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«Domestic Abuse Bill»

Violences intrafamiliales : Ces survivantes qui refusent désormais de se taire

10 juillet 2026, 11:00

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Violences intrafamiliales : Ces survivantes qui refusent désormais de se taire

Les récits de ces survivantes rappellent que derrière chaque statistique se cache une vie marquée par la peur, mais aussi par le courage de se reconstruire. © AFP

Présenté par la ministre de l’Égalité des genres et du bien-être de la famille, Arianne Navarre-Marie, comme une réforme majeure destinée à renforcer la lutte contre les violences domestiques, le «Domestic Abuse Bill», qui devrait être voté au Parlement aujourd’hui, suscite déjà de vives réactions. Si le gouvernement prône un arsenal juridique plus moderne pour protéger les victimes, des acteurs de terrain dénoncent un texte qu’ils jugent incomplet, déséquilibré. Témoignages…

Une gifle parce que le repas était légèrement brûlé. Une claque pour avoir oublié d’acheter la bouteille de rhum quotidienne. Un coup de pied au visage devant ses enfants. Derrière les portes closes, ces violences se répètent souvent dans un silence assourdissant. Elles laissent des cicatrices visibles, mais surtout invisibles. Alors que le Parlement s’apprête à débattre et finaliser le Domestic Abuse Bill, plusieurs survivantes ont accepté de raconter leur histoire. Des témoignages bouleversants qui rappellent l’urgence de mieux protéger les femmes et les enfants victimes de violences domestiques.

Anseline*, mère de deux enfants, a vécu pendant des années dans la peur. Les violences survenaient presque toujours à la tombée de la nuit. «Il montait le son de la radio pour étouffer le bruit des coups qu’il me donnait», confie-t-elle. Son corps portait les marques des agressions, mais rien, dit-elle, ne laissait présager une telle violence lorsque le couple s’est formé. «Nous nous connaissions depuis longtemps. Ce n’est qu’après notre engagement qu’il a montré son vrai visage.» Comme beaucoup de victimes, elle a longtemps gardé le silence avant de trouver la force de demander de l’aide. Grâce à une Protection Order obtenue avec l’appui de la police, elle est finalement parvenue à quitter son agresseur. Aujourd’hui, elle se reconstruit. «Je me sens plus forte. Je peux enfin me tenir sur mes deux pieds.» Son message est sans détour : «Aux femmes qui vivent cette situation, je dis de ne pas abandonner et d’avoir le courage de partir.»

Margaret* connaît, elle aussi, le poids de cette violence quotidienne. Son ancien époux, raconte-t-elle, devenait particulièrement agressif sous l’effet de l’alcool. Elle a d’abord tenté le dialogue, espérant que la situation s’améliore. Mais la première gifle a marqué le début d’une longue descente aux enfers. Avec ses enfants, elle avait cherché refuge dans un shelter, sans succès faute de places disponibles. Puis est venu le coup de trop : un violent coup de pied au visage. Cette fois, elle s’est tournée vers la police, qui lui a finalement permis d’accéder à un refuge sécurisé. Le plus difficile, reconnaît-elle aujourd’hui, a été de réaliser que la violence n’était jamais normale. «À force, on finit par croire que c’est notre quotidien. Ce n’est qu’une fois sortie de cet enfer que l’on comprend que rien de tout cela n’est acceptable.»

Vedita* évoque, quant à elle, une autre forme d’emprise. Son époux ne travaillait pas et exigeait qu’elle subvienne à tous les besoins du foyer, y compris à ceux liés à sa consommation d’alcool. «Je devais tout assumer : nourrir mes trois enfants, faire vivre la famille et acheter à boire pour mon mari.» Aux violences physiques s’ajoutaient les humiliations répétées. «Il me rabaissait constamment devant sa famille.» Malgré l’absence de soutien familial, elle a trouvé la force d’avancer grâce à ses enfants et à l’accompagnement reçu dans des centres spécialisés. Aujourd’hui indépendante, elle affirme avoir retrouvé sa dignité.

Ces récits, aussi différents soient-ils, révèlent des mécanismes communs : l’isolement, la peur, la culpabilité, mais aussi la difficulté de quitter un conjoint violent lorsque s’ajoutent la dépendance économique ou l’absence de solutions d’hébergement. Pour la psychologue Zakkiyah Wareshallee, cette recrudescence des violences intrafamiliales ne peut s’expliquer par une seule cause. Elle résulte d’un ensemble de facteurs psychologiques, sociaux et économiques qui fragilisent progressivement les familles. Les difficultés financières, le chômage, les conflits conjugaux, les troubles de santé mentale insuffisamment pris en charge, la consommation d’alcool ou encore une mauvaise gestion de la colère peuvent favoriser le passage à l’acte. Les personnes ayant grandi dans un environnement où la violence était banalisée risquent également d’en reproduire les schémas à l’âge adulte.

Les conséquences pour les victimes sont souvent durables. Anxiété, dépression, perte d’estime de soi, troubles du sommeil ou stress post-traumatique font partie des séquelles les plus fréquentes. Beaucoup finissent par croire qu’elles sont responsables des violences qu’elles subissent et hésitent à demander de l’aide, freinées par la peur, la honte ou la dépendance financière. Les enfants paient eux aussi un lourd tribut. Même lorsqu’ils ne subissent pas des coups, grandir dans un climat de violence affecte leur développement émotionnel, scolaire et social. À long terme, certains éprouvent des difficultés à faire confiance, à gérer les conflits ou à construire des relations équilibrées. D’autres en viennent à considérer les comportements violents comme une norme.

Pour Zakkiyah Wareshallee, il est essentiel d’intervenir le plus tôt possible afin d’offrir aux victimes, en particulier aux enfants, un espace sécurisé où elles pourront reconstruire leur confiance et rompre le cycle de la violence. Alors que le Domestic Abuse Bill s’apprête à franchir une étape décisive au Parlement, les voix d’Anseline, Margaret, Vedita et de tant d’autres rappellent qu’au-delà des textes de loi, chaque mesure adoptée représente peutêtre une porte de sortie pour celles et ceux qui vivent encore dans la peur, derrière les murs de leur propre foyer.

*Les prénoms ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des témoins.

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