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Pr Lubet : ?Vous avez les meilleures huîtres du monde?

2 août 2005, 00:00

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Qui l?eût cru ! Nous avons les meilleures huîtres du monde. Nous qui sous-estimons et méprisons si allègrement une telle ressource naturelle, un tel bienfait de Dame Nature. Capable pourtant de nous fournir un slogan touristique de taille, avec ou sans perle précieuse à la clé. Il est vrai que l?ostréiculture et la saveur d?une huître offerte, à point nommé, sur un plateau, ne sont pas des arguments électoralistes capables de faire pencher la balance en faveur d?un besoin de mutation politique. Arvind, re-ministre mais cette fois de l?Agro-Industrie et de la Pêche sera-t-il l?homme de ressource capable de rendre à l?huître mauricienne, ?la meilleure au monde?, au dire du Pr Lubet, ses lettres de noblesse ?

L?hommage ainsi rendu à l?huître mauricienne a ceci d?intéressant, même s?il date de 25 ans, tient au fait qu?il n?émerge pas de quelques méninges locaux, connues pour leur chauvinisme exacerbé et invétéré. Il nous vient d?un spécialiste français, le Professeur Lubet. Mais qui est ce fin connaisseur de l?huître mauricienne ? Il est né à Bordeaux, port fluvial par excellence mais qui n?excite guère chez lui l?envie d?accepter aucune ?invitation au voyage? pourtant chaudement recommandée par un certain Charles Baudelaire. Il largue pourtant les amarres. A 33 ans. Un an après l?acceptation de sa thèse de doctorat sur les mollusques. Destination : île Maurice.

Depuis sa découverte de notre île, il enseigne la zoologie à l?Université de Caen. Il dirige le laboratoire maritime de Luc-sur-Mer, station balnéaire à 16 kilomètres au nord de cette ville. Il multiplie les missions aux quatre coins du monde comme conseiller au développement de l?ostréiculture. Il retrouve l?île Maurice, vingt ans après, grâce à l?amabilité de deux anciens élèves, Monsieur et Madame Allaracksingh et à l?intérêt témoigné à ses travaux par le ministre d?alors des Ressources naturelles, Sir Satcam Boolell, un fin connaisseur du littoral flacquois, si propice, par endroits, à l?ostréiculture, et père d?un certain Arvind, futur médecin, futur politicien, futur ministre.

Le Pr Lubet est interviewé par Bertyco Berthelot, alors journaliste à l?express. Il est l?auteur d?un essai écologique sur Maurice, un des premiers du genre. Un document de référence, aujourd?hui encore, pour qui possède le privilège de pouvoir le consulter.

Il est catégorique. ?Vous avez une huître, la meilleure du monde du point de vue du goût et de la saveur. De plus, vous bénéficiez de conditions de production très favorables et, sur la côte est, d?un certain nombre de baies profondes, idéalement découpées. Les venues d?eau douce tempèrent la salinité de l?eau de mer tandis que l?apport de matières organiques et de sels minéraux par les rivières favorisent la pousse d?algues et de planctons, permettant une productivité plus élevée dans l?éco-systèmes?.

Ecologiquement parlant, pas de problèmes mais beaucoup d?atouts. Economiquement parlant, de même : ?Malgré le faible investissement requis, peu de producteurs semblent s?intéresser à l?ostréiculture. L?assiduité de Mauriciens du calibre de M. Louis Couacaud est l?exception qui confirme la règle?.

Le Pr Lubet ne dit mot de l?épineux problème du coût exorbitant d?un gardiennage efficace ni de l?aversion du gouvernement travailliste d?alors pour tout ce qui s?appelle ostréiculture et barachois, au point d?enlever ces derniers à des producteurs chevronnés et efficaces pour les offrir, sur un plateau, à de jeunes fermiers ou à de mystérieuses coopératives, avec pour résultat que le malheureux Iswardeo Seetaram, ministre de la Pêche, ne parvint même pas à capturer un seul poisson, lors d?une pêche à la senne dans le? barachois de Mahébourg.

L?espoir d?un développement de l?ostréiculture mauricienne demeure réel pourtant aux yeux du Pr Lubet. Il constate de profonds changements à Maurice mais la flore et la faune sous-marines et coralliennes demeurent assez riches. La population des mollusques et des madrépores diminue pourtant. Les grosses porcelaines se font rare. Il conseille de ne pas introduire inutilement des huîtres étrangères à Maurice. Il faut développer en priorité la ?Saccostrea (Crassostrea) forskali?. On peut tenter des croisements avec la ?S. commercialis? des eaux australiennes. Il faut structurer l?exportation des huîtres mauriciennes pour rentabiliser notre ostréiculture. Celle-ci peut être soutenue par l?élevage de certains poissons à l?intérieur des barachois. Les parcs à huîtres peuvent devenir une attraction touristique.

Il suffirait d?un peu de volonté politique. Mais attention ! à la susceptibilité politicienne. Un mot de trop, le moindre malentendu, et, comme une? huître, la classe politique se referme pour un bon bout de temps dans sa coquille nacrée, dédaignant superbement conseils et suggestions.

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