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Quand le pouvoir exacerbe l?opposition?

17 décembre 2006, 00:00

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«J?ai choisi de ne pas aller au Parlement. Je suis dégoûté par un certain nombre de choses. Je ne peux pas faire comme si c?est business as usual alors que je suis révolté par tant de choses. En particulier, je suis dégoûté par l?absence de réaction au MSM après le comportement scandaleux de l?Icac contre Ajay Gunness. J?en ai marre des mamours entre le MSM et le PTr au Parlement? » Cette déclaration de Paul Bérenger à l?express est lourde de sens. Elle est tributaire des relations qui, depuis ces deux dernières semaines, n?arrêtent de se dégrader entre le Mouvement militant mauricien (MMM) et le Mouvement socialiste militant (MSM).

Interrogé hier lors de sa conférence de presse, Paul Bérenger n?a pas précisé s?il comptait revoir sa position. Il a par ailleurs maintenu ses propos tenus, lors d?un précédent point de presse : « Je suis dégoûté par le MSM. » Suite à ces propos, Pravind Jugnauth a convoqué la presse pour annoncer qu?il coupait toute communication avec Paul Bérenger. Une deuxième rupture en une année, mais celle-ci a la particularité d?intervenir à? quatre ans de la prochaine échéance électorale !

L?autre explication que donne le leader du MMM pour justifier son absence au Parlement a trait au « niveau de certains ministres et backbenchers travaillistes qui est vraiment désolant ».

Ce qui amène la députée Neeta Deerpalsing à lancer, sur les ondes de Radio-Plus hier, que : « J?ai appris qu?il est trop dégoûté pour venir au Parlement, j?espère qu?il n?est pas dégoûté pour prendre son chèque à la fin du mois. Ce qu?avance Paul Bérenger est inacceptable. »

Le conflit ouvert entre Pravind Jugnauth et Paul Bérenger est exacerbé par le pouvoir. « Le gouvernement regarde d?un air amusé ce qui se passe de l?autre côté de l?hémicycle. L?opposition n?est plus crédible et elle s?enfonce de plus en plus dans des querelles puériles », confie un ministre.

Mais la majorité ne se contente pas de regarder l?opposition s?entre-tuer. « On y apporte notre grain de sel en montant l?un contre l?autre », ajoute notre interlocuteur, visiblement satisfait des résultats.

C?est dans cette logique qu?il faut placer la récente déclaration du Premier ministre à Triolet. En flattant le MSM pour ses critiques constructives au Parlement, en partageant de longues plaisanteries avec sir Anerood Jugnauth en public, tout en tirant à boulets rouges contre le leader du MMM, Navin Ramgoolam a astucieusement creusé le fossé entre les deux partis de l?opposition qui négociaient les termes d?un énième rapprochement. « On voit bien clair dans le jeu de Navin Ramgoolam. Mais c?est dommage que le MSM succombe à ce jeu infect », affirme-t-on du côté du MMM.

Les Mauves sont aussi très remontés contre le MSM en raison de son « silence complice » depuis l?éclatement de l?affaire Ajay Gunness. « Et dire qu?on était ensemble au gouvernement. »

Selon eux, il n?y a qu?une explication : « Pravind Jugnauth veut être Premier ministre et il pense pouvoir y arriver sans nous. Il se trompe lourdement s?il pense qu?il pourra le faire en négociant en catimini avec les Rouges. » Une accusation que dément le leader du MSM : « Il est évident que Paul Bérenger n?a pas appris les leçons de notre débâcle. Ce n?est pas possible qu?il se présente à nouveau comme Premier ministre. Mais force est de constater qu?il est fasciné que par le pouvoir et qu?il ne veut pas lâcher ce poste. »

De son côté, Rajesh Bhagwan ne rate pas une occasion pour rappeler que le MMM est « plus fort que jamais » (slogan utilisé au lendemain de chaque revers électoral ou rupture d?alliance) et que « Pravind Jugnauth, lui, n?a même pas pu se faire élire ». Il est d?avis que c?est ce dernier qui veut le pouvoir « sur le dos des militants ».

Mais pourquoi le MMM et le MSM se disputent-ils maintenant ? Selon nos renseignements, il était question d?une stratégie commune au Parlement pour acculer le gouvernement dans le sillage de sa politique économique. Ainsi le MMM et le MSM devaient se concerter afin d?être plus efficaces.

Alors que les deux leaders aplanissaient les difficultés pour un modus operandi, des émissaires du pouvoir ont joué les trouble-fêtes en lançant des négociations avec le MSM. Et en relayant par la suite ces informations au leader du MMM qui a alors évoqué : « Je détiens de bien vilaines informations. » Et de là, tout est parti en éclats une fois de plus. « C?est faux, je n?ai jamais négocié avec le Parti travailliste », affirme Pravind Jugnauth.

Vrai ou faux : ce que l?on sait, c?est qu?aujourd?hui le MSM et le MMM se regardent en chiens de faïence. Conséquences : l?opposition désunie n?arrive pas à jouer son rôle face au gouvernement.

À voir le fil des événements depuis juillet 2005 (voir ci-contre), le pouvoir a beaucoup contribué à alimenter le feu qui brûle les ponts entre les deux partis. Et jusqu?ici cela marche? quitte à donner du sérum à un ennemi potentiel, le temps de son combat contre son ancien partenaire.

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