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Quand la MBC rafle les fréquences
En janvier 2007, la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) a touché un petit pactole en toute discrétion. Mais la station nationale n?a pas récupéré quelques millions de roupies ici ou là. Elle a plutôt raflé tranquillement une ressource âprement convoitée par toute chaîne de radio ou de télévision : des fréquences d?émission. Mais en a-t-elle seulement le droit ?
En début d?année, le contrat liant MC Vision et la MBC pour l?exploitation de deux chaînes analogues expire. Les derniers abonnés de Canal + passent alors sur le réseau numérique et la MBC récupère les deux canaux. Plus tard, lors d?une apparition publique, le président de la MBC, Fareed Jangeerkhan, expli-que que la station nationale prévoit d?introduire une nouvelle grille de programmation afin d?exploiter ces deux nouveaux canaux.
Le président de la MBC affirmera sans réserves : « Nous avons déjà les fréquences depuis longtemps, de même que les deux canaux supplémentaires que nous cédions auparavant à MC Vision. Aujourd?hui, vu que tout passe au numérique, nous avons récupéré ces deux canaux-là. Il est donc tout à fait normal que ces chaînes reviennent de nouveau à la MBC. » Mais tous ne partagent pas cet avis et disent, à demi-mot, pouvoir expliquer l?attitude de la MBC.
Pendant longtemps la station nationale a, en effet, régné en maître sur les fréquences d?émission à Maurice. Jus-qu?à ce qu?avec le début des débats sur la libéralisation des ondes, on ne songe à mettre en place la Mauritius Telecommu-nication Authority (MTA). Que la MBC n?aura aucun mal à mater. En effet, comme elle est début 2000, le seul opérateur audiovisuel en place, elle dicte la gestion et l?octroi des fréquences du spectre hertzien.
<B>Un simple acteur de la scène audiovisuelle</B>
Mais les choses vont s?accélérer. La défunte MTA cède la place à l?Informa-tion and Communication Technology Authority (ICTA). Et dans la foulée, la MBC n?est pas épargnée. La gestion de l?infrastructure et des logistiques de transmissions de la station est cédée à un nouvel organisme, la Multi Carrier (Mauritius) Limited. De plus, la libéralisation des ondes voit aussi la naissance de l?Inde-pendent Broadcasting Authority (IBA), qui s?occupe de l?octroi des licen-ces et de la supervision de la diffusion des différents opérateurs.
La MBC, on le comprend bien, n?est pas aussi libre qu?elle le laisse entendre. « L?ICTA s?occupe de l?octroi et de la gestion des fréquences, selon les conventions internationales et celles de l?Interna-tional Telecommunication Union », précise Trilock Dwarka, président de l?organisme régulateur. « Nous partons du principe agréé que le spectre appartient à l?État. Les opérateurs ont seulement le droit d?usage. Nous décidons de la disponibilité des fréquences et nous allouons celles-ci aux demandeurs. Après, c?est l?IBA qui se charge des permis d?opération », poursuit-il.
Prenant le relais, le directeur de l?IBA, Anil Surajbali explique que son organisme ne s?occupe que de l?octroi des permis d?opération, et que la MBC n?est qu?un opérateur comme un autre : « En tant qu?opérateur historique, la MBC bénéficie d?une exemption de dix ans, depuis 2000, selon l?IBA Act. Au-delà de cette période, la station nationale devra s?acquitter des frais d?environ Rs 8 millions par an pour tout le spectre qu?elle occupe. Les opérateurs privés, eux, paient Rs 1 million par an. » Ainsi, la MBC est aujourd?hui ré-duite à un simple acteur de la scène audiovisuelle, un opérateur s?occupant essentiellement de la programmation des canaux nationaux.
Mais malgré la présence de tous ces organismes, un flou persiste toutefois sur le devenir de ces deux chaînes libérées et la MBC se permet de les revendiquer, proposant même des projets ambitieux. « Dans un premier temps, nous voulons à tout prix lancer une chaîne de la connaissance puis, une autre consacrée essentiellement aux sports », explique Fareed Jangeerkhan. Et aujourd?hui on peut faire bien mieux que ça. Le développement technologique nous permet, en effet, de convertir ces deux chaînes analogues en douze chaînes numériques. »
<B>Se tailler la part du lion</B>
Il n?en demeure pas moins que les deux canaux libérés auraient dû être remis à l?État. Et ce, en attendant qu?un opérateur quelconque ? même la MBC ? manifeste son intérêt auprès de l?ICTA pour les exploiter. Car depuis la libéralisation des ondes, la place a été faite pour la présence de nouveaux acteurs du privé. Mais malheureusement, vu l?investissement massif que cela implique, Anil Surajbali avoue que personne ne semble manifester d?intérêt pour la mise en place d?une chaîne de télévision privée.
Chose que confirme Frank Challier, directeur de MC Vision. Face à ces questions, il déclare simplement ne pas vouloir commenter la revendication des deux canaux analogues par la MBC, tout en ajoutant que « nous n?avons aucun projet de chaîne locale privée à Maurice. Ce n?est pas notre métier ». Si la distribution semble plus facile et rentable pour ces autres acteurs de la scène audiovisuelle, c?est surtout à cause des coûts de production que la programmation d?une chaîne implique (voir hors-texte).
Et pas question de partenariat avec la MBC, car celle-ci protège farouchement son territoire, comme le démontre Fareed Jangeerkhan commentant les projets d?un opérateur privé.
« Je ne vois pas la MBC travailler avec Lon-don Satellite Systems, par exemple. Nous sommes une station publique et eux, une entreprise privée. Ce n?est pas possible. Nous avons notre propre statut et nous opérons différemment », a-t-il affirmé.
Face à une telle résistance, il est évident que personne n?est intéressé par l?exploitation des deux chaînes analogues que la MBC est ravie de s?approprier, violant par la même occasion les procédures d?usage.
Mais c?est peut-être là quelque chose qui sera appelé à changer. Car dans trois ans, après l?exemption de la MBC, les frais de la redevance télé se verront sans doute rehaussés drastiquement. Mais comme dans le monde de la télécommunication, il faut attendre l?arrivée des opérateurs privés pour une amélioration du rapport qualité-prix. Et en attendant une compétition éventuelle, la MBC demeurera en position de se tailler la part du lion.
<B> Amrish BUCKTOWARSING</B>
<B>Faire de la télé coûte cher</B>
Si les deux canaux terrestres ne trouvent pas preneurs parmi les opérateurs privés, c?est surtout à cause de l?investissement colossal que leur exploitation requiert. Outre les infrastructures et la logistique énormes dans lesquelles il faut investir, il y a aussi le coût de la programmation. Ainsi, pour la MBC, en dehors des Rs 10 à 12 millions qu?elle verse à la MCM pour les droits de transmission, la programmation occupe un budget plus considérable.
Et créer un programme, même localement, coûte excessivement cher. La production d?une émission d?une durée de 52 minutes revient ainsi, en moyenne, à Rs 200 000. Pour meubler la grille d?émissions pendant 24 heures, à la MBC on considère que six à sept heures d?émissions locales sont recommandées. Ce qui nécessiterait une dépense quotidienne de Rs 1,3 million ! Mais les Mauriciens ne sont pas seulement amateurs d?émissions locales.
Comme les productions de Bollywood et de Hollywood ont la cote dans le pays, on est bien obligé de proposer aux amateurs locaux des films à succès. Sans avoir recours à des subterfuges. Alors qu?autrefois la MBC « piquait » les films d?autres chaînes, aujourd?hui elle ne peut plus se permettre cela, car la diffusion est soumise à un cadre légal rigide. Ainsi, les droits d?exploitation d?un film hollywoodien sorti il y a trois ans reviennent à environ Rs 16 000 à Rs 20 000 pour un seul passage. Et toute nouvelle diffusion équivaut automatiquement à de nouveaux frais d?exploitation. Quant aux films bollywoodiens, dont les dernières nouveautés sont souvent accessibles sur la MBC quelques semaines après leur sortie en Inde, il faut compter entre Rs 60 000 et Rs 120 000.
À voir le déchaînement des passions quand la MBC omet de transmettre un derby important de la Premier League anglaise ou d?une phase de la Champions League, on comprend bien que la station nationale est obligée d?investir dans les droits de retransmission des matchs de foot. Ces droits coûtent entre Rs 1 million et Rs 5 millions. Toutefois, au fil des négociations, les prix chutent drastiquement à quelques jours de la rencontre. Et c?est à ce moment que la MBC intervient pour acheter les droits de transmissions, aux alentours de Rs 500 000. Mais une telle opération n?est pas forcément profitable, car le court délai ne permet pas d?avertir les annonceurs et la station ne bénéficie pas de la publicité nécessaire pour rentabiliser l?investissement. Dans d?autres cas, la MBC est bien obligée de déclarer forfait. En effet, les droits de retransmission pour certains matchs phares de la Champions League demeurent tellement onéreux que la station nationale doit y renoncer. Quitte à s?attirer les foudres des aficionados du foot !
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