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Quand le largen court vers nous

14 janvier 2005, 20:00

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Ce jour-là, il s?était mis en tête de gagner. D?arriver le premier dans la régate organisée à Bambous-Virieux. Pas de grasse matinée pour Sonalall Pargass, pêcheur de Grand-Sable, en ce Boxing Day. Autour de lui, les estomacs alourdis digèrent péniblement des repas trop arrosés. Les mouvements de Sonalall sont rendus souples par l?excitation. Un tuyau d?arrosage à la main, il asperge copieusement le One Hundred. Rien n?est trop beau pour ce bateau de course qu?il a pu s?offrir, en partie grâce à un cheval de course qui portait le même nom. «Dan samdi, nou fini travay boner.» Pourtant, Sonalall est tout d?abord réticent. Aux jeux de hasard, il n?a jamais eu beaucoup de chance.

Mais entre rester sur place à s?user les yeux en fixant le flux et le reflux de la mer, et s?offrir une bonne dose d?animation populaire, le choix est simple. En plus, ils sont persuasifs, les copains. «Zot dir moi vinn tent mo sans.» à mes charitables, ils se donnent la peine de partager leur technique avec Sonalall. «Zot dir moi veil bann outsiders.» Une fois la pirogue hissée et calée sur la terre ferme pour la nuit, Sonalall épluche le programme des courses du samedi. Il cherche les cotes qui ont de quoi faire rêver les plus optimistes. Les mises promettent Rs 8 000 ou Rs 10 000 pour Rs 100. Un samedi de canicule, Sonalall se lance. Il joue son va-tout sur One Hundred. Une minute et demie de suspense et le pêcheur se retrouve avec une «jolie somme empochée.»

<B>Le «pariaz» du 26 décembre</B>

Son ambition : «Fer enn bato pou al dan pariaz.» Les Rs 3 000 seront le premier versement pour donner vie à One Hundred. Quand il en parle, les yeux de Sonalall ne voient plus le goémon pourri qui s?entasse au gré des marées le long du littoral de Grand-Sable. Il ne voit plus l?imposant pied la ko kluch dont la moitié des racines pendent à l?air libre. Oeuvre conjuguée de l?érosion et de la montée graduelle du niveau de la mer, un banc en béton qui recevait jadis le postérieur des habitants de la région, gît renversé au pied de l?arbre. A quelques pas : un badamier dans le même état.

Convivial, Sonalall repense à ce qu?il faisait le 26 décembre dernier. A son «pariaz» de midi à Bambous-Virieux. Au moment où des officiers de la National Coast Guard lui ont dit, ainsi qu?à ses camarades que «radio ek televizion dir ena rademare ek ki bizin rentre.» Joignant le geste à la parole, Sonalall nous démontre comment,quand il se tenait au bord de l?eau, c?est-à-dire qu?elle lui léchait tout juste la cheville, il s?est retrouvé en l?espace d?un battement de cils, avec la mer qui lui est montée jusqu?aux cuisses.

«Lespass sekonn, dilo la fini monte.» Les mains posées sur la rambarde du petit espace aménagé de Grand-Sable, le crâne rasé luisant légèrement au soleil, Sonalall est catégorique. Non, il n?a pas eu peur. Inconscience ou excitation de la course ? Toujours est-il qu?aucune des pirogues de 20 pieds engagées dans la course n?a fait demi-tour. Le pêcheur hausse les épaules quand nous lui rappelons l?avertissement des gardes-côtes. «Nounn ressi fer pariaz la kant mem. Moi ki finn gagne.»

Confiant en One Hundred, champion tout blanc aux bordures orange, Sonalall avoue que sa témérité l?a quitté depuis. Un aveu confirmé par Constantin Rabay, lui aussi pêcheur: «Depi sa zour la boukou peser dan lendroi per pou sorti asoir.» Il observe ces touffes de «gomon la ena lansman.» Ces algues ont été déracinées du plancher de la mer par la violence de l?eau.

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