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Quand la chirurgie entretient l?espoir
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Quand la chirurgie entretient l?espoir
Dans le salon d?Angélique*, la trentaine, des DVD contenant Les aventures de Tintin, Les 101 Dalmatiens ou encore Le Prince d?Egypte pourraient laisser penser que de jeunes enfants s?y évadent souvent au pays des rêves. Mais il n?en est rien. Cela fait huit ans en fait qu?elle est mariée à Barlen* et que le couple rêve d?avoir un enfant. Une longue attente que l?infertilité d?Angélique a rendue quelquefois désespérée.
Mais l?espoir n?a pas disparu pour autant. Mercredi dernier, Angélique s?est fait déboucher les trompes de Fallope. Une opération délicate qui aura duré une heure et demie et semé, dans l?attente cette fois, les graines d?une maternité jusqu?ici interdite. «Cela fait huit ans que nous sommes mariés. Ça a toujours été mon rêve d?avoir un enfant. C?est le rêve de toutes les femmes. Mais je n?y suis jamais arrivé. En mon état actuel, j?ai 0 chance sur 10 d?avoir un enfant», confie Angélique, deux jours avant la délicate intervention qui devrait lui ouvrir, enfin, les portes de la maternité.
Dès le début, ajoute-t-elle, son mari et elle ont compris «qu?il y avait un problème». «J?ai suivi les conseils des médecins. Je me suis rendue dans des cliniques réputées. Certains médecins nous ont induits en erreur. Au tout début, un médecin réputé m?avait diagnostiqué une maladie extrêmement rare, l?endométriose. Il m?avait proposé d?effectuer une laparoscopie dès la première visite et encouragée à tenter la fertilisation in vitro. Le coût était élevé et se situait entre Rs 200 000 et Rs 250 000. C?était horriblement cher et les chances de réussite n?étaient que de 25%», se souvient Angélique. Il n?y eut donc pas de laparoscopie (voir encadré).
Elle était découragée. Son mari qui désirait tout autant qu?elle accueillir leur enfant. «Un enfant soude un couple, cela permet à un mari et une femme d?établir une relation dans le concret. L?enfant, c?est l?unité en construction. Chaque attitude, chaque comportement a un rapport avec l?enfant», affirme Barlen. Angélique se tourne alors vers un autre médecin. Echographies, examen de glaire cervicale et finalement un test effectué dans le privé (NdlR: hystérosalpingogramme ?HSG) révèle que la trompe de Fallope droite d?Angélique est bouchée.
Le médecin opte pour un traitement à base d?hormones sous forme d?injections. Il avoue franchement qu?il ne peut tenter d?intervention chirurgicale. Angélique essaiera à nouveau l?insémination artificielle mais le traitement ne donnera aucun résultat.
L?insémination artificielle est effectivement un procédé dont les résultats ne sont pas garantis à 100 %. Par ailleurs, le contexte local n?est pas forcément propice à l?insémination dans la mesure où il manque une infrastructure type banque du sperme pour pallier l?infertilité masculine.
C?est ce que fait ressortir un gynécologue, le Dr Ah Fat Wong Ten Yuen. «Il y a deux types d?insémination artificielle. Le premier utilise le sperme du conjoint, le deuxième celui d?un donneur. Si la cause de l?infertilité est l?azoospermie, c?est-à-dire qu?il n?y a pas de sperme du tout, on a recours alors à un donneur. Dans les grands centres, il y a ce qu?on appelle une banque de sperme. Cela n?existe pas à Maurice. On prend alors le sperme d?une personne qui ressemble plus ou moins au conjoint et on l?injecte dans l?utérus de la femme. Ici à Maurice, je travaille avec le Dr Mario Ng, à la Clinique Saint-Esprit. Nous pratiquons l?insémination artificielle avec le sperme du conjoint.»
Dans certains cas, celui-ci fait subir préalablement au sperme un traitement connu comme le Percoll qui améliore sa morphologie ou sa motilité (aptitude à effectuer des mouvements spontanés ou réactionnels). «A l?issue de ce traitement a lieu l?insémination. Nous prenons les spermatozoïdes présentant la meilleure motilité et les injectons à travers le col dans la cavité utérine», précise le Dr Ah Fat Wong Ten Yuen.
Compte tenu de ces difficultés, Barlen et Angélique «baissent les bras» pendant quelque temps. Les traitements effectués avaient été des échecs. Et des échecs coûteux puisque chaque piqûre à base d?hormones, à raison de trois par mois, s?élevait à Rs 2 600. Quant à l?insémination artificielle, cela revenait à Rs 2 500 - Rs 3 500 par tentative. En sus des honoraires du médecin.
Cette longue épreuve a fragilisé le couple. La série de traitements contre l?infertilité prend du temps. Parce que les traitements ne donnaient pas de résultats probants, Angélique et Barlen avaient songé un temps à l?adoption, idée vite abandonnée car ne répondant pas aux attentes de Barlen. La vie de couple, mais aussi la psychologie de chacun des conjoints pâtit de l?épreuve de l?infertilité.
Il arrive parfois que des patientes aient besoin d?un suivi psychologique. «Il y a des troubles psychologiques qui sont à la base de l?infertilité, par exemple le stress. À l?inverse, une longue période d?infertilité peut aussi engendrer des troubles psychologiques», observe le médecin. Par ailleurs, le recours à la fécondation in vitro s?avère «un traitement lourd» qui peut aussi nécessiter un suivi psychologique.
<I>«Il y a des troubles psychologiques qui sont à la base de l?infertilité, par exemple le stress. À l?inverse, une longue période d?infertilité peut aussi engendrer des troubles psychologiques»</I>
Il y a cinq mois, Angélique reprend finalement espoir après une laparoscopie effectuée à l?hôpital qui révèle que ses deux trompes de Fallope sont bouchées et la présence de kystes. «J?ai été informée par mon gynécologue que les équipements de l?hôpital ne sont pas assez sophistiqués pour diagnostiquer et traiter les trompes en même temps», se souvient-elle. Pour détecter et traiter l?infertilité, des équipements spécifiques sont nécessaires. Equipements que l?on ne retrouve pas dans tous les hôpitaux. De fait, traiter l?infertilité nécessite un investissement financier important.
Avec le soutien de Barlen et malgré les réticences de sa famille, elle décide de subir une nouvelle opération, mais dans le privé, consciente que c?est une intervention à risques, des organes en bonne santé pouvant être endommagés. Elle a eu lieu le 24 septembre et a permis de lui déboucher les trompes de Fallope. L?opération a duré une heure et demie. «Grâce à la laparoscopie, le médecin n?a pas eu à m?ouvrir le ventre. Il a réalisé cinq interventions dont l?enlèvement d?un kyste d?un ovaire, l?enlèvement d?un petit fibrome et le déblocage d?une trompe de Fallope», précise Angélique.
Ses chances d?avoir un enfant sont désormais de 6 sur 10. Elle porte un autre regard sur sa vie de femme, de future mère aussi, avec une joie mêlée d?une appréhension indescriptible. « Je vis quelque chose de nouveau. J?ai la possibilité de tomber enceinte. C?est un sentiment que je découvre, que j?apprends.»
Après huit ans d?attente, Angélique vit un moment exaltant de son existence.
*Les prénoms Angélique et Barlen ont été modifiés.
La stérilité féminine n?est plus une fatalité
Grâce aux progrès de la médecine, l?infertilité n?est pas plus une fatalité. Elle peut résulter d?une absence ou d?un trouble de l?ovulation, dû à un mauvais fonctionnement des ovaires. Elle peut être causée aussi par une altération ou par une obstruction des trompes de Fallope, suite à une intervention chirurgicale ou à une infection. Un problème au niveau de la glaire cervicale peut aussi empêcher la fécondation en devenant imperméable aux spermatozoïdes, et en bloquant donc leur passage.
Enfin, une anomalie utérine, telle une malformation ou une anomalie au niveau de la muqueuse rendant impossible la nidation, ou encore les séquelles d?une infection, peuvent aussi être responsables de la stérilité. Pour vérifier s?il y a infertilité, le médecin demande en premier lieu au couple d?établir une courbe de température sur plusieurs cycles, afin de vérifier s?il y a ovulation. La femme est ensuite examinée par un gynécologue qui pratiquera toute une série d?examens, avec entre autres un toucher vaginal et un frottis. La glaire cervicale est aussi observée pour vérifier sa qualité.
Enfin, des échographies afin d?observer le bon état des organes reproducteurs sont réalisées. Les solutions sont multiples. S?il s?agit d?un trouble de l?ovulation, le médecin peut avoir recours à une stimulation par un traitement hormonal, qui «réveillera» les ovaires. Bien que peu courant en France, le recours au don d?ovocytes constitue aussi une solution. Si ce sont les trompes qui posent problème, une intervention chirurgicale peut être réalisée pour les déboucher ou les reconstituer, afin de permettre à l?ovule de passer.
Si cela est impossible ou inefficace, alors la seule solution reste la fécondation in vitro, c?est-à-dire la fécondation en laboratoire de l?ovule par les spermatozoïdes de son compagnon, avant de replacer l?embryon ainsi obtenu dans l?utérus de la femme. Si la stérilité est liée à une anomalie de la glaire cervicale, alors l?insémination artificielle, c?est à dire l?insémination des spermatozoïdes directement dans l?utérus,ou la fécondation in vitro peuvent être réalisées. Enfin, si l?utérus est à l?origine de l?infertilité, la chirurgie pour remédier aux malformations et la fécondation in vitro sont des solutions. Source: enceinte.com
La laparoscopie
■ La laparoscopie consiste à visualiser l?intérieur de l?abdomen, les ovaires, les trompes et l?utérus en utilisant un laparoscope. Il ressemble à un mini-télescope en fibre optique.
Il est à peu près de la même longueur mais deux fois plus long qu?un gros crayon. Un manipulateur utérin est introduit, avant l?intervention, au niveau du vagin, pour mobiliser l?utérus. Du gaz carbonique est introduit au niveau de l?abdomen, à travers une aiguille spéciale. Il sert à soulever les parois de l?abdomen protège les organes abdominaux lors de l?insertion des instruments et permet aux chirurgiens et à leurs assistants de visualiser les organes reproducteurs durant la laparoscopie. Ce gaz est retiré à la fin de l?intervention. (Hôpital du Sacré-Coeur Montréal.)
Les trompes de Fallope
■ Ce sont les deux conduits qui partent de l?utérus et aboutissent près des ovaires dans la cavité abdominale. Elles sont destinées à accueillir la rencontre entre les spermatozoïdes et l?ovocyte. Ces trompes sont recouvertes d?une muqueuse tapissée de cils facilitant la progression des gamètes (ovocyte et spermatozoïdes). Ces trompes, très fragiles, risquent de se «boucher» en cas d?infection (salpingite), ou de se rompre lors d?un examen médical comme l?hystérosalpintographie. Une fois bouchées on peut tenter une intervention chirurgicale pour les «déboucher», mais, bien souvent, il faut recourir à la fécondation in vitro. Une fois rompue la trompe se cicatrise naturellement, mais il restera toujours une petite douleur lors de l?ovulation, et une gêne pour l?ovocyte.
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