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Quand la terre ne nourrit plus?

8 mars 2007, 00:00

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?Fer plantation dan Moris pe vinn tro dir.? Constat de Said Bundhoo, planteur de légumes à Solitude. Découragé et surtout, endetté, ce planteur de pommes d?amour, de piments et de calebasses a pratiquement tout perdu après le passage du cyclone Gamede. ?Aujourd?hui, je peux dire que 90% de ma plantation est abîmée?, explique-t-il.

Avec la période de sécheresse, la situation de Said Bundhoo était déjà difficile, et au moment où il reprenait espoir, Gamede est venu saccager ses champs. ?L?été, une plantation rapporte six à sept tonnes de pommes d?amour par arpent normalement. Là, je ne suis pas sûr de pouvoir en tirer une tonne par arpent.?

Pour le moment, il n?ose même pas calculer ses pertes. ?De la préparation de la terre à la récolte, j?investis environ Rs 60 000. Je sais déjà que je ne vais pas rentrer dans mes frais.? Chez lui, les pommes d?amour récoltées il y a quelques jours commencent à pourrir. Il essaie tant bien que mal d?en sauver quelques-unes. Malgré leur aspect, ces pommes d?amour se retrouveront sur les marchés. ?Je n?aime pas vendre des produits de qualité aussi médiocre mais je n?ai pas le choix. Les consommateurs achèteront car il n?y en a pas d?autres et moi je dois vivre.?

Pas d?autres revenus

Planteur à plein temps, ses revenus font vivre toute la famille. ?C?est une entreprise familiale, nous n?avons pas d?autres revenus. C?est notre gagne-pain, à mon frère et à moi. Ma femme ne travaille pas, j?ai des leçons à payer pour les enfants. La situation est critique pour moi.?

Said Bundhoo ne sait plus comment s?en sortir car il a déjà fait un emprunt à la Development Bank of Mauritius (DBM). Pour replanter, il faut de l?argent et il n?en a pas. Sur ses terres, c?est un spectacle de désolation. Les plantes sont sans vie, les quelques pommes d?amour sont dans un piteux état. Faute de moyens, il essaie de sauver les plantes déjà en terre au lieu d?en replanter. ?Mo pe seye me mo pena bel lespwar?, dit-il, pessimiste.

Hassen Auleear, ami de Said Bundhoo et planteur aussi, est quant à lui, remonté contre les institutions. ?Je ne comprends pas pourquoi personne ne fait rien pour nous. En voyant les prix des légumes, les consommateurs se disent que les planteurs s?enrichissent sur le dos des gens mais nous faisons des pertes conséquentes. Un planteur, au moment de la récolte, a pour priorité de recouvrer son investissement de départ et non pas de faire des profits.?

Il se demande aussi pourquoi le gouvernement ne fait pas de différence entre les planteurs à plein temps et ceux qui le font à mi-temps. ?Comment expliquez-vous qu?un cadre dans une banque détienne une carte de planteur parce qu?il a un bout de terrain où il cultive de la canne ? Il demande de l?aide comme nous qui n?avons pas d?autres revenus.?

Il ne peut se recycler

En attendant que le gouvernement se décide à l?aider, Said Bundhoo se débrouille comme il peut pour nourrir sa petite famille. ?Mo pran kredi la boutik, mo pe gete ki ti travay mo kapav fer.? Il serait même prêt, dit-il, à prendre un emploi à mi-temps tout en essayant de sauver sa plantation. ?Si le gouvernement veut vraiment nous aider, qu?il donne aux planteurs dans le besoin des emplois à mi-temps. Au moins, nous pourrions nourrir notre famille avec un revenu fixe chaque mois.?

Said Bundhoo se demande surtout comment faire s?il doit contracter un deuxième emprunt à la DBM car il n?arrive déjà plus à payer celui qu?il a déjà. A 41 ans, il a été planteur pendant 26 ans. Se recycler dans un autre domaine, il ne peut même pas y penser. ?Je veux bien prendre un emploi à mi-temps mais je ne peux concevoir ma vie sans la plantation. C?est un métier important pour le pays. Que vont faire les Mauriciens si nous arrêtons tous de cultiver la terre ? Combien de Mauriciens pourront s?acheter des légumes importés chaque jour ? La culture de légumes est un héritage, je dois continuer.?

En attendant, Said Bundhoo continue à travailler sur ses plantations chaque jour en espérant trouver une solution.

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