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Pragmatisme
Les états n?ont pas d?amis mais des intérêts. Cette vérité de la realpolitik vaut pour les relations entre les Etats-Unis et Maurice. Il faut voir dans la visite du Premier ministre à la Maison-Blanche une manifestation d?un jeu d?intérêts et non un ?endorsement? de la politique américaine, comme l?a affirmé le leader de l?opposition dans sa PNQ, hier.
Tout gouvernement, quel qu?il soit, éprouve le besoin de naviguer entre ses convictions sincères et le devoir de garantir nos intérêts économiques. Le bon sens finit le plus souvent par prendre le dessus sur les considérations éthiques. La bonne gouvernance passe par la compromission, même pour ceux qui appartiennent à un parti historiquement opposé à la domination des peuples opprimés.
Le MMM a, dans le passé, vigoureusement soutenu la résistance palestinienne à l?occupation par Israël, mais, au pouvoir, son attitude est plus ambiguë. Quand le ministre Jayen Cuttaree justifie la continuité des relations diplomatiques avec Israël en invoquant la nécessité de faire connaître aux Israéliens nos positions, il sait que ce sont des propos en l?air. Le président français, Jacques Chirac, avait utilisé un prétexte similaire lors d?une visite en Chine, pays qui viole notoirement les droits humains fondamentaux. Cette duplicité des dirigeants politiques, à travers le monde, montre qu?ils sont prêts à sacrifier certains principes sur l?autel du pragmatisme.
Il y a un coût à payer si l?on tient à demeurer intransigeants. Il va de soi, au vu des rapports de forces, que nous n?avons pas d?autres options que d?infléchir notre politique extérieure pour ne pas froisser les Américains. Aucun pays, et à plus forte raison aucun petit Etat insulaire, ne peut prendre le risque d?une crise frontale avec la première puissance mondiale.
Pour Maurice, la conjoncture est particulièrement délicate car elle mène une campagne en ce moment même pour prolonger la durée de l?AGOA. Face aux atermoiements du Congrès relatifs à l?adoption de cette loi, plusieurs grands importateurs américains ont déjà passé leurs commandes en Asie.
La situation est d?autant plus difficile qu?il est dans la nature des nations impérialistes de catégoriser comme des adversaires tous ceux qui n?apparaissent pas comme des courtisans à leurs yeux. Ce chantage des Américains pour faire courber les petits pays a bien des points communs avec l?interventionnisme de certains autres Etats étrangers.
De connivence avec les responsables d?une compagnie privée ayant décroché un marché important dans le secteur de l?environnement, une chancellerie étrangère vient de faire pression pour que les termes du contrat soient modifiés. Cela a coûté aux contribuables mauriciens plus de Rs 40 millions. Si nos dirigeants s?étaient opposés à cette demande, ils auraient eu à subir les conséquences dans d?autres secteurs de la vie économique.
Face aux puissances internationales, les petits pays acceptent l?érosion de leur souveraineté. C?est une fatalité. Cela ne dépend pas du parti au pouvoir. On n?a, malgré la posture adoptée hier par Navin Ramgoolam, aucun souvenir d?une démarche venant de l?ex-régime pour rompre avec Israël ou pour dire aux Américains ce que nous pensons de leur politique belliciste.
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