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Quand le pays se fait une place au soleil

29 septembre 2003, 20:00

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Juin 1982. Le gouvernement MMM-PSM arrive aux affaires après un raz-de- marée électoral. Il y découvre une économie au bord du gouffre. Dopé par la manne providentielle du boum sucrier de 1973 à 1975, le régime travailliste a considérablement gonflé les dépenses publiques. De l?indépendance à 1975, le budget courant a été multiplié par trois pour atteindre Rs 734m. Pour 1975-76, les prévisions dépassent la barre de Rs 1 milliard.

Porté par son idéologie sociale, le Parti travailliste prône le ?Welfare State?. Bonne ou mauvaise, cette philosophie économique implique que le pays peut soutenir les dépenses pour l?éducation, la santé, les pensions. Or, la plus grande part des ressources de l?Etat s?en trouvent absorbées. Maurice vit largement au-dessus de ses moyens, ses dépenses excédant les revenus qu?elle génère.

En 1982, le nouveau gouvernement est confronté à un déficit budgétaire insoutenable représentant 13 % du produit intérieur brut (PIB). La dette publique s?élève à Rs 6,7 milliards, la balance commerciale et la balance des paiements sont déficitaires, les réserves en devises ne couvrent que deux à trois semaines d?importation.

Sur le plan social, la situation est plus alarmante encore. Avec un taux de chômage proche de 20 % ? soit 100 000 chômeurs ? une bonne partie de la population vit dans la pauvreté. Le risque d?une explosion sociale est là. La situation est plus qu?urgente. Le ?poêlon chaud?, pour la nouvelle équipe.

Les institutions de Bretton Woods, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) entrent un jeu. Elles étaient déjà au chevet de l?économie depuis 1979, mais cette fois, elles posent leurs conditions : pas de nouveau prêt sans l?acceptation d?un plan d?ajustement structurel.

Sir Anerood hésite. Pas question de remettre en cause l?éducation gratuite, car les ressources humaines sont l?unique ressource, comme il le répéte régulièrement à chaque sortie publique. Mais le FMI et la BM ne plient pas. Il finit donc pas accepter les conditions d?un assainissement des finances publiques, un resserrement de la politique monétaire et une maîtrise des salaires.

Le premier budget de 1982, présenté par le ministre des Finances, Paul Bérenger, introduit un programme impliquant des mesures fiscales, monétaires et de revenus visant à maintenir l?économie à flot. Il faut contenir le déficit au niveau prescrit par le FMI mais cela s?avère difficile. Les dépenses sont déjà élevées et il n?est pas envisageable de rehausser le niveau de l?impôt individuel qui est déjà important ni de ponctionner une fois de plus le secteur sucrier. Il faut donc recourir à la Sales Tax, une nouveauté dans le paysage économique du pays.

Au-delà de la nécessité de rétablir les grands équilibres macroéconomiques, Sir Anerood Jugnauth s?attaque à la création d?emplois. Résorber le chômage est une urgence. ?Il nous a dit que notre premier défi était de créer des emplois. Et vite?, raconte Kadress Pillay, ministre de l?Industrie de 1983 à 1987.

Absorber le maximum de chômeurs

L?idée d?une économie tournée vers l?exportation fait son chemin. La création de la zone franche s?impose d?elle-même. Maurice avait besoin de créer une industrie ne nécessitant pas de grands investissements mais susceptible d?absorber le plus grand nombre de chômeurs. ?En grand pragmatique qu?il est, Sir Anerood a vite compris qu?il fallait faire venir des investisseurs étrangers en leur donnant des incitations taillés sur mesure?, déclare l?économiste et homme d?affaires Georges Chung Tick Kan.

Et sur ce chapitre, Maurice devait bénéficier d?un coup de pouce inespéré. L?Angleterre de Margaret Thatcher annonce l?ouverture des négociations avec la Chine pour la rétrocession de Hong Kong en 1997. Pris de panique, les industriels de ce pays cherchent à délocaliser d?urgence leurs unités de production craignant une mainmise de Pékin sur leur économie. A l?époque, on ne parlait pas encore de ?one country, two systems?.

?C?est vrai que nous avions bénéficié d?un contexte international exceptionnel. C?était un coup de chance inouï mais ces investisseurs, il a aussi fallu aller les chercher et les convaincre de venir à Maurice. Nous n?avions pas cette culture d?ouverture pour attirer les investisseurs étrangers. Outre les incitations fiscales, la possibilité pour les investisseurs étrangers d?obtenir la nationalité mauricienne a été un plus et démontre le pragmatisme de Sir Anerood?, ajoute Georges Chung Tick Kan.

La chasse aux investisseurs sera la priorité du gouvernement. La Mauritius Export Develop-ment and Investment Authority (MEDIA) est créée. Elle multiplie les campagnes de promotion en Europe pour trouver des acheteurs, et en Asie pour attirer des investisseurs. Une action menée parallèlement par les ministres.?Le premier salon international du textile, le fameux SITEX, a été organisé à Maurice en novembre 1983. Cela a marqué le début du véritable marketing de la zone franche?, se souvient Maurice Vigier de la Tour, ancien directeur du Marketing chez Floréal Knitwear.

Maurice joue à fond la carte de Lomé qui donne aux produits mauriciens un accès en hors taxes et sans restriction sur le marché américain. Les deux dévaluations de 1979 et de 1981 de la roupie contribuent également à doper la compétitivité de nos produits. ?L?industrie d?exportation était à ses premiers balbutiements. Elle avait besoin d?un coup de fouet et les dévaluations ont beaucoup aidé. Lors du SITEX de novembre 1983, les carnets de commandes de toute l?industrie ont été pleins en deux jours seulement?, poursuit Maurice Vigier de la Tour.

Sir Anerood participe activement à la campagne aggressive de promotion de la zone franche. Il est présent dans les grandes promotions que mènent les grands groupes industriels et se déplace aussi à l?étranger lors des missions de la MEDIA.

La stratégie s?avère vite payante. En une année, soit de 1983 à 1984, les investissements étrangers dans la zone franche passent de Rs 19 millions à Rs 68 millions. Le boum de la zone franche d?exportation est lancé. Le nombre d?usines passe de 122 à 591 et le nombre d?emplois de 20 000 à 90 000. Les exportations sont multipliées par dix, de Rs 1,2 milliard à Rs 11,4 milliards en 1990.

Le succès de la zone franche est tel qu?elle résorbe à elle seule le problème du chômage. Avec moins que 5 % de chômage autour de 1987 et 2,2 % en 1990, le terme plein-emploi entre pour la première fois dans le vocabulaire mauricien. ?Sir Anerood Jugnauth entrera certainement dans l?histoire pour avoir été le Premier ministre sous lequel on a vaincu le chômage pour arriver pour la première fois au plein-emploi et ce, en un temps record? soutient Georges Chung Tick Kan.

Avec l?emploi créé dans la zone franche et dans le tourisme, la totalité de la population active est au travail. Le pouvoir d?achat connaît une hausse sensible du fait même du plein-emploi et des révisions salariales. Maurice entre dans la société de consommation. Mammouth fait son apparition dans le paysage commercial grâce à l?émergence d?une plus large base de salariés.

Sacrifices, travail et discipline

La détaxe des produits de consommation et d?électroménagers aide les ménages à s?équiper. Avec la prolifération de la vente à crédit les Mauriciens arrivent à acheter ce qui leur était auparavant inaccessible. Ce sont là les fruits promis du développement et des sacrifices consentis.

Certes, Sir Anerood n?a pas tout fait à lui seul. Après la cassure de mars 1983, il s?est entouré d?une équipe d?hommes de valeur qui ont beaucoup contribué au ?miracle économique mauricien? vanté par Bretton Woods. Parmi ont figuré Sir Gaëtan Duval, Vishnu Lutchmeenaraidoo, Kishore Deerpalsingh, Kader Bhayat et Kadress Pillay pour ne citer que ceux-là.

Ceux qui étaient dans le giron gouvernemental de l?époque déclare que la grande force de Jugnauth est d?avoir su s?entourer d?une bonne équipe, et surtout, de leur avoir fait confiance. ?Nous avions toute la latitude pour travailler et Jugnauth agissait en tant que facilitateur. Quand ses ministres rencontraient des problèmes il savait les écouter et usait de son influence pour résoudre ces problèmes. En vrai capitaine il a su créer une synergie et une dynamique de groupe?, commente Kadress Pillay.

En somme, le style Jugnauth s?impose, se sent. Une certaine aggressivité dans la conduite des affaires, une rapidité dans les prises de décisions et autant de célérité dans la réalisation des projets. Cela concourt à créer une atmosphère de marche en avant et de changement à travers les pays.

La population comprend et accepte les nouvelles vertus que veut lui inculquer le gouvernement Jugnauth. Sacrifices, travail et discipline, tel est le leitmotiv de Sir Anerood qui sillonne l?île pour propager sa vision du développement économique. Lasse de survivre dans la misère, le peuple est prêt à faire tous les sacrifices pour s?en sortir. Il a compris que le temps de l?Etat providence qui subvient à tous les besoins est révolu.

Elle comprend mais résiste par moments. Les détracteurs de Sir Anerood se souviennent surtout des grèves et manifestations durement ?réprimées?, disent-ils. L?actuel ministre du Travail, Showkutally Soodhun, à l?époque syndicaliste, sera emprisonné. Rajpalsing Algoo, syndicaliste, est menotté à son lit d?hôpital. Ceux qui le soutiennent évoquent la nécessité d?une fermeté, d?une rigueur et d?une discipline pour obtenir un environnement propice à la relance de l?économie.

?Sir Anerood a su prendre en compte la dimension sociale. Il n?était pas un technocrate. Il était sensible aux enjeux sociaux et a donc su préserver certains acquis sociaux. C?est ce mélange de rigueur et de prise en compte du social qui a pu créer un consensus national?, observe Mahmood Cheeroo, secrétaire général de la Chambre du commerce et de l?industrie.

Cette adhésion de la population à la ?vision? de Sir Anerood a facilité l?adoption du programme d?ajustement structurel du FMI qui était déjà sur la table depuis 1979. Mais le gouvernement affaibli de Sir Seewoosagur n?a pu le mener à bien. Chose qu?allait réussir en l?adaptant son successeur, fort du soutien populaire.

Le décollage économique des années 80 est aussi attribuable à la libéralisation de l?économie qui a attiré les investisseurs étrangers comme les capitaux locaux. Une série de mesures monétaires et fiscales a contribué à libérer des ressources pour l?investissement. Parmi figurent la réduction des taux d?intérêt bancaire, l?expansion de 15 % du crédit disponible pour le secteur privé, les abattements d?impôts de 20 % à 30 % sur les nouveaux investissements, et l?allègement du fardeau fiscal sur les entreprises qui passe de 66 % à 35 %.

Après les succès retentissants du début des années 80 vient le temps des premières difficultés. Vers la fin des années 80 et le début des années 90, les conditions sur le plan interne comme sur le plan externe se détériorent. La zone franche est en quelque sorte victime de son succès. Le plein-emploi de la fin des années 80 a fait grimper les salaires. Parallèlement, les investissements dans l?appareil de production n?ont pas été adéquats. Maurice n?est plus compétitive dans le bas de gamme et pas équipée pour monter en gamme.

Double stratégie

Pour pallier nos faiblesses, certains groupes textiles partent à l?aventure à Madagascar tandis que d?autres font venir des ouvriers étrangers, une tendance qui s?est poursuivie jusqu?ici.

La nécessité d?un saut qualitatif est reconnue et l?Export Processing Zone Development Authority (EPZDA) s?attelle à cette tâche avec un certain succès. Sur le plan international, les choses se gâtent. De nombreux pays en développement s?ouvrent à l?économie de marché et multiplient les incitations pour attirer des investisseurs étrangers. Les zones franches poussent comme des champignons, notamment chez nos concurrents.

Pour corser le tout, un nouvel ordre économique planétaire s?établit avec la naissance de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) issue de l?Uruguay Round. Mondialisation et libéralisation sont les nouveaux mots d?ordre. Les filets de protection qui nous avaient si bien servi jusqu?ici sont menacés.

L?Accord multi-fibres commence à être démantelé dès 1994 menaçant l?industrie textile-habillement tandis que, sous l?impulsion de l?OMC et de Bruxelles, les acquis de la Convention de Lomé sont remis en question. Mais même avant l?OMC, les relations entre l?Union européenne et les ACP étaient sujettes à des incertitudes, ce qui a poussé à la prise de mesures pour restructurer l?industrie sucrière et l?agriculture dès 1983 et en 1988 (Voir horstexte ).

Face aux nouvelles donnes, le gouvernement de Sir Anerood comprend les limites d?une économie composée de trois piliers uniquement : sucre, tourisme et zone franche. La diversification s?impose. La stratégie est double. Il s?agit de consolider les secteurs existants en les rendant plus productifs et plus compétitifs et en allant vers des produits à plus forte valeur ajoutée tout en créant de nouveaux secteurs.

La consolidation des secteurs existants passent par une libéralisation accrue de l?économie notamment dans le domaine financier. Avec Rama Sithanen aux Finances à partir de 1991, ce processus de libéralisation va se poursuivre réduisant le rôle du gouvernement à celui de facilitateur.

Sur le plan de la diversification, les gouvernements successifs de Jugnauth misent sur les services (voir hors-texte) : les finances, l?offshore, le port franc, l?informatique et les technologies de l?information et des communications.

La diversification de l?économie implique toutefois de nouveaux défis et de nouveaux besoins. Les vieilles recettes ne marchent plus. Malgré de bonnes avancées, la période 1990-1995 n?est pas aussi fertile que la décennie 80. Assurer la pérénité du développement se révèle plus complexe, plus ardu.

Ainsi, au lieu de réformer le système éducatif pour donner au pays les cadres qualifiés dont il a besoin pour réaliser ses ambitions, le Premier ministre Jugnauth s?englue dans un débat sur les langues orientales et sur la question des 50 % de places réservées dans les collèges catholiques.

C?est sans doute pour ?se racheter?, en quelque sorte, qu?il a tenu à être présent aux côtés du ministre de l?Education, Steven Obeegadoo, qui a présenté le bilan de la réforme engagée dans ce secteur depuis le début de son dernier mandat. Sir Anerood a voulu sans doute s?associer à cette réforme majeure, pour ne pas dire historique.

L?autre grande réforme majeure réussie depuis son retour aux affaires en 2000 après la parenthèse travailliste a été celle de l?industrie sucrière. Réussir en douceur une contraction de la main-d??uvre dans un secteur politiquement sensible est sans doute le fait marquant du dernier primeministership de Sir Anerood.

Cet acte décisif résume le courage politique, le pragmatisme et la détermination qui ont été les traits caractéristiques de Sir Anerood à la tête du pays. Quand il faut le faire, il faut le faire.

Sucre : courageuses réformes

Sir Anerood s?est toujours intéressé au dossier agricole. Il s?est investi personnellement dans la défense des intérêts des travailleurs et des petits planteurs. Mais il a aussi su mener les grandes réformes nécessaires à la survie de ce secteur clé de l?économie.

Au début des années 80, la relance de l?économie passe inévitablement par un ballon d?oxygène à l?industrie sucrière.

Le régime issu des élections de juin 1982 en est pleinement conscient. La surcharge de la taxe de sortie subit, cette année-là, une baisse de 75 % à 50 %, soit Rs 57 millions ? que d?ailleurs plus d?un qualifie de cadeau du ministre des Finances d?alors, Paul Bérenger, aux barons sucriers.

Cet allègement fiscal permet pourtant à l?industrie sucrière de dégager les ressources nécessaires qu?elle réinvestit dans la zone franche et l?hôtellerie, notamment. Débute alors une phase de diversification de grande envergure dans l?industrie avec des effets bénéfiques tant sur le secteur sucrier que sur l?ensemble de l?économie.

C?est en grande partie l?investissement des revenus sucriers dans la zone franche et l?hôtellerie, qui assure le décollage de l?économie dans son ensemble. Mais, en même temps il faut continuer à consolider le sucre sur lequel l?économie comptait encore énormément.

En 1984, le gouvernement met sur pied la Mauritius Sugar Authority (MSA), dont le rôle est d?agir en tant que ?policy-making institution? et de chien de garde de l?industrie. Un an plus tard, le gouvernement publie un plan de restructuration du secteur sucre. Il porte sur les changements structurels souhaités, dont la centralisation et une éventuelle ouverture de l?actionnariat des sociétés sucrières.

En 1987, une loi-cadre sur le sucre, le ?Sugar Industry Efficiency (SIE) Act? est votée au Parlement. Parmi les nouvelles dispositions, de nouvelles incitations fiscales pour rendre l?industrie plus compétitive. ?Les développements dans l?industrie sucrière ont suivi leur cours naturel. Ils ont été dans une large mesure dictée par les impératifs de Bruxelles et de l?Organisation mondiale du commerce. Le SIEA était un bon début mais insuffisant?, commente Jean-Claude Hoareau, directeur de Mon Désert Alma.

Face à la pression croissante de l?OMC et de Bruxelles, qui remettent en cause la pertinence du protocole sucre en s?attaquant indirectement aux prix, lorsqu?il revient aux affaires en 2000, SAJ parachève ce qui a été entrepris avec le SIEA en 1987. Il initie une révolution dans le monde sucrier. Cette fois-ci, ce n?est nul autre que son fils Pravind, qui est aux commandes de l?Agriculture. Le gouvernement annonce en 2001 un plan de retraite volontaire touchant quelque 8 000 employés du secteur sucre. La mesure fait partie d?un plan global de restructuration stratégique pour que l?industrie puisse maintenir sa viabilité économique.

Le deal Illovo, que Jugnauth qualifie de ?God-sent?, aura permis, dans une grande mesure de réaliser cet objectif, tout en amorçant une réforme agraire sans précédent. Les opposants de SAJ n?ont jamais cessé de critiquer le rôle de son gouvernement dans les transactions financières et immobilières du deal. ?Je crois qu?on s?était rendu compte depuis longtemps qu?il fallait réduire les coûts de production. Le gouvernement Jugnauth de l?an 2000 a eu le courage politique de prendre le taureau par les cornes avec le Sugar Sector Strategic Plan?, estime Jean-Claude Hoareau.

Avant cette réforme mémorable, l?industrie sucrière a déjà connu une autre révolution, davantage sociale. En 1994, avec la création du Sugar Investment Trust (SIT), l?accès des employés de l?industrie et des petits planteurs à l?actionnariat des sociétés sucrières n?est plus un slogan. Les employés et les planteurs peuvent acquérir jusqu?à 20 % du capital

des compagnies usinières. Au terme d?un accord historique entre l?Etat et l?establishment sucrier, ce dernier obtient l?abolition de la taxe de sortie, pour laquelle il s?est beaucoup battu.

Par ailleurs, pendant les deux ans qu?il est au pouvoir avant la débâcle de 1995, le régime de SAJ s?attelle à combattre

les nombreux tabous qui ont traditionnellement caractérisé l?industrie sucrière. La centralisation, par exemple, qui a toujours eu une charge émotive de part et d?autre, peut être évoquée avec moins d?arrière-pensées politiques.

Services financiers : modernisme économique

La création d?un secteur de services financiers dignes de ce nom est à mettre au crédit des différents gouvernements dirigés par Sir Anerood Jugnauth (SAJ). Les sources de capitaux et les prestations financières se sont diversifiées au fil des années avec la modernisation de l?économie. Si les banques commerciales demeurent les principaux pourvoyeurs de crédit, les institutions financières non bancaires ont pu acquérir des assises solides dans le marché.

Le choix de promouvoir les services financiers en tant que nouveau pilier de croissance marque un départ radical du modèle de développement tiers-mondiste. SAJ fait confiance aux initiatives libérales de ses ministres des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo (les années 80) et Rama Sithanen (la première moitié des années 90) pour mettre en place l?encadrement nécessaire.

En juillet 1989, la Bourse de Port-Louis commence ses opérations. Son objectif est de démocratiser l?actionnariat au sein de l?économie et de permettre aux groupes locaux de lever des capitaux. Le ?Stock Exchange Act?, voté en 1988, prevoit la mise en place d?une institution de régulation du marché boursier, la Stock Exchange Commission (SEM). Un marché secondaire de titres obligataires voit le jour à la Bourse en novembre 1990 avec la cotation des dettes de la défunte Mauritius Leasing Company.

L?année 1989 voit l?avènement de la toute première banque offshore à Maurice, la Barclays Offshore Banking Unit. C?est l?étape initiale vers la création d?un centre financier régional. Les efforts se structurent davantage en 1992 avec la promulgation du ?Mauritius Offshore Business Activities Act?, une loi pour réglementer les services offshore.

Le Budget 1991-92, présenté par SAJ, contient plusieurs mesures destinées au développement du marché financier. Des fonds, tels le National Mutual Fund et le Property Trust Fund, voient alors le jour. L?objectif est d?apporter une culture d?investissement à Maurice. La création du Sugar Investment Trust en 1994 donne plus de sens au capitalisme populaire. Les employés de l?industrie sucrière et les petits planteurs peuvent investir dans les sociétés sucrières.

Quand SAJ revient au pouvoir en 2000, c?est déjà le temps des grandes réformes financières. L?accent est mis sur la consolidation des régimes et des institutions de régulation et de supervision. La Financial Services Commission (FSC) est instituée pour chapeauter les opérateurs financiers non bancaires. Faire de Maurice une juridiction propre, crédible et de grande réputation devient une des principales priorités du gouvernement.Malgré toutes ces dispositions, SAJ et son équipe doivent gérer le méga-scandale MCB-NPF. Cela ravive l?ardeur des autorités à mettre bon ordre dans les milieux financiers et dans les entreprises locales.

La diversification économique sous Jugnauth, c?est aussi la création et le développement du port franc. Lancé au début des années 90, ce secteur effectue un long parcours. Port Louis s?impose comme centre de transbordement de la région.

Une économie fortement axée sur l?exportation des services (prestations financières, tourisme, services-conseil, port franc?) fait partie de l?héritage de SAJ. A son successeur d?ajouter à cette liste les technologies de l?information et de la communication en tant que moteur de croissance.

Stéphane Saminaden

Akilesh Roopun

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