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Quand l’État s’empêtre dans les ordures

4 avril 2007, 00:00

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400 000 tonnes d’ordures municipales à traiter. 100 000 tonnes de plus dans quelques années encore. Comment s’en débarrasser ? Les autorités ont actuellement le choix entre quatre projets, conçus autour de deux options technologiques, à savoir, l’incinération et le recyclage. Quels critères emploieront-elles pour trancher ?

Le problème est qu’il n’existe aucune politique établie et bien articulée en matière de gestion de déchets pour guider le gouvernement dans ses choix. Il y a bien eu les conclusions de l’étude commandée en 2005 au consultant danois Carl Bro, le même qui a travaillé sur le projet de Gamma Energy Ltd. Cependant, aucun plan, aucun livre blanc n’a suivi.

Carl Bro recommande de passer éventuellement à l’incinération des déchets municipaux. Mais au début de l’année dernière, le Conseil des ministres décidait de poursuivre l’agrandissement de Mare-Chicose en un “méga dépotoir” pouvant durer plus de trente ans encore. En même temps, le ministère des Administrations régionales dit privilégier le recyclage.

Difficile de voir clair dans ce que le gouvernement veut vraiment. Très facile, en revanche, pour le pouvoir en place de se laisser séduire par les propositions commerciales des entrepreneurs en l’absence d’une politique nationale. Quand on ne sait pas au départ où on veut aller, on risque d’arriver à la mauvaise destination, prévient le proverbe japonais. Dans ce cas précis, le pays peut devenir demain la victime d’un mauvais choix fait aujourd’hui.

Le pire est que Maurice ne dispose ni des structures ni des compétences pointues requises pour arbitrer parmi ces entrepreneurs qui viennent de l’avant avec des offres technologiques très avancées. Le pays n’a pas non plus les moyens techniques pour assurer après que le promoteur respecte ses engagements par rapport à l’environnement.

“L’entrepreneur doit-il être sacrifié à l’autel de l’incapacité structurelle et technique du pouvoir ?” argue Indira Pochun, un des porte-parole de Gamma Energy Ltd. Non. Mais alors, le citoyen non plus.

■ <B>Incinération : le feu de la concurrence</B>

Quand il est question d’incinérer les déchets municipaux, le projet de Gamma-Covanta s’impose à l’esprit. Et pour cause, depuis quelques mois, ce partenariat américano-mauricien communique agressivement sur son projet. Cela n’est pas dire que son entreprise est l’unique du genre proposée aux Mauriciens.

La Constructions industrielles de la Méditerranée (CNIM) concurrence Gamma-Covanta sur ce front. “CNIM fait l’offre la moins chère et technologiquement la plus performante”, soutient le porte-parole de la société française à Maurice, Me Zakir Mohamed.

CNIM affirme détenir l’exclusivité de la technologie allemande Martin, référence mondiale en matière d’incinération d’ordures municipales. Et elle entend défendre cette carte maîtresse à tout prix. Elle n’a pas passé sous silence une récente allusion faite dans la presse par Gamma-Covanta à l’effet qu’elle disposera aussi de la technologie Martin.

Il appartiendra aux autorités compétentes de décider du mérite de l’un ou l’autre projet du point de vue technique et technologique. Cette considération vaut son pesant d’or car, dans la conscience populaire, incinération de déchets municipaux est encore synonyme de pollution grave.

En attendant, nous proposons aux lecteurs quelques indices qui devraient leur permettre de comparer les deux projets du point de vue des avantages qui échoiront au pays. Encore qu’on semble être loin d’un réel face-à-face entre les deux promoteurs. Si tant est qu’il ait lieu.

Le Board of Investment affirme qu’aucun autre projet d’incinérateur de déchets n’a été soumis à son étude. Le porte-parole de la CNIM soutient le contraire. Le partenariat Gamma-Covanta, lui, a déjà reçu un accord de principe de la part des autorités. Il est actuellement au stade des études techniques. Il a déjà soumis l’étude de l’impact du projet sur l’environnement aux autorités concernées.

Le public est d’ailleurs invité à participer au débat. Et il ne se prive pas de l’occasion. Les habitants de Roche-Brunes et des quartiers avoisinants qui devront cohabiter avec l’incinérateur, se font le plus entendre. Leur principal porte-parole est Iqbal Bhugun, docteur en chimie qui décode et interprète les informations techniques contenues dans le rapport sur l’impact de l’incinérateur sur l’environnement.

Les deux promoteurs proposent d’incinérer jusqu’à 75 % du volume d’ordures municipaux produits par le pays. Ils entendent se faire payer pour ce service. Ils réclament pour cela un tipping fee qui est un tarif payable pour chaque tonne de déchets déversée dans la fosse d’incinération.

La participation de l’État ne s’arrête pas là. Le contribuable continuera à payer pour le ramassage et le transport des ordures. Le trajet sera toutefois différent. Plutôt que d’être déposés au centre d’enfouissement technique de Mare-Chicose, les déchets devront être acheminés jusqu’à l’incinérateur.

L’État devra aussi acheter au prestataire l’électricité fabriquée en guise de produit dérivé. Le prix d’achat est déterminé après négociation entre les deux partis et le contrat conclu avant l’entrée en opération de l’incinérateur. En d’autres termes, pas d’électricité, pas d’incinérateur.

Le côté positif de l’équation pour le pays est que la production d’électricité en brûlant des déchets municipaux réduit la dépendance sur le pétrole par jusqu’à 6 %. Selon Gamma-Covanta, cette économie peut être quantifiée à environ Rs 280 millions par an. Les ordures sont présentées comme une source renouvelable d’énergie. L’opérateur peut donc vendre ses crédits carbone.

Les offres de Gamma-Covanta et de CNIM doivent être comparées à la situation existante. L’opération du dépotoir de Mare-Chicose coûte actuellement un peu plus de Rs 100 millions. Il est estimé que l’État doit investir jusqu’à Rs 1 milliard au cours des prochaines années pour améliorer la capacité d’accueil du dépotoir en fonction de l’augmentation dans le volume d’ordures produit par le pays. (Voir tableau comparatif à g.)

■ <B>Recyclage : la valeur de la récupe </B>

Qu’adviendra-t-il des 100 000 tonnes de déchets non-incinérés ? Eh bien, il est proposé de les traiter et les recycler. Sur ce front, le projet de Solid Waste Recycling Ltd est celui qui a fait le plus de chemin. L’opérateur propose de réduire les déchets à l’état de compost à l’aide de bactéries. Mais là encore, il n’est pas le seul.

Atics, filiale du groupe Rogers, et son partenaire français Veolia, propose d’en faire autant et même plus. L’offre de Atics se décline en deux phases. La première consiste à composter les déchets verts, organiques. Le prestataire veut se faire payer pour ce service.

“Le compost ne peut pas être substitué aux engrais chimiques. Sa valeur marchande est donc négligeable. C’est irréalisable de penser pouvoir amortir son investissement en vendant le compost”, avance Raj Essoo, numéro deux d’Atics. Pourtant, c’est précisément sur la vente du compost que compte Solide Waste Recycling pour rentabiliser son projet.

Le deuxième volet du projet d’Atics est de trier et de compacter les déchets recyclables tels que le plastique, le carton et le papier contre paiement d’un frais de traitement par l’État. Les briques seront ensuite vendues aux entreprises locales et internationales engagées dans le recyclage. Atics opérera en partenariat avec KGTEX, entreprise du port franc déjà engagée dans ce commerce. (Voir tableau comparatif des coûts ci-dessous.)

Atics dit avoir présenté son projet au ministère des Administrations régionales en même temps que les trois autres promoteurs. Mais à ce jour, l’opérateur affirme n’avoir reçu aucun feed-back.

<B>James Burty David : “Rien n’est laissé au hasard.”</B>

“ll faut savoir valoriser les ordures avec les moyens technologiques actuellement disponibles. Nous comptons, à partir des ordures, produire de l’énergie, des fertilisants et des produits recyclables, pour ainsi réduire la pollution. De plus, la vente des “carbon credits” est aussi envisagée.

Le traitement des déchets a une dimension sociale et environnementale qu’on ne doit pas ignorer. Ce sont les meilleures pratiques internationales dans le respect scrupuleux des critères environnementaux qui guident notre politique de gestion des déchets. Rien n’est laissé au hasard. Toutes les implications sont analysées au ministère afin de tirer le maximum d’avantages des déchets ménagers et industriels.”

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