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Quand les artistes font de la radio

22 janvier 2005, 20:00

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La libéralisation des ondes aura, certes, apporté la diversité d?opinions mais aussi permis un boom de la musique locale. Les radios ont vite compris que les artistes mauriciens pourraient parler de leur monde. Ils auront été nombreux à souhaiter cette libéralisation des ondes. Ils ne l?ont pas désiré uniquement pour avoir une autre plate-forme de diffusion, mais aussi qu?ils puissent s?exprimer plus ouvertement.

Tony Farla a été approché par Sandra Mayotte peu avant le lancement de Radio One. La première radio privée voulait offrir à ses auditeurs une émission où l?on proposerait du rap, du ragga ou encore du r?n?b.

Jean-Michel Fontaine, alors directeur de Radio One, demande à Tony Farla de faire un test pour sa voix. Le test est concluant et Tony Farla se voit propulsé sur les ondes avec l?émission What?s up What?s up. «Avant Radio One, pa ti éna émission rap, ragga ou encore r?n?b. MBC pas ti compran ki ti éna ène évolution dan la mizik et ki r?n?b ti pé éclaté dan lé monde. Avec banne voyaz ki mo ti pé faire, mo fine trouvé ki banne animateurs radios dehors pa ti présente banne morceaux couma dans Moris. Zot ti pé donne zot à fond et zot ti pé feel free. Pa ti éna aucaine contrainte.»

Le chanteur se souvient d?ailleurs de ses différents passages sur la MBC Radio où il ne pouvait pas toujours dire ce qu?il pensait. Lorsqu?il a enfin son émission , il décide que sa mission ne sera pas que de divertir. Il veut aussi faire connaître les nouveaux titres et les nouveaux styles.

Sa première émission aura été marquée par le trac et? par un appel de Jean-Michel Fontaine, directeur de l?époque. Ce dernier lui reproche d?être « trop révolutionnaire ». Tony Farla ne dit rien. Pour sa deuxième émission, nouveau coup de fil pour la même raison.

L?animateur décide alors de tirer sa révérence. Les deux hommes en parlent et Jean-Michel Fontaine décide de le laisser faire. What?s up What?s up trouve rapidement son public et le succès est au rendez-vous.

Un artiste a certes l?habitude d?un micro. Mais il a aussi l?habitude d?un public devant lui. Tony Farla explique que dès qu?il commence à parler, il se sent beaucoup mieux et le trac disparaît. « Li pa facile ène chanteur qui faire animateur. Quand mo bisin chanté, mo conne mo texte ek mo la mizik par c?ur. La radio, c?est un monde complètement différent ». L?artiste aura évolué en même temps que la radio. Il dira qu?il est difficile de quantifier à quel point son métier à la radio aura contribué à faire grandir sa popularité.

Ce point de vue est partagé par les autres artistes-animateurs. Bruno Raya alias Master Kool B de Otentik Street Brothers est une figure incontournable de la musique locale. Depuis treize ans déjà, il surfe sur la vague du succès. Master Kool B aura longtemps attendu la libéralisation des ondes. Lorsque le grand moment arrive enfin, il se trouve à Paris. A son retour, il est approché par Bruno Laurant de Radio Plus qui lui propose une émission. «Zot ti pé rode kicaine ki ti kapav faire ène émission ragga, reggae? Nella Brasse ti dire ki mo conne bien sa kiltire là. Mo fine faire ène voice test et après l?émission ine démarré », explique-t-il. Ainsi, on le retrouve aux commandes de l?émission La Faya.

Se lâcher à l?antenne

La première fois, Master Kool B avoue avoir été très inquiet de se retrouver ainsi derrière le micro. L?habitude de la scène l?aide moyennement. « Lor la scène, éna ène contact are piblik. Mo fine joué devant des milliers dimoune mais derrière sa micro là, mo tout seul. Péna sa contact direct là. Mo pa trouve zot. Li pas ti facile », souligne-t-il. Mais petit à petit, il trouve ses marques. Et se lâche à l?antenne.

Tout comme Tony Farla, Master Kool B déclare qu?il est très difficile de savoir à quel point son émission a pu influencer le succès de son groupe. Il dira néanmoins, que sa présence à la radio lui aura permis de faire découvrir à «banne zenfans ghetto couma ène radio été et couma li fonctionné ». Le fait d?être lui-même un artiste ne le perturbe pas dans son travail d?animateur. Il parle des autres artistes et encourage les auditeurs à découvrir les nouveautés. Son entourage est particulièrement fier de son succès. Mais cela ne lui monte pas à la tête. Bruno Raya garde la tête bien sur les épaules. « Mo fréquente même dimounes ki avant. Mo banne voisins trouve mwa tout lé zours donc zot pas casse la tête même si parfois mo banne voisines dire zot banne kamarades ki mo zot voisin ! C?est dans concert ki zot trouve mwa différent net! », raconte en riant le chanteur.

Pour lui, pas d?émission de ragga, de rap ou de r?n?b. Kishore Taucoory de Bhojpuri Boys anime Bhojpuri Chaat Kaar sur Radio One. Une émission où il diffuse des morceaux en bhojpuri. Contrairement aux deux autres animateurs, Kishore Taucoory approche Radio One et leur propose de faire une émission en bhojpuri. Il manquait, selon lui, cet aspect de la scène musicale locale. Après l?incontournable voice-test, il prépare son émission et se lance. « A Radio One, ce n?est pas un travail mais une famille. Mo amène mo contribution », déclare-t-il simplement.

La peur du micro, il ne la connaît pas. Selon lui, son expérience de la vie y serait pour beaucoup. « Mo pas ène zeness ! Mo éna l?expérience devant caméra et lors radio à travers Bhojpuri Boys», dira-t-il en riant. Dans son émission, l?artiste-animateur explique qu?il diffuse les chansons de tous et aussi les siennes. Car comme les autres artistes-animateurs, leurs chansons sont souvent sollicitées par l?audience. « Ce n?est pas que sur Radio One que mes chansons sont diffusées. Elles le sont aussi sur les autres radios à la fois publiques et privées », souligne-t-il.

Le venu dernier dans ce cercle est Nitin Chinien. Après un passage sur Top FM, il est actuellement sur Kool FM. Celui qui lui aura fait remarquer ses talents d?animateur est le réalisateur de la MBC, Amick Teeluckdharry. C?est en tant qu?animateur du Divali Night à Grand-Baie qu?il fait ses débuts. Suite à cette expérience, il décide de faire un peu le tour des radios privées. Le départ d?un animateur de Top FM lui permet enfin de faire de la radio. « Mo pa ti lé faire couma bannes animateurs ki rode imite européens. Moi, mo ti lé faire ène émission 100% musik local et des îles dans la langue mauricienne soit le créol », explique Nitin Chinien. A son arrivée sur Kool FM, il aura ainsi trois cases horaires par semaine pour son émission Bouze are nou banne zils. Elle est diffusée chaque lundi, jeudi et samedi de vingt à vingt et une heures.

Chacun d?entre eux dans leur spécialité aura apporté un plus aux radios locales. Artistes confirmés, ils se sont transformés avec le temps en animateurs incontournables.

What?s up, what?s up : Soul T

Sur Radio One, elle est diffusée deux fois par semaine soit le mercredi et le vendredi entre vingt et vingt-deux heures.

La Faya : Master Kool B

Radio Plus : chaque jeudi de vingt-trois heures à une heure du matin.

Bhojpuri Chaat Kaar : Kishore Taucoory

Radio One : chaque lundi, mercredi, vendredi de 15h30 à 16 heures

Bouze are nou banne zils : Nitin Chinien

Kool FM : chaque lundi, jeudi et samedi de vingt à vingt et une heures.

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