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Pourquoi ça bloque ?

23 octobre 2004, 20:00

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Investisseur. Voilà bien un oiseau difficile à apprivoiser de nos jours. Et pourtant, ce ne sont pas les projets qui manquent. Pratiquement toutes les semaines, on nous en annonce de nouveaux, les uns plus coûteux que les autres. Pas plus tard qu?avant-hier encore, on était priés d?applaudir à la concrétisation d?une intention d?investir d?hommes d?affaires koweïtiens.

Si tous les projets annoncés et approuvés depuis trois ans devaient se concrétiser, Rs 30 milliards environ auraient été investies et plus de 23 000 emplois créés. Mais la réalité est plutôt décevante. Les statistiques officielles annoncent un recul dans le tauxd?investissement comparé à l?année dernière.

Les économistes estiment que le montant global de l?investissement durant une année doit valoir 30 % du produit intérieur brut pour générer une croissance d?environ 6 %. Et on parle là d?investissement productif, le genre qui crée l?emploi et la richesse. Dans les faits, le taux global de l?investissement est d?environ huit points inférieurs à la barre souhaitable.

Les entrepreneurs privés sont longtemps restés en retrait. Leur taux de participation avait chuté d?une dizaine de points de la barre des traditionnels 75 %. Ils semblent à présent revenir dans le jeu, principalement dans le secteur hôtelier. Une hausse de plus de 10 % de l?investissement privé est annoncée. En revanche, l?investissement public est en déclin. Les grands chantiers démarrés par le gouvernement à son installation arrivent à terme.

Comment expliquer l?incapacité des élus à relancer l?investissement ? Se pourrait-il que les entrepreneurs locaux, qui ont longtemps été le moteur du développement, s?essoufflent ? Ou bien, est-ce que le système a eu le meilleur de leur enthousiasme ?

Peut-être faudrait-il chercher la réponse dans les critiques répétés du Premier ministre, Paul Bérenger, à l?égard de ceux qui, dans son administration, assurent l?interface avec les investisseurs ? Cette semaine encore, le chef du gouvernement a réuni le Board of Investment ainsi que les ministères impliqués dans la délivrance des permis. L?objectif déclaré était d?aplanir les obstacles administratifs susceptibles de retarder la concrétisation des projets de développement.

Mais suffit-il d?une administration publique super-efficiente pour relancer l?investissement ? Encore que cela représente, en soi, un formidable défi à relever?

Les choses sont rarement aussi simples. « Le problème est systémique », relève Raj Makoond, directeur du Joint Economic Council (JEC), qui dans le temps a coprésidé un comité du secteur privé sur l?efficience et la compétitivité de l?économie nationale.

Le système a bien donné des résultats dans le passé. Qu?est-ce qui fait que la formule qui a marché vingt ans plus tôt ne semble plus faire l?affaire aujourd?hui ? « Le contexte a changé », explique Raj Makoond.

À l?époque, l?entrepreneur arrivait à cerner l?environnement dans lequel il devait évoluer, avec ses lois du travail inflexibles, ses services publics contrôlés par l?État et sa bureaucratie lourde. Des fondamentaux certes contraignants, mais qui avaient l?avantage d?être connus et prévisibles. Tout comme les réalités du marché.

Aujourd?hui, plus aucune certitude ne subsiste. Les préférences s?effritent. La nature de la main-d??uvre évolue. Elle est aujourd?hui plus qualifiée et plus ambitieuse. Et en même temps, pas assez. En tout cas, pas dans les domaines souhaités. Les frontières tombent, la compétition s?impose.

Le secteur des affaires doit composer avec ces nouveaux impératifs. Il est évident qu?il faudra créer un nouvel environnement porteur.

On ne pourra légitimement pas reprocher l?inaction aux différentes administrations qui se sont succédé au pouvoir ces derniers temps. On argumentera toujours après, à propos dela justesse ou de la pertinence desinitiatives.

Mais changer un système demande bien plus que des initiatives ponctuelles qui ont la durée de vie d?un mandat électoral. L?entreprise demande une volonté très forte de la part de tous les acteurs.

« Le temps joue contre nous »

Le travail est amorcé. On amende les lois. On en introduit de nouvelles. Celles qui gouvernent le développement industriel et la gestion du patrimoine ont été actualisées et assouplies. On rationalise les procédures, notamment à travers le Board of Investment. On aide enfin les entreprises à se restructurer.

Mais on aurait tort de s?en contenter. Le peu de résultats obtenus jusqu?ici en témoigne. Il faut à présent traduire ces dispositions par des lignes directrices claires, faciles à comprendre et surtout à appliquer.

L?investisseur doit connaître le modèle de développement économique dans lequel il s?apprête à évoluer. Il doit pouvoir interagir avec les autorités en place de manière efficace, directe et transparente.

C?est ce pas-là qu?on n?arrive pas à franchir. « Nous disposons à présent d?une meilleure base légale. Il faut les codifier en règles praticables. C?est un travail colossal. Le temps joue contre nous. Il faut qu?on le fasse maintenant », relève le directeur du JEC. Ainsi, l?investisseur verrait plus clair dans ce qu?il peut ou ne peut pas faire. Les relations entre les différentes institutions seraient mieux définies et plus claires.

Qu?est-ce qui bloque ? Les institutions qui sont appelées à gérer le système perdent beaucoup trop de temps à essayer de préserver leurs prérogatives. L?investisseur, lui, se perd dans un labyrinthe où l?intérêt particulier prime souvent sur l?intérêt national.

Ce qu?il faudrait à présent, c?est un service public dynamique, créatif. « Un high-powered civil service » comme le dit si bien un observateur, capable de donner le change à l?investisseur.

Le secteur privé, lui, doit remettre en question ses pratiques. Par exemple, étendre le concept des clusters que défend le JEC. Certaines entreprises, comme VIEO dirigé par Ariff Currimjee, le pratiquent déjà avec un certain succès.

Pourtant, le concept n?arrive pas à acquérir une dimension nationale. On en est encore à décider comment l?encourager et l?encadrer. Le clustering est un concept et n?a pas d?entité légale. Il n?est surtout pas incentive driven. Comment faire alors pour inciter les entreprises à explorer cette voie ?

Le clustering, qui repose sur la sous-traitance, soutiendrait une autre idée défendue par le JEC : celle d?une consolidation des liens entre les petiteset moyennes entreprises (PME) etles grosses.

Les Mauriciens sont par nature entreprenants. C?est d?ailleurs leur débrouillardise qui a été le moteur du développement des dernières décennies. Et pourtant, on court après les investisseurs privés ! Alors qu?on sait pertinemment que l?avenir réside dans la petite et moyenne entreprise, on n?arrive pas à mettre en place un système simple et transparent qui permettrait au petit entrepreneur de se lancer. Là encore, on se perd dans des turf issues au détriment de l?intérêt plus général de la nation.

<B>Les opportunités existent</B>

Reste la volonté d?oser. Le mood dans le milieu des affaires reste plutôt morose. Pour toutes ces raisons, mais aussi par manque d?opportunités, se plaignent certains.

Et pourtant, les opportunités existent. On vient encore d?en créer dans le domaine de la pêche. L?ambition de faire de Maurice un seafood hub ouvre la porte à des possibilités dans le domaine dela transformation alimentaire, par exemple. Le rêve de voir Maurice émerger comme un knowledge hub est aussi riche en promesses. Les universités et collèges privés mobilisent déjà pas mal d?intérêt dans le privé.

La nouvelle génération d?entrepreneurs doit se montrer aussi créative que la précédente. Et pour suppléer au déficit en termes se savoir-faire, les alliances avec des opérateurs étrangers peuvent être utiles.

À l?époque,l?entrepreneur arrivait à cerner l?environnement dans lequelil devait évoluer avec sa bureaucratie?

L?investisseur se perd dans un labyrinthe où l?intérêt particulier prime souvent sur l?intérêt national.

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