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Quand l?alphabétisation ouvre l?avenir

7 septembre 2007, 20:00

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La reconversion de Christiane Rambanne, 39 ans, en vendeuse de boulettes et de mines est toute récente. Elle date d?une quinzaine de jours. Depuis ce moment, on peut la trouver derrière le comptoir d?un tricycle rouge à la gare de Cité Vallijee, Port-Louis. Son expérience d?éleveuse de porcs n?est pas trop ancienne non plus. Elle remonte à décembre dernier. Mais Christiane s?acquitte de ses tâches avec la même détermination. Et d?elle, Josian Labonté, responsable du projet d?alphabétisation à Caritas Ile Maurice, dira qu?elle fait partie des histoires à succès de cette organisation non-gouvernementale.

Christiane, qui a grandi à La Gaulette jusqu?à 14 ans, n?avait à l?époque pas compris l?importance de l?école et des études. La première raison est que «nou ti res dans bwa e mo bann paran inn met mwa lekol tar. Setadir ki mo ti ena witan ler monn rant dan first». La seconde est que le fait de se savoir plus âgée que les autres écoliers lui ont fait développer des complexes. «Parski mo ti pli gran, mo ti santi mo pa ti bizin lekol. Mo ti kontan Environmental Studies ek kalkil me lir mo pa ti konn tro e ekrir mo ti zis konn mark mo non.»

Cela explique qu?elle n?a pas étudié au-delà de la Standard VI. Pour ramener des sous à la maison, Christiane prend un emploi de jeune fille au pair-baby-sitter qui l?oblige à quitter La Gaulette pour Port-Louis. «Mo papa ti touzour dir ki bizin frekant dimoun pli o ki nou pou nou aprann. Sa bann dimoun kot ki mo ti pe travay la, zot ti intelizan e kot zot, mo ti pe gaygn zournal e kapav debrouye dan lir» La mort de sa mère au retour des couches, l?oblige à regagner la maison familiale pour s?occuper de son petit frère qui n?a que 45 jours.

A partir de là, Christiane cumule les emplois. Elle se fait embaucher comme machiniste à Textile Ltd de Belle-Etoile où elle ne reste que huit mois car son père ne veut pas qu?elle fasse des heures supplémentaires. Son séjour comme machiniste chez Manupan est nettement plus long, soit sept ans. «Seki ti bon kot Manupan, seki pa ti oblize fer overtime.»

C?est dans cette usine qu?elle trouve son bonheur car elle y rencontre Michel qu?elle épouse. Elle lui donne deux enfants, Yannick, aujourd?hui âgé de 13 ans et Mélanie, 10 ans. Michel est chauffeur pour le compte d?une compagnie de construction.

La santé maladive de sa fille met momentanément un terme à sa vie de femme active. Lorsqu?elle est en mesure de reprendre le travail, elle déniche un emploi d?aide dans une pâtisserie de la capitale. Elle aime son travail qui consiste à mettre la main littéralement à la pâte et qui l?a fait saliver car elle est gourmande. Elle doit aussi compter brioches et autres cakes. Le seul hic, c?est qu?elle n?a pas d?heures fixes et la veille de célébrations importantes, le travail peut parfois s?étirer jusqu?à deux heures du matin.

Après un bref passage dans une usine de confection de maillots de bain qui préférait avoir affaire à la main-d??uvre étrangère «parski nou Morisyen ena zanfan malade nou bizin permisyon», Christiane prend de l?emploi comme cuisinière d?un marchand de boulettes qui emploie huit personnes. Elle rêve d?être à son compte mais n?ose pas se lancer car elle ignore dans quel secteur le faire. Et puis, le fait qu?elle soit analphabète la paralyse.

Sachant que Caritas Ile Maurice anime des cours d?alphabétisation à l?église de St.-Matthieu à la Tour Koenig, elle se renseigne et s?y rend. L?animatrice, Nicole Burzoo, lui réserve un accueil chaleureux et lui promet de la faire admettre dans le prochain groupe qui va démarrer les cours. C?est à la fin de janvier 2006 que Christiane commence ses cours d?alphabétisation qui durent normalement deux ans. Elle s?y rend deux fois la semaine, soit les lundi et jeudi entre 18 et 20 heures. Elle aime l?approche de Nicole Burzoo qui sait mettre ses «élèves» à l?aise. Cette dernière la dirige vers une association de femmes où elle côtoie de femmes petits entrepreneurs. Mais Christiane n?arrive toujours pas à se jeter à l?eau.

«Zordi mo kapav lir lagazet. Avan ler mo ti dan bis et ki enn dimoun akot mwa ti pe lir lagazet, mo ti pe get deor. Zordi, mo louk louke pou kone ki pase dan pei.»

Les dépenses familiales augmentant du fait qu?elle et son mari doivent s?acquitter des mensualités pour l?achat de leur appartement de la NHDC à la Tour Koenig, elle doit absolument trouver une autre occupation pour arrondir leurs fins de mois. D?où l?idée de faire de l?élevage de truies sur un lopin de terrain qu?ils vont louer à Albion.

Le faire requiert un capital conséquent. Pour y arriver, la quasi totalité de leur boni de fin d?année 2006 y passe. «Nou pa finn fer lane. Ti linz nef se zis zanfan kinn gaygne. Mo mari ek mwa non.» Ils ont réussi à acheter cinq truies qui mettront bas en novembre.

Deux jours sur trois et en matinée, son mari se rend à Albion pour nourrir les bêtes et nettoyer la porcherie. Le troisième jour, c?est elle qui s?y rend. Mais comme ils n?entreront pas dans leurs frais de sitôt, elle doit encore trouver de l?argent pour préparer le casse-croûte des enfants et se rendre au marché de légumes. Comme elle sait bien faire des boulettes, son neveu par alliance lui propose d?entrer dans ce business.

C?est la révélation qu?elle attendait pour se lancer. Ils mettent de l?argent ensemble et achètent le fameux tricycle rouge. Elle démarre sa petite entreprise à la gare de Cité Vallijee après s?être acquittée du permis nécessaire. L?argent qu?elle gagne lui permet de mieux s?occuper des siens.

Entre-temps, elle continue ses cours d?alphabétisation qu?elle prolongera de deux ans pour une meilleure maîtrise. Elle est formelle : ce cours lui a donné la volonté d?ouvrir son snack. «Linn donn mwa volonte ouver mo snak. Mo ena plis lasirans. Li pa enn letan perdi sa. Monn konn mie lir. Lor ekrir mo ankor inpe bloke. Ler mo anvi ekrir kitsoz, par examp sereal, mo komans ekrir mo la e dimoun ki ar mwa termin li.» Il n?y a pas que dans ses affaires que l?alphabétisation l?a aidée. Dans la vie courante aussi. «Zordi mo kapav lir lagazet. Avan ler mo ti dan bis et ki enn dimoun akot mwa ti pe lir lagazet, mo ti pe get deor. Zordi, mo louk louke pou kone ki pase dan pei. Ler mo dan legliz, ler zot distribye kopi sante, mo kapav suiv ek mo kapav suiv bann lapryer. Monn konpran ki kantite inportan li ete kan enn dimoun konn lir ek ekrir?»

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