pour repérer les bancs de poissons. Mais la mise en opération de ce projet nécessitera plusieurs mois. En attendant cette bouée de sauvetage, l?industrie hauturière locale vit sous perfusion.

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