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Protectionnisme à rebours

19 juillet 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le lait en poudre coûte trop cher, il faut donc que l?état en importe pour faire baisser le prix. Lorsque le ministre Rajesh Jeetah avait mis en avant cet argument l?année dernière, les principaux concernés avaient répondu qu?au nom de la même logique, la State Trading Corporation (STC) devrait importer de la pomme d?amour quand les prix grimpent au marché central.

Ce qui n?était qu?une boutade est une réalité aujourd?hui. Alors que l?on est en pleine période de récolte de pomme de terre locale, l?Agricultural Marketing Board (AMB) a décidé de commercialiser son stock de féculent importé avec comme l?objectif avoué de casser les prix.

L?importation de la pomme de terre est une pratique courante et a pour principal objectif d?éviter toute pénurie, surtout en hors saison. De plus, il a toujours été sous-entendu que cette pomme de terre importée à moins chère permet aussi à l?AMB d?influencer le prix sur le marché local. La différence est que cette volonté latente est, cette fois, ouvertement avouée. La récente cascade d?augmentations de prix n?est sans doute pas étrangère à cette posture plus agressive.

Les consommateurs applaudiront sans doute mais on ne peut prêcher l?ouverture et le libéralisme tout en pratiquant l?interventionnisme étatique.

Dans le discours du budget, il a été annoncé que la State Investment Corporation se retirera de toute entreprise commerciale. Cette philosophie doit s?appliquer à tous les niveaux. Cela fait des années que Maurice est dénoncée à l?Organisation mondiale du commerce pour le rôle que joue l?état dans l?importation et la commercialisation de certains produits.

Le but n?est pas de protéger les producteurs locaux de pomme de terre car nous n?avons absolument rien contre l?importation de cette denrée tant qu?elle est le fait d?opérateurs privés.

Nous l?avions écrit dans le cas de l?industrie domestique non-zone franche : ceux qui n?arrivent pas à offrir le meilleur rapport qualité-prix sont appelés à disparaître selon les lois du marché. Mais ce qui n?est pas acceptable, c?est que ce soit l?état qui, par son intervention, vienne fausser les règles du jeu. Ce serait le comble que l?état pratique du protectionnisme à rebours.

Il appartient aux consommateurs de dire s?ils préfèrent la pomme de terre importée à la variété locale. Il semble qu?à ce chapitre, la pomme de terre locale à de quoi se défendre malgré son prix plus élevé.

Lorsque le prix de la pomme de terre a été libéralisé en 1998, un des principaux objectifs était d?arriver à un prix suffisamment attractif pour encourager la production. Cet objectif n?a pas été pleinement atteint en raison de conditions climatiques défavorables et du coût élevé des semences, notamment.

Aujourd?hui, des producteurs veulent se lancer dans cette culture à grande échelle. Des sucreries du Sud veulent injecter Rs 200 millions pour produire entre 7 000 et 8 000 tonnes de pommes de terre. Cela fait partie de la stratégie de diversification hors sucre.

Au nom de la même loi du marché, il faut que leurs pommes de terre soient commercialement compétitives y compris par rapport à la pomme de terre importée. Mais il faut aussi que la filière soit libre de toute intervention de l?état, que ce soit au niveau de l?importation du produit fini, comme de la semence.

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