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Quête de modernité

30 mars 2008, 00:00

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Un volet de la dernière conférence de presse de V. Lutchmeenaraidoo, celui sur les impacts de la mondialisation sur l?économie mauricienne, mérite attention. Il évoque de vrais problèmes et la nécessité d?une réflexion en profondeur pour trouver des solutions. Dans le débat politique actuel, de tels propos constituent une véritable bouffée d?air frais. Comme un air de modernité !

Depuis qu?il est aux commandes de l?économie, Rama Sithanen n?a de cesse de se référer au triple choc qui secoue l?économie nationale, comme toile de fond à la réforme économique et sociale de l?Alliance sociale. Les ambitions de cette réforme sont connues : mettre fin au « déclin » économique, ouverture de l?économie, création d?un « business friendly environment » pour attirer les in-vestisseurs étrangers, consolider les piliers traditionnels de l?économie, lancer les nouveaux piliers, assainir les finances publiques et parapubliques, rationaliser la fiscalité dans le sens de la simplification et de la lutte contre toutes les formes d?évasion fiscale, transformer le capital mort en capital vivant à travers la NRPT et un ambitieux « Empowerment Programme » pour assurer un développement intégré. Démarche résolument moderne.

Dans un premier bilan de la réforme initiée il y a deux ans, l?arbre ne doit pas cacher la forêt. Il y a eu, certes, des manquements et des lacunes qui ont nécessité ? et nécessiteront encore ? des aménagements. Toutefois, les résultats sont concrets sur certains fronts, palpables sur d?autres. Eu égard à la complexité et l?envergure du chantier, la dynamique globale est positive. La réforme difficile et douloureuse a entraîné tout naturellement la constitution d?un large « front » anti-réforme constitué de diverses catégories de personnes : celles qui ont souffert et souffrent encore ; celles, puissantes et tapageuses, qui ont de longues pratiques douteuses ? voire frauduleuses ? que la réforme veut enrayer ; et celles qui se disent victimes, même si elles sont bénéficiaires.

La réforme a coïncidé avec une conjoncture internationale marquée par une flambée du prix du pétrole et des produits alimentaires qui a nourri une inflation rongeant plus ou moins sérieusement le pouvoir d?achat des ménages mauriciens. L?absence criante d?une pédagogie de la réforme a laissé le champ libre à toutes sortes d?amalgames, et toutes les difficultés que subit la population ont été mises sur le dos de la réforme.

Où en est-on aujourd?hui ? Si sur le plan économique, certains indicateurs clefs montrent une réelle reprise, on ne peut pas en dire autant sur le plan social.

La raison c?est que le malaise, voire la dépression, affectant notre société et touchant pratiquement toutes les classes sociales et composantes de la population, est complexe, profond.

Il plonge ses racines dans plusieurs dynamiques tant internes qu?externes, et renvoie aux défis que notre société doit surmonter pour gérer les contradictions sociales, économiques et culturelles dans un contexte de profonds bouleversements provoqués par la mondialisation. Ces défis sont multiples : comment sortir du « confort paresseux » ; comment accepter que le temps où le gouver-nement doit tout faire est fini ; comment réaliser que Maurice n?est pas le nombril du monde et que « no one owes us a living » ; comment accepter l?ouverture, qui avec la peur qu?elle suscite, révèle nos défauts ? Au lieu d?affronter la dure réalité, la population préfère chercher un bouc émissaire.

On retrouve le « bouc-émissairisme » au c?ur des manifestations du profond malaise social : dans la violence infligée à soi et aux autres, dans la défiance am-biante, dans le sentiment d?insécurité et d?abandon, dans la dérive vers le repli identitaire, l?intégrisme et l?ethno-populisme. Trop de nos acteurs du développement n?ayant pas, pour diverses raisons, fait le diagnostic qui s?impose, ont donné eux aussi dans la facilité et la superficialité du « bouc-émissairisme ». Il n?est pas surprenant qu?on retrouve, parmi, ceux qui prônent le statu quo, qui on le sait, n?est porteur d?aucune solution d?avenir.

Heureusement qu?ils sont de plus en plus nombreux à réaliser la nécessité d?un changement qui soit à la hauteur de la gravité des enjeux des court, moyen et long termes. Le débat démocratique est fondamental quand il s?agit du contenu, du rythme et des modalités de la mise en place et de la mise en ?uvre d?une politique de réforme. Toutefois, le discernement s?impose dans l?appréciation des thèses que défendent les différents protagonistes. Sachons, pour commencer, distinguer ceux qui sont ou seront en position de responsabilité pour diriger le pays de ceux qui ne le seront pas.

On s?attend de ceux qui nous dirigent ou qui aspirent à le faire d?être sérieux. Cela passe par un équilibre à trouver entre l?éthique de conviction et l?éthique de responsabilité dans l?exercice de leur fonction. Aux graves et complexes problématiques économiques, sociales et culturelles, les responsables politiques n?ont pas le droit moral de nous gratifier d?analyses simplistes, de formules gadgets ou de slogans creux. Est-ce trop leur demander que d?attendre qu?ils alimentent le débat public des fruits de leurs réflexions sur les problèmes de fond du pays : les données, les solutions, la marge de man?uvre, les moyens et ressources nécessaires et le mode de financement ? Outre de contribuer à assainir et enrichir le débat public, ils pourront, dans l?in-teraction avec les autres, mieux préparer leurs projets de société et leurs programmes gouvernementaux pour le mandat qu?ils solliciteront en 2010.

L?avenir et le devenir mauricien passent par une pratique de la politique débarrassée de ses oripeaux. Vivement que la démarche de V. Lutchmeenaraidoo s?inscrive dans cette quête d?une nouvelle ère de la politique mauricienne ! Celle de la modernité !

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