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Quand des citoyens disent non !

30 mai 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pollution, érosion, destruction, décrépitude? les effets d?un développement trop intense et rapide mettent en danger notre patrimoine. L?épisode Alcodis à Rose-Belle, les problèmes d?odeurs à Mare-Chicose à cause du centre d?enfouissement de déchets, les protestations contre les projets hôteliers ayant des conséquences sur les écosystèmes marins et les activités locales de la pêche ou encore de la lutte menée contre la construction d?une autoroute dans la Vallée de Ferney sont toujours présents dans les esprits. Pourtant, ces projets visent le développement de l?île, mais un développement pour lequel certains craignent qu?on ne paye le prix fort !

Notre île est un héritage qui nous a été transmis, un écosystème fragile où l?homme est venu changer les données depuis maintenant un peu plus de 400 ans. La forêt initiale a pratiquement disparu, laissant place à la culture de la canne et l?urbanisation a changé le paysage de l?île également. Mais ces modifications de l?espace se sont sensiblement accélérées ces dernières décennies de par un développement rapide, voulant amener toujours plus de profits et de confort aux uns, au détriment des autres ou de l?environnement.

Quand on sait que le gouvernement veut atteindre les deux millions de touristes par an et que 30 nouveaux projets hôteliers sont déjà en cours ou acceptés, il y a de quoi se demander ce que sera le futur de Maurice. Une urbanisation croissante, la destruction des vieilles demeures en bois remplacées par du béton, les hôtels qui poussent comme des champignons? Notre nature disparaît, laissant derrière elle un profond déséquilibre dans notre environnement. Des pans de notre patrimoine, tels que les salines devenues si rares dans l?île ou les kaz kreol disparaissent, et avec eux les connaissances et techniques qui ont pu être transmises et conservées de génération en génération jusqu?à aujourd?hui.

Pour plus de transparence dans l?octroi des permis

Développement à outrance, sans demi-mesure, mais qui n?est pourtant pas non plus inévitable, les alternatives existent et font partie de ces choix de modèles de société que doivent faire les citoyens et les politiques. Il est primordial d?aborder le développement intégré et durable. Le prix du développement, ce sont les gens de la localité qui le payent et si les effets s?en font déjà ressentir, on peut s?attendre à en avoir davantage dans le futur.

Mais a-t-on le droit de laisser une telle île à nos enfants ? Des développements alternatifs, qui permettent un développement économique, social et culturel tout en respectant notre patrimoine existent. Il n?est pas impossible de concilier développement et respect du patrimoine. Mais pour cela, la société civile doit être consultée avant d?entreprendre un projet de développement.

De plus, revoir le système d?Environment Impact Assessment (EIA), qui mesure, supposément, l?impact du développement sur l?environnement, semble également primordial selon les différents groupements rencontrés. Une meilleure accessibilité des rapports EIA devrait être envisagée afin que tout un chacun puisse les consulter. Ces rapports pourront ainsi faire l?objet de discussions, privilégiant ainsi la transparence dans l?octroi des autorisations à ces projets par les autorités.

Les citoyens ont besoin de savoir quel est le sort réservé à leur île, d?ailleurs nombreux sont ceux qui se regroupent pour montrer leur désaccord avec des projets de développement. Demandant tantôt l?arrêt ou la modification du projet, tantôt réparation, ils étudient de leur côté le projet proposé et les impacts qu?il risque d?avoir tant au niveau humain qu?environnemental. Voyant venir de nouveaux projets de développement, ils agissent tel des garde-fous afin de préserver notre patrimoine, du moins ce qu?il en reste et que nous puissions léguer à notre tour une île héritée des générations passées.

?RASSEMBLER DES INTELLECTUELS POUR LA CONSTRUCTION D?UNE SOCIETE NOUVELLE?

■ Le dimanche 20 mai dernier, Jack Bizlall a rassemblé des représentants de différents groupements luttant chacun de leur côté pour la défense du patrimoine, autour d?un projet de création d?un Conseil national du patrimoine.

Face au constat qu?il existe une agression globale de l?environnement, Jack Bizlall a commencé à penser à l?importance et l?urgence de mettre en avant une plate-forme permettant de rassembler les différents groupements luttant chacun pour une parcelle de ce patrimoine subissant une agression presque totale. Et c?est le terme héritage dans lequel il inclut le terme patrimoine qui est ressorti? ?Héritage qui subit une agression capitalistique, un abandon de la part de l?État et une sur utilisation populaire?, selon Jack Bizlall.

Par héritage, il faut comprendre les terres, les plages, la mer, l?air, mais aussi le patrimoine historique et culturel. Soit cet héritage que nous ont légué nos ancêtres, ce que les générations passées ont construit, ainsi que les modes de production, les techniques.

Selon Jack Bizlall, ?Ce conseil national vient répondre aux attaques envers notre patrimoine, qui est exploité pour le profit de notre société.? Alors que la protection de notre environnement est primordiale, ?au nom du développement, on impose des modifications à l?environnement, des privatisations, des accès réservés? selon lui.

Et mis à part les actes des promoteurs qui exploitent par la destruction, Jack Bizlall souligne également le ?non engagement de l?État en tant que conservateur de cet héritage?. Et à cela, s?ajoute une attaque de cet héritage par la population qui ?n?a pas de déontologie, de manière de faire, de respect. Il y a même destruction, utilisation incontrôlée, pillage?? explique Jack Bizlall. Il souligne également un manque d?accessibilité à cet héritage et un manque de transparence. ?Notre héritage peut être vendu, liquidé comme ça, sans qu?on le sache??

Mettre de l?ordre dans tout ça, ces combats que chacun mène séparément, voilà où le conseil national interviendra. ?Veiller à ce que cet héritage soit bien conservé, transmis, utilisé, accessible?, selon Jack Bizllal. Et celui-ci souligne également qu?un engagement citoyen doit être pris, ce qu?il espère construire à travers ce conseil national. ?Si je peux rassembler des intellectuels, jeunes et moins jeunes, dans un projet de cette envergure, alors ça jettera les bases pour la construction d?une société nouvelle, autre que celle dans laquelle nous vivons, avec des gens capables, déterminés pour la construire.?

LES DECHETS POSENT PROBLEME : LA PLATE-FORME ANTI-POLLUTION EST LA

Cette plate-forme rassemble des habitants de Mont-Roches, Roches-Brunes, Gros Cailloux, Camp Levieux, Beau-Bassin, Rose-Hill ou encore Bambous. Elle est née en réaction au projet d?incinérateur de déchets pour la production d?électricité développée par Gamma Energy à La Chaumière. Le projet prévoit une cheminée de 90 mètres de haut, soit l?équivalent d?un bâtiment de 30 étages. ?Pour nos enfants, nos familles, l?environnement est important, voilà notre combat?, explique Hedley Pallany, membre de la PAP. La plate-forme s?inquiète des conséquences qu?aura l?incinération de déchets, non seulement sur la santé des habitants de la région par l?émission des fumées contenant des toxines rejetées dans l?air, mais également sur les plantations et l?élevage.

?Est-ce qu?on va encore consommer ce qui provient de La Chaumière ?? se demande un membre de l?Union solidarité des morcellements d?Albion et du groupe PAP. De plus, le Club Med va être à deux km à peine de La Chaumière. ?Est-ce que çela ne va pas effrayer les touristes ?? se demande un membre de l?Union solidarité des morcellements d?Albion et du groupe PAP.

Alors que Greenpeace, qui soutient l?action de la PAP, prône une politique préconisant l?arrêt des incinérateurs dans le monde, Maurice veut développer ce moyen de production d?énergie. Mais pour la PAP, l?incinérateur n?a pas sa place à Maurice.

La PAP mène un combat important, voyant déjà les conséquences de la contamination sur toute l?économie mauricienne à travers la chaîne alimentaire au niveau national, mais également à travers le sucre au niveau international. ?Pourquoi veut-on installer quelque chose d?aussi toxique près des résidences et des éleveurs ?? s?insurge Hedley Pallany.

Gamma Energy a remis son ?Environmental Impact Assessment? (EIA), dans lequel il fait état que les toxines émises dans l?air ne seront pas au-dessus du seuil autorisé. Cependant la PAP souligne les failles de ce rapport dans une contre-expertise qui a été soumise au ministère de l?Environnement. Un membre de la PAP souligne les manques du rapport EIA remis par Gamma Energy, ainsi que la désinvolture de ces rapports : ?C?est du n?importe quoi ! Dans ce rapport, ils font comme s?il n?y avait aucun problème auquel ils pourraient être confrontés et les autorités acceptent cela. Ils ne font pas de contre-rapport, c?est aberrant !?

Avant d?aller vers l?incinération, un système de tri sélectif des déchets semble primordial afin de recycler ce qui peut l?être et traiter de manière spécifique les matériaux qui peuvent être toxiques tels que le mercure.

QUID DES HOTELS CHAMPIGNONS ?

Le tourisme et l?hôtellerie, piliers de notre économie, se développent sans cesse et à une vitesse fulgurante, mais malheureusement bien souvent au détriment des habitants de la localité ou des pêcheurs. Bulldozers dans la mer pour creuser le lagon, construction d?une barrière de corail artificielle en roches volcaniques, limitation de l?accès aux plages, les conséquences de l?implantation d?un grand hôtel sont nombreuses.

De nombreux groupements se sont formés et des voix se sont élevées. C?est le cas par exemple de Solidarité anti-pollution ouest (Sapo), un groupement essentiellement de pêcheurs de l?Ouest, visant à sensibiliser les citoyens de la région aux problèmes de pollution. Aujourd?hui, Sapo a rejoint la Platform patriotik pou sov Le Morne regroupant au niveau national diverses associations depuis près d?un an. En effet, l?issue du Morne est une des préoccupations de ce groupement, mais pas uniquement car celui-ci s?intéresse et milite également contre le développement hôtelier à Wolmar ou à l?île aux Bénitiers qui ne respecte pas le lagon ou encore au développement du barachois de Tamarin causant un déséquilibre de l?écosystème. ?Zot inn konble, mett ros, terin golf koste ar baraswa, zot inn defrise. Ena sousouri kinn perdi zot labita? Fonksyon baraswa la li inportan. Li kouma enn filtraz, bizin gard so biodiversite?, explique Karl Lamarque, membre de Sapo.

Pour Licman Aunand, membre du syndicat des pêcheurs de Maurice et de Sapo, ?lenvironman pe detrir. Ena lezot fason fer ki pa pou poz problem, plito ki donn foss rapor pou gaign permi !? Un problème central que fait également ressortir Karl Lamarque concerne les ?Environmental Impact Assessment?, qui paraissent être faussés dans le but d?obtenir les autorisations nécessaires de l?État. ?Ils falsifient les choses et le gouvernement ne fait pas de contre-expertise ! Bizin verifie rapor coresponn avek lie la ! Gouvernement ti sipoze mett task fors pour analyz proze la.

Sapo, nou nou fer bann kont ekspertiz, nou proteste? parfwa zot pa pran kont, me ena fwa, kouma lil o benitie, proze la li anile. Me li difisil pou nou reziste; Nou azir e ene limit. Li ser pou nou pran exper. Gouvernman ti kav fer li me li pena ase bonn foi !? expose Karl Lamarque.

Licman Aunand fait lui ressortir que le développement touristique met de côté les Mauriciens. ?Developman touristik dan Moris li importan me fode ki nou santi nou dan nou pei. De Bel-Ombre a Wolmar, pena passaz pou Morisyen, pena akse laplaz. Zot rod met 100 % lotel. Nou ena resours, fode pa detrir li antie.? Les plages disparaissent et avec elles les traditions telles que le séga traditionnellement joué et dansé sur les plages lors de pique-niques familiaux.

Au niveau du Morne, Sapo, qui lutte depuis longtemps pour sa sauvegarde, a rejoint la Platform patriotik pou sov Le Morne. Pas satisfaite de la situation actuelle, la plate-forme a remis un rapport suite aux consultations publiques du ?Management Plan? par le Morne Heritage Trust Fund. Celui-ci met en avant le manque de volonté et d?action de la part du gouvernement pour la prise de mesures afin de conserver le Morne et sa biodiversité afin qu?il puisse être inscrit au rang de patrimoine mondial par l?Unesco. Il souligne le problème de propriété des terres et d?accès à celles-ci.

?Si ena kontestasyon, sa pou blok inskription la?, craint Karl Lamarque.

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