Publicité

Quand Bohringer déclame

28 mars 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

IL EST VENU. Il a déclamé. Il est parti.

Ce soir, le public n?est pas nombreux au rendez-vous. Tant pis, l?ambiance ne sera pas enflammée comme au parc de la Villette. Cela joue certainement sur son moral. Certains le sentent. Mais ce n?est pas bien grave. Il est venu ; il va déclamer.

Et le voilà qui casse sa voix, qui récite avec candeur et qui fredonne. Et le voilà qui bondit et sautille pieds nus sur les planches du théâtre, tel un cavalier fulgurant, chevauchant à travers la savane africaine à la recherche de sa ?mamie?. Et le voilà encore qui swingue, qui entre en transe et qui gueule avec sa voix rauque, éraillée, ajustée tantôt sur les notes du blues west coast, du funk ou encore de la musique latine.

Pendant une heure et demie, Richard Bohringer, l?acteur-auteur-clameur, et la troupe ?Aventures?, rencontrée au hasard de ses errances nocturnes ? qui a trois ans aujourd?hui et à laquelle s?est joint pour l?occasion le guitariste mauricien Neshen Teeroovengadum sous les applaudissements du public ? se sont donnés à fond, à c?ur joie et sans entracte. ?C?est beau une ville la nuit?, une déclinaison de son roman à succès. Tel est le titre du spectacle donné au Théâtre du Plaza, vendredi dernier, présenté pour la première fois au festival d?Avignon 2001, en hommage à l?Afrique, sa terre d?élection, qui, en lui accordant la nationalité sénégalaise et en faisant de lui le ?griot blanc?, lui a donné sa deuxième naissance.

Les thèmes, tous tirés du vécu et puisés des deux livres qu?il a écrits, ne pouvaient qu?être variés : l?Afrique, les amis partis, les femmes, les errances, la boxe? Des rêves étoilés aux villes mortes, du soleil sanguinolent de l?Afrique à New York, le sentiment de l?artiste était à chaque fois de la même intensité, d?une même nostalgie persistante, épousant toujours le tempo libre de ses musiciens, pour dire combien il a aimé ?cette putain de vie à la gueule de chien?, tout en partageant son amour pour la musique.

Sans conteste, le voyage avec Bohringer, cet homme révolté mais attendrissant, cet amoureux fou des mots, est un voyage entre chants et poèmes, un voyage où musiques et textes ne font plus qu?un. Et ce soir-là, au Théâtre du Plaza, alors que dehors la ville était encore une fois belle sous le ciel étoilé ? eh oui, que c?est beau une ville la nuit ! ? le concert a encore une fois terminé avec la salle debout, applaudissant. Le public n?était pas nombreux. Ce n?était pas bien grave. Mais lui, le griot blanc, il est venu. Il a déclamé. Il est parti.

Publicité