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Produits explosifs : pour un contrôle plus rigoureux

30 juillet 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Trop de produits explosifs ou dangereux sont utilisés à Maurice sans contrôle véritable.» Cette choquante déclaration d?un ingénieur chimiste vient aujourd?hui s?ajouter aux ondes de choc provoquées par l?explosion survenue à Grand-Baie, dimanche soir. D?autant plus que les enquêteurs ? qui écartent toujours la thèse d?un acte terroriste ? explorent la piste «à motifs criminels» depuis hier.

L?ingénieur chimiste ? qui souhaite garder l?anonymat ? révèle que même les produits soi-disant placés sous contrôle se retrouvent souvent dans la nature.

«Récemment, des personnes se sont suicidées au cyanure. Or, la vente de ce produit est supposée se faire sous un strict contrôle, et uniquement à certains professionnels. La police n?a jamais songé à ouvrir une enquête pour savoir comment ces personnes se sont procuré ce poison violent.»

Il y aurait pire. Ainsi, aucune interdiction d?importation ne frappe un type de fertilisant jugé hautement dangereux. Si dangereux que certains pays en ont proscrit la vente. «Ce fertilisant n?est pas importé à Maurice depuis quelques années. Tout simplement parce qu?il coûte cher. Mais si un individu en passe commande, on le lui importe sans problème.»

<B>Vendre à n?importe qui</B>

Face à une telle situation, on ne peut compter que sur la seule vigilance des importateurs et revendeurs. Bertrand Clément, chimiste de formation, commercialise ces produits chimiques. Il explique que les commerçants du secteur suivent un modus operandi : ils ne vendront pas n?importe quoi à un inconnu. «Outre que nous ne traitons pas avec n?importe qui, nous prodiguons aussi des conseils quant aux précautions à prendre et à l?entreposage de ces produits», ajoute-t-il.

Or, conseils d?utilisation et stockage sûr du produit, sont des principes qui sont allégrement ignorés des Mauriciens.

«On ne développe pas une culture de sécurité à Maurice. Tout le monde sait que les raccords de gaz doivent être vérifiés régulièrement et que les tuyaux souples doivent être changés à des moments précis. La plupart du temps, cela ne se fait pas. La situation est particulièrement dangereuse dans les commerces où de grosses bouteilles de gaz, à fort débit, sont utilisées», souligne un responsable des sapeurs-pompiers.

Or, une fois qu?un hôtel ou un restaurant a obtenu sa licence d?opération, plus rien ne permet aux pompiers de vérifier, de manière régulière, que les normes de sécurité sont scrupuleusement respectées.

«Ces normes sont imposées aux importateurs et aux revendeurs de gaz. D?ici quelques semaines, tous les revendeurs qui disposent d?un stock de plus de 500 kilos, devront se faire enregistrer et s?acquitter d?une licence supplémentaire. Ils subiront des inspections régulières», explique ce sapeur-pompier.

Ce dernier s?interroge si un tel contrôle ne doit pas être étendu aux gros utilisateurs de gaz, y compris les hôtels et les restaurants. Une politique sécuritaire, ajoute-t-il, qui constituera un fardeau supplémentaire pour les autorités.

<B>Les bonbonnes à l?extérieur</B>

Dans le passé, des petits utilisateurs ont été victimes d?accident graves dus à un mauvais emploi du gaz. Là également, il est quasi impossible de contrôler tous les foyers qui se servent de ce combustible.

«Malgré tous nos conseils, ils sont rares les foyers où l?on a placé la bouteille de gaz hors de la maison. Pire, la bouteille est souvent placée sous la table de la cuisine ou dans un meuble fermé. Justement là où la proportion de gaz et d?oxygène arrive rapidement à un seuil critique, risquant ainsi de provoquer une explosion», ajoute le technicien.

Produits hautement dangereux, l?utilisation de la dynamite et des feux d?artifice sont désormais soumis à un contrôle sévère.

En raison des destructions causées au lagon, et aux récifs coralliens, par l?emploi abusif des bâtons de dynamite par des pêcheurs sans scrupules, l?Etat a légiféré. Désormais, seuls les artificiers de la Special Mobile Force sont habilités à utiliser cet explosif ? produit devenu «commun» sur le littoral.

Ces derniers supervisent tous les travaux de dynamitage de l?île. Et les stocks d?explosifs sont placés sous bonne garde dans un bunker souterrain, situé dans une région loin de toute habitation et décrétée zone interdite.

Les feux d?artifice sont aussi stockés loin des régions habitées en raison des risques de déflagration. Ce qui n?empêche pas de simples individus d?en acquérir et de les stocker, en toute liberté, à leur domicile.

Un artificier français, dans ce secteur d?activité depuis 25 ans, explique néanmoins qu?aucune des quatre firmes qui emploient ces types de feux ? notamment pour diverses célébrations dans les hôtels, et le Nouvel an et la Fête de l?Indépendance ? n?en vendra à des particuliers.

Fort de son expérience des explosions, cet artificier estime que la déflagration de Grand-Baie n?est ni due à des feux d?artifice ni à des produits chimiques préparés artisanalement : «Cela aurait laissé des traces aisément repérables».

<B>L?explosion sans feu</B>

Pourquoi l?explosion de Grand-Baie, si elle est due au gaz, n?a provoqué aucun incendie ? L?explication est simple : il n?y a pas de feu dans une explosion à haute intensité. William Powell dans son Anarchist Cookbook relate que si un feu est allumé sous une bonbonne, la chaleur finira par provoquer l?expansion du gaz. La pression atteindra un niveau tel que la bonbonne explosera. Le souffle de l?explosion éteindra alors le feu allumé. Une fuite de gaz, dans un espace clos, entraîne le mélange du butane à l?oxygène. Lorsque ce mélange atteint une certaine proportion, une simple étincelle suffit à provoquer l?expansion, extrêmement rapide de l?air enfermé dans cet espace restreint. Ce brusque déplacement est tel que les murs, même de béton armé, ne résistent pas au souffle. Souvent, ce sont des pans entiers de mur qui sont projetés à plusieurs mètres du foyer de l?explosion. Là aussi, aucun incendie n?est constaté.

<B>Les explosions de gaz à Maurice</B>

? 7 janvier 1993. Maurice connaît sa première explosion au gaz. A la route du Jardin à Curepipe, une bonbonne explose. Gaëtan Cornet aura la jambe arrachée alors que le jeune Nicholas Arthur s?en tire avec quelques blessures.

? 3 mai 1994. une bonbonne explose à La Caverne, Vacoas, sans faire de victime.

? 24 août 2001. Marie-Josée Desvaux n?aura pas cette chance. Habitante de Cité Trèfles, Rose-Hill, elle meurt cinq jours après avoir été victime d?une explosion due à une fuite de gaz dans sa cuisine. Curieusement, la bouteille de gaz sera retrouvée intacte après l?explosion.

? Quatre mois plus tard, deux pompiers sont blessés dans l?explosion d?une bonbonne dans un garage à Grand-Baie.

? Dimanche 25 juillet. On déplore deux morts et 15 blessés dans une déflagration qui détruit le Grand-Bay Store. La police n?exclut pas que l?explosion puisse être due à une fuite de gaz.

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